[Film] Urgence, de Gilles Béhat (1985)

Le journaliste Max Forestier filme discrètement un groupe néo-nazi dans lequel il est infiltré depuis plusieurs mois. Il se fait surprendre et des membres du groupe lui tirent dessus. Avant de mourir, il a le temps de confier un étrange message à sa sœur, Lysa, qui se retrouve alors elle-même en danger. Elle décide d’alerter la presse et se réfugie à l’agence Oméga où elle est secourue par Jean-Pierre Mougin, journaliste à la rubrique sport, qui ne la prend pas au sérieux dans un premier temps.


Avis de Cherycok :
Après Tir à Vue, nous allons parler aujourd’hui du deuxième polar français 80’s qui sort prochainement chez Arcadès Éditions, à savoir Urgence, bobine réalisée par Gilles Béhat après son succès au box-office Rue Barbare (1984). A cette époque, certains studios français comme la Gaumont ont envie de passer la vitesse supérieure et de concurrencer le cinéma d’action américain tout en essayant de garder une identité française aux productions. Gilles Béhat se voit donc allouer un budget des plus confortables pour transposer à l’écran le roman Qui Vous Parle de Mourir ? (1982) de Gérard Carré et Didier Cohen, tout en y injectant le contexte politique et social des plus électriques en France à cette époque. Bien que le film ne soit pas un échec total au box-office, totalisant environ 800000 entrées, il ne semble clairement pas avoir marqué les esprits, comparé à plusieurs autres films policiers et thrillers français de cette décennie. Pourtant, Urgence est un bon petit polar qui tient la route et qui mérite qu’on s’y attarde.

J’en parlais dans ma chronique de Tir à Vue, mais dans cette première moitié des années 80, le climat social est assez tendu en France. C’est le désenchantement de l’ère Mitterrand avec le tournant de la rigueur qui est adopté par le gouvernement. Le chômage explose, les luttes syndicales deviennent de plus en plus fréquentes, les usines ferment. C’est également à ce moment-là qu’on voit la première percée de l’extrême droite avec un Front National qui arrive à totaliser 11% des votes aux élections européennes du moment, et que font leur apparition tout un tas de groupuscules d’extrême droite dont certains vont perpétrer des actes terroristes, créant en plus une ambiance anxiogène dans tout le pays. La paranoïa règne dans la population et ça va se ressentir jusque dans plusieurs de ces polars français de cette première moitié de décennies, dont le Urgence de Gilles Béhat. Le groupe Action Sécurité du film semble par exemple faire référence au Groupe Union Défense réputé pour ses actions violentes et qui a été très actif dans les années 70, bien qu’il perde de la vitesse dans les années 80. Tout ça pour dire que, comme Tir à Vue, avoir connaissance du climat social et politique de l’époque permet de voir le film sous un autre angle et de transformer ce qui aurait pu être un actionner simple, voire simpliste, en quelque chose de bien plus profond qui est quelque part une photographie à l’instant T de ce qu’était la France. A l’instar de Tir à Vue de Marc Angelo, le Paris qui nous est présenté ici n’a rien de glamour et le réalisateur évite l’effet carte postale. C’est gris, froid, constamment pluvieux, et Béhat préfère s’attarder sur des parkings souterrains, des rues embouteillées, des quartiers de banlieues (bien que l’ensemble fasse moins « glauque » que dans le film d’Angelo) que les places emblématiques de la capitale française. Mais il n’y a pas que la ville qui est morne, c’est également le cas de ceux qui y vivent, avec une Police corrompue, des politiques qui trempent dans de sales histoires, des médias qu’on fait taire et une population de banlieue qui est laissée à l’abandon. Le tout renvoyant bien entendu à tout un tas d’histoire plus ou moins sordides, plus ou moins marquantes de l’époque.

Comme dit plus haut, l’envie des producteurs étaient de faire un film qui pouvait concurrencer leurs équivalents américains du moment. Il est vrai que le budget confortable du film se ressent et rares sont les polars français de cette époque qui se font aussi rythmé, aussi fourni en action, et ce dès l’introduction. Point de ventre mou ici mais une succession de courses-poursuites à pied, en moto ou en voiture, de gunfight, de bagarres et autres, peut-être trop même tant le scénario ne laisse au final que peu de place à la partie filature des policiers qui se déroule en parallèle. Nous sommes dans une course contre la montre et Richard Berry s’investit à fond pour essayer de faire ressentir cette urgence de la situation, avec une mise en scène nerveuse et directe de la part de Béhat qui agrémente l’ensemble d’une bande qui aujourd’hui pourra paraitre extrêmement kitch avec ses sonorités très 80’s mais qui fait plaisir à entendre pour qui a forgé sa cinéphilie avec des films de cette époque. Son personnage passe son temps à courir, à conduire pour rapidement changer de lieu, quitte à escalader en Land Rover les escaliers de Montmartre, jusqu’à une séquence finale sincèrement osée pour l’époque et vraiment réussie. Certes, on est dans un schéma ultra classique du mec qui avait rien demandé, ici un journaliste sportif, qui va se retrouver accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis et qui va essayer de prouver son innocence, mais l’ensemble se fait efficace malgré des imperfections. Car oui, il y a des imperfections, à commencer par ces dialogues qui à trop vouloir faire cool, souvent à base de punchline et d’échanges fleuris, font parfois un peu trop écrits pour paraitre naturels. On regrettera également le jeu un peu timide de Fanny Bastien (qui incarne l’héroïne), un peu monolithique, là ou Richard Berry et Bernard-Pierre Donnadieu sont très investis. On pourrait également parler du scénario qui ne fait au final qu’effleurer les thèmes qu’il aborde (la montée de l’extrême droite par exemple) au profit de l’action pure et dure. Mais au final, ce n’est pas si grave et Urgence n’est pas le premier ni le dernier film à privilégier l’action à la réflexion. L’essentiel, c’est que ce soit efficace, et là-dessus, Gilles Béhat réussit plutôt bien son pari.

LES PLUS LES MOINS
♥ Un bon casting…
♥ Les thématiques abordées…
♥ Mise en scène nerveuse
♥ Très bien rythmé
♥ Paris sous un autre jour
⊗ … sauf Fanny Bastien, un peu amorphe
⊗ … mais pas assez en profondeur
⊗ Des dialogues qui manquent de naturel

Bien qu’il pourra paraitre aujourd’hui un peu désuet malgré des thématiques abordées qui sont toujours aussi actuelles, Urgence est un bon polar musclé, profondément ancré dans les tensions sociales et politiques de son époque.


URGENCE est disponible à partir du 17 mars 2026 en blu-ray 16.99€ chez Arcadès Éditions. Il est disponible à l’achat ICI.

1920 x 1080p HD – 16/9 – Version française DTS HD Master Audio 2.0 – Sous-titres français et français pour malentendants.

En plus du film, on y trouve : Le Cinéma Français en garde à vue : Le polar des années 80 (18min), Un thriller politique : A propos du film Urgence (8min).



Titre : Urgence
Année : 1985
Durée : 1h39
Origine : France
Genre : Polar politique
Réalisateur : Gilles Béhat
Scénario : Jean Herman, Gilles Béhat

Acteurs : Richard Berry, Fanny Bastien, Bernard-Pierre Donnadieu, Jean-François Balmer, Nathalie Courval, Georges Géret, Catherine Allégret, Jean-Jacques Moreau
















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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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