[Film] Revenge of Scar Face, de Cheung Kwok-Kuen (1992)

Des réfugiés vietnamiens, Ruan Whao-chan, Lung, Porky et Fong veulent échapper à leur triste existence dans un garage automobile et se mettent au service du chef de gang Muo en tant que livreurs armés pour le trafic de drogue. Lorsque Muo est éliminé par Fey et les autres sbires de son ancien partenaire Tay et que la concurrence interne de Tung disparaît bientôt, l’ascension de Chan et de ses hommes semble toute proche. Le sergent Chang, un policier corrompu, pourrait toutefois leur causer des problèmes. Et la volonté de Chan de tout faire de son propre chef, par la force et contre les conseils et les avertissements de ses amis.


Avis de Cherycok :
Est-ce que vous saviez qu’il existe un remake, clairement non-officiel, hongkongais du célèbre Scarface de Brian De Palma ? Eh bien moi non plus. Tout du moins jusqu’il y a quelques heures où je suis tombé par pur hasard sur Revenge of Scar Face sorti en 1992, très obscure production de troisième zone comme Hong Kong en a produit des tonnes vers la fin des années 80 / début 90, réalisé par le non moins obscur Cheung Kwok-Kuen. Comment ? Vous ne connaissez pas Cheung Kwok-Kuen ? Eh bien moi non plus. Tout du moins avant que je regarde qui avait réalisé Revenge of Scar Face et que je constate qu’il n’avait fait que des films tout aussi inconnus. Ghost Premise (2000), Snake Curse (2004), Illusion Apartment (2010) et quelques autres bobines sortis des tréfonds obscurs du cinéma de Hong Kong. Oui, une fois de plus je me lance dans un film HK qui, sur le papier, aurait dû rester aux oubliettes d’autant plus que le résultat n’est pas bon. Mais attention, il n’est pas si mauvais non plus. Entre les deux quoi. Mais pas très bon quand même.

Revenge of Scar Face est le premier film de Cheung of Scar Face, ancien monteur chez la D & B de Sammo Hung, qui se lance donc dans l’aventure de l’heroic bloodshed bon marché tourné en 15 jours avec trois francs six sou histoire de tater le terrain et d’engranger quelques $HK. Et quitte à essayer de marquer le coup, pourquoi ne pas reprendre le titre d’un célèbre film de mafieux connu à travers le monde ? Bon, et aussi une partie du scénario et du contenu parce qu’on n’est pas à un piétinement collectif du copyright dans le Hong Kong des années 90. Une version lowcost de Scarface qui va en plus surfer sur la mode des heroic bloodshed façon John Woo mais sans avoir ni le talent de ce dernier, ni celui de De Palma. On sent très rapidement que les moyens étaient très limités et le film a un côté brut, presque documentaire par moments, la mauvaise qualité de la copie (il n’est sans doute sorti qu’en VHS ou LaserDisc) aidant sans doute à ressentir cette sensation et procurant à Revenge of Scar Face une esthétique parfois assez crasseuse. On sent également très rapidement que le talent n’est pas ce qui ressortait le plus chez Cheung Kwok-Kuen qui se contente de filmer mollement ce qu’il se passe à l’écran, et même ce qu’il se passe à l’écran reste quand même assez brut de décoffrage. Le film de De Palma prenait le temps de montrer les différentes étapes de l’ascension de son « héros » dans la pègre. Ici, ça dure 1h30, et on sent que le film n’a pas le temps, en plus de ne pas avoir l’argent. Les ellipses temporelles sont brutales, nous donnant l’impression qu’il manque des scènes toutes entières ou que le scénario a été écrit au fur et à mesure du tournage mais qu’ils oubliaient parfois ce qui avait été tourné la veille. Difficile par exemple de comprendre comment notre méchant héros a bâti son empire. Ça manque clairement de continuité dans les scènes mais aussi dans l’utilisation des décors avec une histoire qui passe du coq à l’âne.

Les similitudes entre Scarface et Revenge of Scar Face sont là, de l’ascension de son marginal du bas de l’échelle jusqu’à la domination totale, à la cicatrice que le personnage a sur son visage, en passant par la paranoïa qui gagne rapidement le personnage central qui ne peut faire confiance à personne. Mais ça s’arrête là. En termes de mise en scène, on est aux antipodes, Cheung Kowk-Kuen ne cherchant jamais à styliser quoi que ce soit. En termes de personnages féminins, Michelle Pfeiffer dans le film de De Palma, Jacqueline Ng ici, ce n’est clairement pas la même importance ici. Mais pourtant, Revenge of Scar Face tire son épingle du jeu déjà dans la noirceur de son scénario. Tout le monde est pourri, tout le monde cherche à tuer tout le monde, jamais Cheung Kwok-Kuen ne cherche à glorifier quoi que ce soit dans ce monde où la mort est à l’ordre du jour. Le scènes d’action, bien que pas toujours très fameuses sont assez nombreuses, sont violentes, parfois cruelles, souvent courtes et sèches. Les sbires tombent en masse, ça se gunfighte dans des zones délabrées où parfois la nature commence à reprendre ses droits (comme un ancien parc d’attraction à l’abandon). Revenge of Scar Face a même parfois un côté glauque, peut-être là aussi accentué par la pauvre qualité d’image de la copie. Au casting, on est content voir que Ken Lo peut tenir le rôle principal, même si c’est dans une obscure production, et on regrette que le cinéma de Hong Kong l’ait essentiellement cantonné à des rôles de sbires plus ou moins importants. Il est également chorégraphe de l’action mais étant donné le très court temps de tournage que le film semble avoir eu droit, il ne fait pas des merveilles et préfère délaisser les chorégraphies élaborées qu’il est capable de faire pour des affrontements bien plus bruts, certes aussi moins intéressants, mais pourtant bien en adéquation avec le reste du film. Mais il n’y a au final ici pas vraiment de héros. Le personnage de Ken Lo est une brute épaisse et le film ne cherche pas à l’excuser. C’est du cinéma de triades premier degré sans la fraternité et l’honneur habituels du genre, mais aussi sans budget et sans réelle ambition.

LES PLUS LES MOINS
♥ Plutôt rythmé
♥ Ken Lo dans un rôle principal
♥ Quelques scènes d’action correctes
♥ Le nihilisme de l’ensemble
⊗ Mise en scène sans aucune ambition
⊗ Les talents martiaux de Ken Lo pas exploités
⊗ Un scénario avec des trous béants
⊗ Souvent monté à la hache
⊗ Fauché comme les blés

Sorte de pseudo remake de Scarface de Brian De Palma, Revenge of Scar Face est une série B à tendance Z tournée à la va-vite, sans argent, qui ne ravira que les complétistes du ciné HK qui trouveront ici une curiosité qui se regarde malgré tout.



Titre : Revenge of Scar Face / 辣手梟雄
Année : 1992
Durée : 1h31
Origine : Hong Kong
Genre : Actionner de troisième zone
Réalisateur : Cheung Kwok-Kuen
Scénario : Lu Chi-Shang

Acteurs : Jacqueline Ng, Ken Lo, Robert Mak, Kwai Chung, William Duen, Chan Ging, Gam biu, Ku Feng, Hung Fung, James Ha, Choh Seung-Wan, Alan Ng, Cheung Pooi-Yue

















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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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