[Avis] I wish, de Kore-Eda Hirozaku

Koichi est convaincu qu’un miracle peut se produire si un vœu est prononcé à l’endroit précis où deux trains se croisent à pleine vitesse. Privé de son petit frère depuis la récente séparation de ses parents, il va tout faire pour convaincre ses meilleurs copains de l’accompagner à la recherche de ce lieu magique…

Avis de Tequila :

Le réalisateur Kore-Eda Hirozaku a déjà abordé le thème de la famille en perte de repères lors de deux succès critiques : Nobody Knows dans lequel une mère oubliait ses instincts maternels en abandonnant ses enfants à leur triste sort et Still Walking qui brossait le tableau d’une famille mise à l’épreuve par le deuil d’un enfant et écrasée par la domination du patriarche. C’est un ton plus léger qui souffle sur I Wish, une brise plus poétique et romancée mais néanmoins chargée de quelques particules de cendre provenant d’un volcan pas tout à fait endormi…

“Pourquoi les habitants de cette ville se sont installés au pied d’un volcan en activité ?” s’interroge le jeune Koichi alors que sa chambre est régulièrement envahie d’une fine pellicule de cendre. Le volcan Sakurajima en toile de fond, la ville de Kagoshima, isolée au fin fond de l’ile de Kyushu, s’apprête à recevoir le train à grande vitesse Shinkansen. C’est une nouvelle ère qui s’offre à ses habitants, et chacun y voit une chance de réaliser un vœu. I Wish est construit sur une succession de tranches de vie, de petits moments simples qui font tout le sel d’une existence. Il s’agit avant tout d’un film sur l’enfance, un film très juste et subtil dans lequel les personnages vont réaliser que le monde qui les entoure ne les attend pas et qu’il va falloir apprendre à composer avec ce qui ne peut plus être défait.

Par rapport aux précédents films du réalisateur, un point commun saute immédiatement aux yeux : la dimension documentaire de la réalisation qui permet à tous les acteurs de s’exprimer sans être prisonniers du cadre, la mise en image s’effaçant au profit du naturel et de la spontanéité des personnages. Une mise en scène fluide et dépouillée, certes, mais qui n’oublie pas de mettre en valeur les paysages de l’ile de Kyushu avec des plans dans lesquels la végétation luxuriante se mêle au mobilier urbain, quand ce n’est pas le volcan Sakurajima qui s’impose et veille sur toute la cité massée à ses pieds.

Au sujet de l’idée très poétique de l’intrigue et de cet endroit magique où deux trains pourraient ouvrir la porte de tous les possibles… il est important de préciser tout l’amour que porte le peuple japonais pour le chemin de fer, une ferveur rarement vue dans un autre pays. Avec le réseau le plus dense du monde, une ponctualité irréprochable, une variété de modèles propres à chaque région et un entretien sans failles, le chemin de fer rythme la vie de toutes les générations de japonais depuis leur plus tendre enfance. Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser des foules massées au bord des voies ferrées afin de prendre des photos du dernier Shinkansen, la sortie saisonnière d’une locomotive à vapeur SL ou le dernier trajet d’une rame qui part à la retraite… Un véritable phénomène de société auquel ce film rend un bel hommage.

Pour en revenir à l’une des principales qualités de ce métrage, si ce n’est la qualité de l’interprétation des jeunes acteurs, c’est finalement la subtilité insufflée dans les émotions des personnages qui permet au film de dépasser le stade de divertissement romancé, agréable mais un peu convenu. Le film adopte en effet un ton souvent poétique, déjà vu dans un métrage comme The Taste of Tea, mais il sait revenir dans la réalité avec des sentiments parfois amers. Le moment plus difficile du film est probablement contenu dans la relation des deux frères : l’ainé fait preuve d’un amour débordant et souhaite de toute son âme retrouver sa famille réunie alors que le cadet répond avec une désarmante volonté d’indépendance.

I wish est un film qui s’apprécie comme une bonne bouffée d’air pur, une véritable ode à l’école buissonnière et à un âge où l’on commence à comprendre que tout ne peut pas forcément s’arranger comme on le souhaiterait… Une jolie quête initiatique dont on ressort l’âme apaisée.

 


Titre : I Wish
Année : 2011
Durée : 2h08
Origine : Japon
Genre : comédie dramatique

Réalisateur : Kore – Eda Hirozaku

Acteurs : Maeda Koki, Maeda Oshirô, Hayashi Ryôga, Uchida Cara, Hashimoto Kanna, Isobe Rento, Yoshinaga Hoshinosuke


tequila

"C'est en louant les cassettes vidéo de "A toute épreuve", "Une balle dans la tête" puis "Sonatine" que Tequila se découvre une passion pour le cinéma asiatique au milieu des années 90. Amateur de polar, de films d'arts martiaux et de chambara, il ne rechigne pas non plus à regarder un petit drame de temps en temps, ça le détend entre deux gunfights. Possède un canari et un bonsaï ficus, amoureux des jeux d'arcade Sega."

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2 Comments

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  1. Je suis passé à côté. Je tenterai une location à l’occasion, merci.

  2. L’un de mes gros coups de cœur de cette année. La réalisation, le traitement de l’histoire, les personnages ainsi que les interprétations… très sympa et effectivement, on en ressort l’âme apaisée.

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