[JV] Ikaruga (2001 – Playstation 4)

 

Un pilote rebelle nommé Shinra doit combattre une nation ennemie en utilisant un chasseur spécialement conçu appelé Ikaruga, qui peut basculer entre deux polarités énergétiques (noir ou blanc) au simple toucher d’un bouton. Les balles de la même couleur que le vaisseau de Shinra peuvent être absorbées, tandis que la couleur opposée fera des dégâts – cette mécanique de changement de polarité est la caractéristique principale du jeu et le fondement de sa conception scénique et ennemie. C’est maintenant à Shinra de prendre position, car l’Ikaruga pourrait être la dernière chance pour la fédération rebelle de vaincre le régime oppressif d’Horai !


Avis de John Roch :
Masato Maegawa commence sa carrière dans les jeux vidéo chez Konami en tant que programmeur sur Castlevania: The Adventure, premier opus à sortir sur Game Boy. S’en suit quelques jeux sur NES (Rollergames, Laser Invasion et Bucky O’Hare) avant une rupture avec le studio. Masato Maegawa est jeune et plein d’ambition, ce qui l’intéresse avant tout c’est de se concentrer sur le gameplay et d’y amener des choses nouvelles et de créer des titres originaux, au contraire de Konami qui veut le positionner sur des suites de leurs séries à succès, et surtout ne voit aucun intérêt à son futur projet. Il quitte donc, emportant avec lui une poignée de développeurs, la société pour travailler en toute indépendance en fondant son propre studio. Ainsi est né Treasure, qui fort d’un partenariat avec Sega balance Gunstar Heroes, développé en 10 mois par sept personnes. Avec ce titre, les bases de ce qui est l’ADN du studio sont posées : une action frénétique, voire chaotique, et un gameplay qui apporte quelque chose de nouveau au genre auquel Treasure s’attaque. Par exemple la combinaison d’armes et une grande variété dans les niveaux pour Gunstar Heroes, des éléments de RPG et un système d’embranchement qui influe sur l’histoire du beat em’ up Guardian Heroes, le déplacement sur une ligne horizontale et l’attaque au corps à corps dans le rail shooter Sin And Punishment.

Puis il y a Radiant Silvergun avec lequel Treasure révolutionne le shoot’em up, genre qui commençait à sérieusement faire du surplace. Avec son système d’armement dont l’évolution se repose sur des points d’expérience, son aspect scoring qui se base sur des combos à réaliser en éliminant des chaines d’ennemis de couleurs différentes, son level design inspiré, ses nombreux boss et son gameplay qui tient autant du shoot’em up que du puzzle game avec des éléments de RPG qui permettent d’aborder le soft de différentes manières, Radiant Silvergun dynamise le genre et ravis les fans de SHMUP, bien que certaines critiques pointent un jeu trop exigeant. Critiques qui ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd, et après une poignée de jeu allant de la baston au plateformer, avec encore des jeux de shoot, Treasure reprend ce qui a fait le succès de Radiant Silvergun tout en le dégraissant pour le simplifier dans la forme et donner ce qui est considéré comme sa suite spirituelle et un autre chef d’œuvre du genre : Ikaruga. Tout d’abord sorti en Arcade uniquement au Japon en 2001, le jeu est porté l’année suivante sur une Dreamcast en fin de vie prématurée (distribué en peu d’exemplaire et donc devenu rapidement introuvable) qui n’a également pas franchi les frontières de l’archipel Nippon. Un nouveau portage est réalisé en 2003 sur Gamecube, cette fois-ci distribué mondialement mais également rapidement devenu rare. Depuis, Ikaruga s’est régulièrement rappeler à notre bon souvenir en revenant au fil des années sur à peu près sur tous les supports : Xbox Live, Playstation Network, PC, Switch et même Smartphone, donnant ainsi à ce jeu tout simplement indispensable la visibilité qu’il mérite.

Dans Ikaruga, Une nation du nom de Horai se sert d’une énergie appelée le pouvoir des dieux pour conquérir le monde. Face à elle se dresse Tenkaku, des rebelles qui se font tous décimés sauf un : Shinra qui survit miraculeusement au massacre et échoue dans un village dans lequel se trouve la seule arme capable de stopper Horai : le vaisseau Ikaruga. Dans le mode 2 joueurs, Shinra est accompagné de Kagari, membre de Horai qui rejoint la résistance. Voilà pour l’histoire, minimaliste et racontée de manière quasi mystique à l’aide d’un petit texte à chaque début de niveau. De toute façon dans un shoot’em up, le scénario est secondaire et ce qui prime avant tout, c’est le gameplay et le système de scoring. Deux éléments dans lesquels Ikaruga excelle. Pour ce qui est du premier élément, le jeu se repose sur le principe de la polarité. Les ennemis sont de deux couleurs différentes : noir et blanc, votre vaisseau peut switcher entre ces couleurs à volonté. Les tirs ne vous font aucun dégât si vous êtes de la même couleur, l’absorber est même indispensable pour remplir une jauge permettant de tirer des lasers à têtes chercheuse pour faire le ménage à l’écran, en revanche les tirs de couleur opposé vous font perdre une vie. Pour survivre le but est donc de d’alterner entre les deux couleurs pour se frayer un chemin dans les 5 niveaux, sachant que d’une part les ennemis sont plus sensibles aux dégâts causés par la couleur opposée, et que d’autre part ceux abattus projettent des boules d’énergie à l’abondance plus ou moins importante selon le niveau de difficulté choisi.

S’il n’y a aucun risque en mode easy, les ennemis explosés ne projetant rien, la donne est déjà tout autre en mode normal, dans lequel les engins abattus par un tir de la même couleur libèrent les orbes. En hard, ça vire carrément au cauchemar car c’est absolument tous les ennemis qui balancent la purée après avoir explosé. Ce principe de polarité n’est pas uniquement au service du gameplay, il l’est également à celui du scoring. Celui-ci est repris de Radiant Silvergun mais a été simplifié. Pour faire le meilleur score possible ici, il faut prendre en compte le système de combo appelé chain. Abattre trois ennemis de la même couleur donne un chain, en abattre trois autre un autre chain, et ainsi de suite. Le but étant de maintenir le combo de chain le plus longtemps possible pour scorer un maximum, combo se brise si vous éliminez un vaisseau de couleur opposé en plein milieu. L’aspect scoring est prenant et bien fichu mais il donne aussi, couplé à un level design fou de maitrise, une dimension puzzle game à Ikaruga. Il y a de fait deux manières d’aborder le jeu. La première, nécessaire dans un premier temps pour finir un jeu à la difficulté qui va mettre à rude épreuve vos réflexes cognitifs, est d’y aller en mode bourrin pour se faire au gameplay, à la polarité, à la hit box du vaisseau, apprendre la composition des niveaux et profiter des épiques combats de boss, tout en gardant vos yeux humides devant un festival son et lumière particulièrement intense. La seconde est la plus intéressante car le bourrin cède sa place à la réflexion, changeant ainsi totalement la manière de jouer. Ici, il faudra doser ses tirs, voire parfois ne pas tirer du tout, apprendre l’apparition des ennemis et de leurs couleurs associées, apprendre à ne pas utiliser la jauge de laser n’importe comment pour ne pas briser malencontreusement un chain.

Chose facile à dire car en l’état, adhérer au système de scoring c’est multiplier la difficulté d’un titre qui de base n’en manque pas. L’aspect réflexion est même poussé plus loin dans le mode prototype, dans lequel la jauge de laser disparait pour laisser apparaitre un compteur de munition limité. Mais avant de plonger dans tout cela, il faudra d’abord finir le jeu, ce qui n’est pas une mince affaire. Si les deux premiers niveaux, qui peuvent être considérés comme de gros tutoriels, se passent facilement mais pas sans difficulté non plus, les autres virent parfois au bullet hell dans lequel il faut non seulement esquiver ce qui passe, mais également se servir de la polarité à son avantage. Entre les obstacles, les ennemis et leurs tirs, et d’autres jets de lasers qui sortent de partout, il n’est pas rare d’y laisser sa peau face à un écran rapidement surchargé mais jamais illisible, ou par un simple mauvais réflexe. L’expérience est intense et difficile, mais pas infaisable pour autant car à force d’y jouer, le nombre de continus augmente et facilite grandement le tout. Petit détail à ce propos : changer ce paramètre et se mettre ce qu’il faut de continus pour boucler Ikaruga empêche d’enregistrer son high score.

Côté technique Ikaruga était et reste un beau jeu, toujours fluide malgré l’abondance d’éléments à l’écran, tout juste on pourra reprocher ce ralenti pour le moins raté lorsqu’ un boss est battu et explose, qui donne l’étrange sensation ça rame un court instant. Mais c’est un détail, le jeu est toujours aussi propre de nos jours tout comme la mise en scène des niveaux, en particulier le vaisseau qui prend son envol dans les cieux pour plonger dans la bataille, qui fait encore son effet. Il n’y a rien à reprocher à Ikaruga, certains pointeront sa durée de vie, mais elle est limitée par sa nature et de toute façon, l’aspect scoring peut occuper un bout de temps et même pour ceux que ça n’intéresse pas, Ikaruga fait partie de cette race de jeu qui se relance de temps à autres pour profiter d’une petite partie. D’autres pourraient reprocher qu’il s’agit d’un shoot’em up vertical mais pas de problème, un petit tour dans les options pour changer le défilement, et le tour est joué. Passé ces menus détails, dans son genre Ikaruga est un chef d’œuvre. Son gameplay simple mais profond, son visuel et sa technique toujours aussi propre de nos jours, ces niveaux diaboliquement bien conçus, ces combats contre les boss tous aussi épiques les uns que les autres, son action frénétique, sa musique et son aspect réflexion dès lors que l’on s’intéresse au système de scoring en font un must have qui traverse le temps sans aucun dommage.


GRAPHISMES
Ikaruga reste encore aujourd’hui un jeu propre et fluide en toute circonstance malgré un écran très vite chargé
JOUABILITÉ
Rien à reprocher, tout répond au doigt et à l’œil
DURÉE DE VIE
Limitée par sa nature, une partie d’Ikaruga se plie en une bonne demi-heure. L’aspect scoring, si toutefois on s’y intéresse, peut tenir en haleine longtemps.
BANDE SON
Les musiques sont de bonnes factures et restent en tête après avoir éteint la console
CONCLUSION
Dans son genre Ikaruga est un chef d’œuvre. Son gameplay simple mais profond, son visuel et sa technique toujours aussi propre de nos jours, ces niveaux diaboliquement bien conçus, ces combats contre les boss tous aussi épiques les uns que les autres, son action frénétique, sa musique et son aspect réflexion dès lors que l’on s’intéresse au système de scoring en font un must have qui traverse le temps sans aucun dommage.



Titre : Ikaruga
Année : 20 décembre 2001
Studio : Treasure
Editeur : ESP
Genre : shoot’em up

Joué et testé sur : Playstation 5
Existe sur : Arcade, Dreamcast, Gamecube, Xbox, Playstation 4, Switch, Smartphone…
Support : Dématérialisé


     

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Auteur : John Roch

Amateur de cinéma de tous les horizons, de l'Asie aux États-Unis, du plus bourrin au plus intimiste. N'ayant appris de l'alphabet que les lettres B et Z, il a une nette préférence pour l'horreur, le trash et le gore, mais également la baston, les explosions, les monstres géants et les action heroes.
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