Ceux qui s’intéressent aux films chinois dédiés aux plateformes de SVOD du genre iQiYi, / Youku / Tencent Video auront sans doute remarqué que, parmi les centaines de films qui sortent chaque année, il y a un sous-genre très prolifique, celui des films de sniper. C’est simple, on a l’impression qu’il en sort un tous les mois et, lorsqu’on fouille un peu, on se rend compte que ce n’est pas juste qu’une impression et ça devient assez fascinant de voir comment ce sous-genre (mais il n’est pas le seul) est devenu une véritable industrie avec ses codes et un cahier des charges bien à lui au point que certains amateurs parlent de « sniperverse ». Mais derrière ces films de sniper et la façon dont ils sont pensés, c’est toute l’industrie du DTV chinois qui est pensée comme quelque chose de quasi-automatisé avec une stratégie commerciale et culturelle très sophistiquée.
Construits dans le même moule
Les DTV chinois sont presque tous construits de la même manière, en particulier leur première partie, et les films de snipers ne font pas exception à la règle. La concurrence est rude entre les différentes plateformes de SVOD chinoises, mais la concurrence est également rude à l’intérieur même d’une plateforme au point que les films sont étudiés pour immédiatement accrocher le spectateur afin qu’il ne zappe pas sur un autre film dans cette « guerre » où le clic et le temps de visionnage sont rois.

Pour cela, il existe la règle officieuse des 6 première minutes où l’action doit être immédiate. La majorité des DTV d’action / guerre / film de sabre commencent par une scène d’action qui doit en mettre le plus plein la vue et une grosse partie du budget de ces DTV est d’ailleurs allouée à ces 6 premières minutes, qui sont parfois même déconnectées du reste de l’intrigue. Dans les films de snipers, on nous présente souvent un sniper d’élite qui soit va rater son coup à cause d’un trauma, soit à l’inverse réussir un tir exceptionnel avec une mise en scène qui va être souvent presque plus soignée que le reste du film.
Le reste du film est souvent lui aussi construit de la même façon et après l’introduction, on va souvent retrouver des scènes d’entrainement et de retrouvailles du sniper avec son équipe, des scènes qui permettent de se poser après l’introduction mouvementée. Ensuite, vient régulièrement de longues scènes d’élaboration de plan et d’infiltration de la zone ennemi où ils vont réutiliser les mêmes structures en changeant juste le prétexte en fonction des scénarios. Enfin vient le duel final à distance (normal pour des snipers), parfois contre un autre sniper d’élite, plus ou moins long, plus ou moins spectaculaire en fonction du budget qu’il reste au film. Les structures sont interchangeables afin que les films soient mis en boite le plus rapidement possible, le plus facilement possible.

Pourquoi des films de snipers ?
On peut se demander pourquoi s’attarder autant sur les snipers. Pour cela, il faut sans doute revenir aux succès massifs de films comme Wolf Warrior (2015) et sa suite Wolf Warrior 2 (2017) de Wu Jing, mais aussi Operation Red Sea (2018) de Dante Lam qui ont pas mal cassé le box-office à leur sortie et qui ont ouvert une brèche pour le marché du DTV chinois. Ce ne sont pas des films de snipers à proprement parler, mais les producteurs se sont aperçu de l’attrait des chinois, surtout chez les jeunes, pour l’action tactique et pour les films militaires patriotiques. Et puis le Snipers (2022) de Zhang Yimou est venu accélérer les choses.
Produire un film comme La Bataille du Lac Changjin (2021) du trio Dante Lam / Chen Kaige / Tsui Hark et ses 170M$ de budget est clairement beaucoup trop cher pour une plateforme de SVOD chinoise qui a l’habitude d’allouer 1 à 3M$ à ses productions. D’autant plus que le temps de tournage pour une telle machine prend environ 5 mois, là où les DTV sont mis en boite en 15 à 25 jours. Alors il a fallu réduire le spectre, être plus minimaliste, et s’attarder sur des snipers, qui sont souvent des héros plus solitaires, permettait d’avoir bien moins de personnages à l’écran, bien moins de décors, bien moins de travail de post-prod tout en mettant des histoires de vengeance, de duels ou de missions d’extraction qui pouvaient tenir le spectateur en haleine.
Les décors sont souvent limités, que ce soit les films de snipers se déroulant en pleine nature (jungle, décors enneigés) ou en ville (toit d’immeubles, entrepôts désaffectés). De plus, comme l’intrigue repose souvent sur un duel entre deux hommes, le casting est bien plus réduit, permettant d’en garder sous le coude pour les explosions et autres effets spéciaux. En plus de ça, la NRTA (National Radio and Television Administration) veille au grain et il est parfois difficile de passer la censure pour des films chinois, aussi bien pour les films sortant au cinéma que pour ceux dédiées aux plateformes de SVOD (même si c’est plus souple). Et obtenir un visa de censure pour un film militaire patriotique où un tireur d’élite va protéger les intérêts chinois ou combattre des mercenaires étrangers s’en prenant à la veuve et l’orphelin, c’est bien plus facile et il y a peu de risques que le film soit interdit juste avant sa sortie.

Une mécanique bien rodée
Les producteurs chinois de ce genre de films sont malins et vont tout faire pour réduire les couts mais aussi les temps de production. Outre le schéma qui est donc souvent le même, avec un génie solitaire, souvent incompris ou traumatisé, qui doit réaliser le tir impossible, et une narration qui va à l’essentiel avec des dialogues simples, l’écriture des scénarios est rapide car presque automatique. La courte durée des films permet également un tournage rapide, s’étalant en général entre 15 et 25 jours. Mais les plateformes utilisent également certains subterfuges pour faire des économies de temps et d’argent.
Comme à l’époque de Roger Corman, les producteurs vont utiliser la technique du « back to back » qui consiste à louer un décor (jungle, camp militaire, entrepot, …) pour un certain temps, et au lieu de tourner un seul film, ils vont en tourner plusieurs à la suite, parfois en même temps, avec la même équipe technique. On retrouve également parfois certains mêmes acteurs/trices d’un film à l’autre, dans des rôles différents, mais aussi les mêmes accessoires. Modéliser une arme aussi complexe qu’un sniper en 3D, ou tout simplement en louer un, ça a un coût et donc autant mutualiser ça sur plusieurs films. et pour donner l’illusion de films différents, on change un peu le style des soldats et d’un film se passant dans la jungle, avec tout ce que cela implique de treillis de camouflage, on passe à un film urbain avec justement des vêtements de guerre plus classique.
La mutualisation se fait également parfois sur les effets spéciaux qui coute souvent chers. Si une explosion coûte 60000$ à produire, pourquoi ne pas la filmer sous plusieurs angles et l’utiliser dans plusieurs films, chacun des films prenant un point de vue différent pour que le subterfuge reste intact. Même chose par exemple avec un hélicoptère ou un drone modélisé en 3D, pourquoi ne pas insérer le même modèle, en changeant juste son skin, dans d’autres films ? Cela permet d’économiser drastiquement sur le coût des CGI car il n’y a plus qu’à piocher sur des modèles 3D prêts à l’emploi. Et comme le spectateur chinois a pris l’habitude de regarder ces DTV sur son smartphone lors des trajets en transport en commun, la petite taille de l’écran empêche quelque part de s’apercevoir que l’explosion ou l’hélico qui vient de voir, il les a déjà vu dans d’autres films. Il est à noter que cette technique n’est pas spécifique aux films de sniper mais est courante dans bon nombre d’autres genres qui sont exploités par les plateformes de SVOD chinoises.

Pourquoi ça plait autant ?
N’étant pas chinois et n’habitant pas en Chine, il est difficile d’avoir une vérité bien arrêtée sur le pourquoi de cette avalanche de films. Mais après avoir fouillé sur des sites chinois, sur des forums, sur des commentaires à des articles (merci Googletrad), il y a certaines pistes qui ressortent clairement.
Déjà, ces films sont souvent relativement simples dans leur construction et dans leur scénario qui doit pouvoir parler à tout le monde, le but étant d’avoir une narration efficace dans un film qui souvent n’excède pas 1h30. Le héros est souvent quelqu’un à qui à s’attache rapidement, souvent quelqu’un issu d’un milieu modeste (un petit village de campagne) qui est devenu un spécialiste réputé. C’est souvent quelqu’un qui mise plutôt sur la discipline et la patience plutôt que sur la force brute. A en croire certains dires, le sniper dans les DTV chinois serait un archétype qui résonne beaucoup avec la valeur du travail et de l’effort prôné par le gouvernement chinois actuel. Il serait « l’allégorie de l’individu précis dans une machine collective immense ». Cela couplé au scènes d’action souvent efficace de l’introduction et du final permettrait une vraie l’implication du spectateur.
A en croire, il existe un autre paramètre qui attire le public, et en particulier le jeune public (adolescents, jeunes adultes) en masse sur ce genre de production, c’est l’obsession de la technologie militaire, en partie due au succès des jeux vidéo du genre Call of Duty, Counter Strike et autres PUBG qui plaisent énormément au jeune public masculin de ces plateformes de SVOD. Pour eux, ce genre de films, c’est un peu comme un catalogue dans lequel ils pourront observer certaines armes sous toutes les coutures. Les armes sont filmées sous tous les angles, des mécanismes à la culasse en passant par des plans au ralentis des balles sortant du canon. Certains appellent ça le « Gun Porn ». De plus, il est également souvent question de jargon militaire, même simple, avec des informations sur la dérivation de la balle à cause du vent, de l’humidité, qui plait à tous les amateurs du genre.

Est-ce que le filon va s’épuiser ?
Comme pour tous les genres, la surproduction créé rapidement une saturation et il y a tout un pan de spectateurs qui commencent à se moquer des films de snipers, des trajectoires improbables des balles défiant toute loi de la gravité, des CGI qui se ressemblent beaucoup, en plus de ne pas être toujours de bonne qualité. Le pic a été atteint en 2024, avec des films de sniper qui ont inondé les écrans chaque mois. 2025 a été un peu plus sage, avec seulement 4 ou 5 films. Mais on n’est jamais à l’abri qu’un film du genre rencontre un énorme succès auprès du public pour que ça relance la machine.
Une chose est sûre, c’est qu’avec environ 30 films de snipers (du moins, ceux que j’ai pu recenser) en 6 ou 7 ans, ce n’est pas plus mal que ça se calme en termes de sorties car le genre tourne pas mal en rond et que même si certains films arrivent à sortir malgré tout du lot, il est peut-être temps de passer à autre chose ?












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