[Film] Zombi 3, de Lucio Fulci (1988)

Sur une île touristique équipée d’une base militaire importante, un commando terroriste cherche à dérober une arme chimique à cette dernière. Un des membres se fait contaminer par le gaz, et les militaires brûlent son cadavre. Cela provoque une diffusion de l’agent toxique sur tout l’île, transformant les habitants en zombies. Tandis que les militaires tentent d’étouffer cette affaire en consignant la zone et éliminant tous les témoins, un groupe de touristes et quelques soldats en permission doivent survivre face à de nombreuses attaques de zombies.


Avis de John Roch :
Le Manoir de la terreur, L’Avion de l’Apocalypse, Zombie Holocaust, Le Massacre des Morts-Vivants… Beaucoup se sont nommés Zombi 3 à un moment ou à un autre lors de leurs exploitations, pourtant il n’y en a qu’un qui a conservé ce titre au fil du temps : Zombi 3, LE Zombi 3 car c’est un peu le troisième opus officiel d’une saga qui ne l’a jamais été. Pour comprendre, petit retour en arrière : le métrage séminal de Georges Romero, Dawn of the Dead, Zombie en France et Zombi en Italie, cartonne partout où il passe. Et puisque le film est une coproduction entre les U.S.A et l’Italie, nos amis Transalpins ont cru bon de revendiquer cette double nationalité et d’offrir au monde Zombi 2, L’Enfer des Zombies chez nous, fausse suite mais vrai bon film qui a révélé le talent de Lucio Fulci pour l’horreur, qui récidivera avec Frayeurs, L’Au-delà, La Maison près du Cimetière. Pourtant, après ces films, la carrière du réalisateur décline, et Zombi 3 est l’occasion de renouer avec le succès mais rien ne va se passer comme prévu sur le tournage. Les versions diffèrent avec le temps : Lucio Fulci aurait été contraint de stopper le tournage du film pour des soucis de santé, le producteur aurait par la suite demandé à Claudio Fragasso, scénariste de la chose avec sa femme Rossella Drudi non créditée au générique, et à Bruno Mattei qui est également présent aux Philippines pour tourner Strike Commando 2, de terminer le métrage. La version officielle, du moins celle qui est la moins contradictoire, c’est que Fulci a été engagé pour tourner six semaines aux Philippines pour pas cher un script qu’il détestait et voulait réécrire. Le producteur, Franco Gaudenzi, refuse mais Fulci arrache des pages du scénario pour en écrire d’autres avec sa fille Camilla, fini de tourner son film et livre un montage de 70 minutes. Entre en scène Fragasso et Mattei, qui ne garde que 50 minutes du travail de Fulci, et en tournent 40 pour assembler le tout tant bien que mal. D’après les intéressés, ce qu’ils ont tourné sont l’introduction du film, les scènes d’expositions impliquant les scientifiques et les militaires, et celles où interviennent des hommes armés en combinaisons blanches.

Jusqu’ici c’est cohérent, tant Zombi 3 ressemble à un film « 2en1 », l’introduction où des scientifiques se font braquer un virus top secret par des terroristes sort de nulle part. Enfin je parle de terroristes, ça pourrait être des combattants de la liberté, une bande d’écolos armés ou que sais-je, on en saura jamais plus puisque ce ne sera plus jamais abordé. La séquence qui suit dans l’hôtel trahit également les re-shoot en mettant à mal l’unité de temps, car s’il y a bien une autre scène dans un hôtel, que l’on suppose être le même, il semble s’être écoulé un petit moment entre le début et le milieu du film. Rassurez-vous, pas beaucoup de jours ont coulés sous les ponts, tout juste le temps pour que la végétation reprenne le pouvoir sur une construction humaine, quelques années tout au plus. Si les scènes entre les militaires et les scientifiques puent le tournage à la va-vite pour gonfler la durée du métrage, et le pompage du Jour des Morts-vivants dans l’opposition des deux partis, celles avec les hommes en combinaisons blanches mettent à mal les déclarations de Claudio Fragasso et de Bruno Mattei, car ceux-ci affirment avoir tourné toutes les scènes les impliquant, ainsi que les autres, parce que les acteurs n’étaient plus disponibles. Et pourtant s’il est vrai que la plupart du temps ils n’interagissent pas avec le casting, et bien il arrive que si, donc certains acteurs sont revenus, et là est le nœud du problème. Que reste-il vraiment de ce que Fulci a tourné ? Le duo, et on rappelle ici qu’il s’agit de Bruno Mattei et Claudio Fragasso, alias la dream team du nanar Transalpin (Virus Cannibale, Les rats de Manhattan, Robowar, Schoking Dark, Strike Commando, et je ne parle même pas de leurs œuvres en solo), n’aurait-il pas un peu abusivement mis sur le dos de Fulci tous les problèmes, et par extension de la qualité, de ce film, d’autant plus qu’il est le seul crédité en tant que réalisateur ? C’est certes plus vendeur, mais peut-être pas que, car dans Zombi 3 on reconnait d’avantage la patte du duo Fragasso/Mattei que celle de Fulci, à un ou deux plans près, ou alors il a accepté de tourner sans broncher, tout du moins au départ les idées de Fragasso, avant d’en amener de plus connes en réécrivant le script. Le tournage de Zombi 3 aurait mérité une table ronde entre les trois réalisateurs pour démêler le vrai du faux, mais Fulci et Mattei ne sont plus, et les paroles de Fragasso étant ce qu’elles sont quand il revient sur sa carrière (si on l’écoute, Zombie 4 aurait dû être l’Apocalypse Now du film de Zombie et le script de Troll 2 est révolutionnaire car c’était le premier à parler de malbouffe, en plus d’être un bon film. Oui Claudio et mes chroniques, c’est du Roger Ebert), le mystère restera peut-être entier jusqu’à la fin des temps.

Mais revenons au film lui-même. Taxé de nanar ou de navet selon le niveau de tolérance du spectateur, Zombi 3 n’est pas à proprement parler un bon film. Entre les acteurs au surjeu si extrême qu’ils en deviennent insupportables, des faux raccords à la pelle, des raccords étranges dû au montage chaotique issu d’un tournage qui l’a été tout autant, un scénario inexistant et incohérent de bout en bout, blindé de facilités scénaristiques, quand il n’est pas d’une connerie sans nom. Car dans Zombi 3, on part chercher de l’eau dans une station-service délabrée que même le personnage le plus con d’un film d’horreur n’oserait regarder de loin, on trouve une caisse de fusils d’assaut et un lance flamme dans un hôtel abandonné pile avant un assaut de zombies ou une grenade sous un camion quand la situation devient désespérée, on part chercher de l’eau (oui, encore) qui se trouve devant soi sans même la voir, on récite des dialogues insensés sublimés par une VF aussi crispante que drôle et tant qu’on est dans le sonore, citons la musique, sympa au début mais qui devient très vite soulante… Et puisque l’on nage en plein Bis Rital, il y a bien évidement du pompage dans l’air. Outre l’opposition entre militaires et scientifiques qui tient du Jour des Morts-vivants susmentionné, on retrouve également un DJ écolo qui intervient ponctuellement à l’image de son homologue féminin des Guerriers de la Nuit, les bonhommes en combi blanche renvoient au Crazies de Romero, et les Oiseaux ne sont pas loin quand il faut faire avancer le scénario. Pourtant, pour qui sait à quoi s’attendre en se lançant dans un Bis Italien, Zombi 3 est un film qui se regarde sans déplaisir, car il reste un métrage amusant de par ses défauts, et surtout on en a pour son argent.

Car ce que l’on ne peut pas reprocher à Zombi 3, c’est son rythme, qui tient plus du film d’action que du film d’horreur d’ambiance (bien qu’ici et là, le spectre de Fulci soit bien présent), qui insuffle une énergie comparable à celle de l’Avion de l’Apocalypse, et de plus tard Zombi 4, autre exemple de films de zombies Italiens qui compensaient leurs tares par une bonne dose de gore et de fun décomplexé. L’absence de trame narrative donne même une structure de jeu vidéo, les personnages ne faisant au final qu’explorer des lieux (l’hôtel, le village abandonné, l’entrepôt, la forêt) et casser plusieurs types de zombies : des lents, des rapides (et même un ultra vénère dont les mouvements ont été filmés en accéléré), des ninjas qui bondissent de partout, d’autres qui tendent des embuscades et même certains qui ont encore la faculté de parler. Et là encore il n’y a pas grand-chose qui permet de discerner ce qui a été tourné par Fulci et par le tandem Fragasso/Mattei, car si l’on aurait, et à raison, tendance à imaginer que les zombies lents viennent du premier, et le reste des seconds (dont une tête de zombie volante qui sort d’un frigo, idée depuis attribuée à Lucio Fulci), ils sont parfois présents dans une seule et même scène, le cas est également valable pour ce qui est de l’ambiance : des séquences nocturnes pleine de brouillard pourraient avoir été mises en boite par le réalisateur de L’Enfer des Zombies, mais la machine à fumée ayant visiblement échappée à tout contrôle, du faux brouillard, il y en a pendant la quasi-totalité des 1h35 que dure le film, ce qui remet une fois encore à l’épreuve les informations qui ont circulé sur le tournage. Zombi 3 en devient un métrage dont un making of serait passionnant, mais en l’état il reste un film qui donne aux amateurs du genre ce qu’ils sont venus chercher, et c’est là l’essentiel.

LES PLUSLES MOINS
♥ quelques scènes gores sympas
♥ C’est fun
♥ C’ est rythmé
♥ Parfois marrant, surtout en VF
♥ Des idées farfelues
⊗ C’est quand même très gogol
⊗ Il ne reste pas grand-chose de Lucio Fulci, que ce soit en tant que temps de film ou de talent
⊗ Cette sensation de film « 2en1 »
⊗ Il ne faut pas être regardant sur le semblant de scénario incohérent et rempli de facilitées

Note :

Note « moi j’aime bien » :

Si vous aimez le Bis Rital, les zombies et les métrages nanardesques tout en restant fun et dynamiques, Zombi 3 est fait pour vous. Pour les autres qui recherchent des frissons, une ambiance, ou juste un scénario un brin construit, vous pouvez passer votre chemin.

LE SAVIEZ VOUS ?
• On peut apercevoir la liste des chansons que passe le DJ, sur laquelle il est uniquement écrit « play the Beattles »…le DJ est aveugle soi dit en passant .
• L’ affiche du film est un patchwork, on reconnait un mélange de celles de Force 5, Horrible, Freddy 3 ou encore Tales From the Crypt.



Titre : Zombi 3
Année : 1988
Durée : 1h35
Origine : Italie
Genre : Zombies
Réalisateur : Lucio Fulci (ainsi que Claudio Fragasso et Bruno Mattei)
Scénario : Claudio Fragasso (ainsi que Rossella Drudi, et peut être Lucio Fulci)

Acteurs : Deran Sarafian, Beatrice Ring, Ottavio Dell’Acqua, Massimo Vanni, Ulli Reinthaler, Marina Loi, Deborah Bergamini, Luciano Pigozzi, des villageois Philippins grimés en Zombie

 Zombi 3 (1988) on IMDb


«Il y a quelqu’un ? J’aurai besoin d’un peu d’eau»

 

«Ce que je préfère moi c’est pisser dans les buissons, je peux finir en enfer pour ça ?»

 

«Il vient de se produire un nombre incroyablement élevé d’actes criminels dans toute la région. Des meurtres… et même des gens qui s’entre-tuent.»

 

«Tout ce que je veux c’est de l’eau !»

 

Sans le savoir, cette villageoise a cassé toute crédibilité de cette scène

 

La machine à fumée hors de contrôle, c’était donc toi !

Non, cette actrice n’ est pas revenue pour les reshoot…

… la preuve le plan d’ après

Ca commence dans le foin…

Pour finir dans la prairie le plan d’ après

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Auteur : John Roch

Amateur de cinéma de tous les horizons, de l'Asie aux États-Unis, du plus bourrin au plus intimiste. N'ayant appris de l'alphabet que les lettres B et Z, il a une nette préférence pour l'horreur, le trash et le gore, mais également la baston, les explosions, les monstres géants et les action heroes.
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Faze
Faze
8 mars 2022 2:55

Haha je fais clairement partie des « moi j’aime bien ».

On s’ennuie jamais , c’est gore et drôle (Mattei petit ange parti trop tôt !!) mais surtout tellement crétin que ça en devient jouissif.
Et petite question mais je me doute de la réponse négative vu ta chronique > Il n’y a donc pas de making of du film ?
(Perso j’ai que l’édition mad movies donc je sais pas ce qu’on peut trouver comme bonus chez des éditeurs italiens ou américains)
Oui je rêve mais bon …

Objectivement nul mais on se comprend quand on parle des Latins Crétins ! 😉