[Film] Week-End de Terreur, de Fred Walton (1986)


Un groupe d’amis d’école se retrouvent pour passer le week-end du 1er avril dans un luxueux manoir, sur une île privée que possède l’une d’entre eux. L’un après l’autre, les invités disparaissent.


Avis de Cherycok :
Week-end de Terreur, encore un film devant lequel je suis moult fois passé dans les rayons des vidéoclubs dans les années 90 et sur lequel, sans que je sache réellement pourquoi, j’ai toujours fait l’impasse. L’arrivée du film en blu-ray chez Rimini Editions est l’occasion de rattraper ce retard et de se plonger dans ce slasher pas tout à fait comme les autres, qui a déstabilisé bon nombre de spectateurs à son époque, troisième long métrage après Terreur sur la Ligne (1979) et Hadley’s Rebellion de Fred Walton, un réalisateur qui n’arrivera pas à s’imposer et qui, dans la deuxième moitié des années 80, trouvera refuge à la télévision où il réalisera plusieurs téléfilms avant de disparaitre de la circulation en 1996. Une chose est sure, c’est que Week-end de Terreur a acquis au fil des années un statut de petit film culte et qu’il a même eu un remake en 2008, de bien piètre qualité, intitulé Avril Sanglant. Attention, ce qui va suivre est susceptible de spoiler quelque peu et Week-End de Terreur fait partie de ces films dont il vaut mieux ne rien savoir avant visionnage. Vous voilà prévenus.

Dès les premières minutes du film, on constate qu’on est bien dans du slasher des années 80 avec ce groupe de djeun’s qui se réunissent dans un endroit isolé, avec des filles peu farouches et des mecs qui ont comme projet d’explorer l’entrejambes de plusieurs d’entre elles. Et on est sur du bon gros lourdeau, le genre de mec qui va frapper à toutes les portes avant de se coucher pour savoir s’il n’y en a pas une qui a envie de jouer avec sa zigounette. Mais au final, on est plus dans une sorte de version djeun’s des 10 Petits Nègres, et c’est d’ailleurs cité par un des personnages du film qui s’exclame « C’est comme Agatha Christie ». Comme le titre original le suggère, April Fool’s Day, les personnages vont se faire plein de farces et on comprend vite que lesdites farces vont finir par mal tourner. Quelqu’un semble leur en vouloir et a même laissé à chacun dans leur chambre un objet qui leur rappelle un secret enfoui. Petit à petit, ils vont malencontreusement décéder un à un, le schéma classique du slasher mais avec un film qui va jouer avec les codes du genre. Nous y reviendrons plus bas. Les personnages sont archétypaux mais lisibles, fonctionnels, et le spectateur n’a pas de mal à projeter ses attentes sur eux. Ils sont archétypaux mais pas caricaturaux. Ici, point de combo geek / sportif / fille facile / fille coincé / … Certes, les personnages rentrent dans certaines de ces catégories mais les traits ne sont pas aussi exagérés que dans beaucoup de films du même genre. Nous nous retrouvons ici avec des personnages un peu plus réels, un peu plus comme monsieur et madame tout le monde, certes qui ont la pinède en feu, mais qui malgré tout ont des comportements plus normaux. On repassera néanmoins pour la profondeur, le genre ne s’étalant en général peu ou pas sur la psychologie de ces nombreux personnages dont l’espérance de vie ne dépasse en général pas l’arrivée du générique de fin.

Week-end de Terreur est gentillet en termes de sang, avec des meurtres qui ne sont pas montrés et des survivants qui trouvent juste les cadavres de leurs copains assassinés. Mais c’est voulu, avec un film qui privilégie la manipulation psychologique, aussi bien de ses personnages que du public, pour faire en quelques sortes un commentaire ponctué d’humour noir de son propre genre. Il joue délibérément avec les attentes du spectateur, en suivant tous les codes du slasher classique (meurtres, victimes isolées, ambiance qui vire à la paranoïa, …) mais en les déconstruisant volontairement dans son dernier acte. C’est ce dernier acte qui a énormément divisé à l’époque. Aujourd’hui, le twist final du film est prévisible car plusieurs indices (volontaires ou non) sont disséminés ci et là tout du long et les spectateurs d’aujourd’hui devront faire l’effort de se remettre dans le contexte de l’époque. Le retournement de situation qui nous est présenté était clairement novateur à l’époque, voire carrément osé à une période où chaque année voyait sa brouette de nouveaux slashers interchangeables. C’est clairement ce twist qui a fait la réputation du film et qui lui a donné ce petit statut de film culte, certains considérant même Week-End de Terreur comme précurseur des films méta-horrifiques qui feront leur arrivée dans les années 90 (comme par exemple Scream). Lorsque le pot-aux-roses est révélé, certaines interrogations trouvent enfin des réponses, ou viennent confirmer ce qu’on sentait depuis le début. Connaissant forcément le subterfuge qu’il est en train de mettre en boite, le réalisateur Fred Walton peut s’appliquer à faire quelque chose de différent et surtout soigne la mise en scène de son film. Tout est ici cohérent, du rythme saccadé, lent par moments et tendu dans d’autres, à la photographie qui s’attarde parfois sur des détails, et l’ensemble, bien qu’imparfait, se montre souvent intelligent.

LES PLUS LES MOINS
♥ Un twist final osé pour l’époque…
♥ La remise en question du genre
♥ Bien mis en scène
♥ Une bande son sympathique
♥ L’entrain du casting
⊗ … mais aujourd’hui prévisible
⊗ Manque de sensations fortes
⊗ Des personnages peu profonds

Week-end de Terreur est clairement un slasher atypique des années 80, devenu culte au fil des années grâce à son retournement de situation qui aujourd’hui pourra paraitre un peu désuet, mais qui à l’époque était clairement audacieux.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Pendant que l’équipe éclairait une scène, Deborah Goodrich a commencé à lire un questionnaire du magazine « Cosmopolitan » à ses partenaires, ce qui a suscité une conversation animée qui a attiré l’attention du réalisateur Fred Walton. Quelques jours plus tard, Walton a remis le magazine et une nouvelle série de questions à Goodrich, et a demandé aux actrices d’improviser une scène qui a finalement été retenue dans le montage final.

• Au début du film, le personnage de Skip, interprété par Griffin O’Neal, est accusé d’une farce qui a tourné au drame et laissé un passeur défiguré. Dans un étrange cas où la vie imite l’art, O’Neal a été inculpé l’année suivante pour homicide involontaire à la suite d’un accident de bateau sous l’emprise de la drogue qui a causé la mort du fils de Francis Ford Coppola, Gian-Carlo Coppola.


WEEK-END DE TERREUR est sorti chez Rimini Editions en combo DVD / Blu-ray édition collector limitée au prix de 24.99. Il est disponible à l’achat ici : Fnac.com

Version français et version originale sous titrée français – BD 50 – MASTER HAUTE DEFINITION – 1080p – 2.35:1 – 16/9 compatible 4/3 – Couleurs – DTS-HD Master Audio 2.0/5.1

En plus du film, on y trouve : Livret de 24 pages écrit par Marc Toullec, Présentation du film par Mylène Da Silva de la chaîne Welcome to primetime BITCH !



Titre : Week-End de Terreur / April Fool’s Day
Année : 1986
Durée : 1h29
Origine : U.S.A
Genre : Poisson d’avril !
Réalisateur : Fred Walton
Scénario : Danilo Bach

Acteurs : Deborah Foreman, Griffin O’Neal, Clayton Rohner, Jay Baker, Pat Barlow, Lloyd Berry, Deborah Goodrich, Tom Heaton, Leah Pinsent, Mike Nomad


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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