Quatre fameux criminels (Lau Wai Ling, Bruce Tong, Suen Shu Pau et Dick Wei) dérobent une pièce de jade d’une inestimable valeur à un riche seigneur (Lee I Min). Ne pouvant la partager, ils décident de faire appel au maître des jeux (Johnny Wang Lung Wei) pour organiser une partie de dés afin que l’un d’eux remporte ce précieux trophée. Pendant ce temps, un célèbre forgeron (Philip Kwok) connu pour avoir créé de redoutables armes mais aujourd’hui retiré du Jiang Hu est contacté par plusieurs épéistes pour concevoir à nouveau des engins de mort. Il n’a de cesse de refuser jusqu’à ce que se présente à lui le seigneur détroussé puis le chef de la police locale (Ku Feng) : il reprend alors du service et va tenter de retrouver là pièce de jade.
Critique – Alexander Fu-sheng – Kara Hui Ying Hung

Tourné après quelques sympathiques réussites mineures et avant un retentissant échec (Ten Tigers Of Kwangtung), Life Gamble est un surprenant film dans la dernière partie de carrière de Chang Cheh à la Shaw Brothers. En cette fin des années 70, l’ogre de Hong Kong semble ne pas avoir trouvé son « nouveau » style, celui qu’il développera jusqu’au début des années 80 avec la troupe des Venoms. De films Shaolin (Shaolin Temple, New Shaolin Boxers) en œuvres sur la Seconde Guerre Mondiale (Seven Man Army, Naval Commandos), de films contemporains (Chinatown Kid) en authentiques œuvres « bis » (Crippled Avengers), de sages adaptations littéraires (la saga Brave Archer) en série B fantastico-féériques (Heaven And Hell, The Fantastic Magic Baby), Chang Cheh navigue entre tous ces genres sans jamais persister, comme si le renouveau du cinéma hongkongais – c’est l’arrivée de Jackie Chan, Sammo Hung, Yuen Woo Ping… – l’empêchait de s’affirmer.

Life Gamble, comme ces quelques prédécesseurs, est également pourvu d’un style bien particulier qui tranche avec la production habituelle du maître. A sa vision, le spectateur coutumier des œuvres de la Shaw Brothers ne peut que s’interroger : est-il devant un film de Chang Cheh ou de Chu Yuan ? Premier étonnement, la présence et l’importance des femmes. Pour une fois dans un film de l’ogre, leur rôle ne se limite pas, au mieux à celui d’instigatrices de la chute des braves (leur plus fameux représentant est Fang Gang / Jimmy Wang Yu dans le One-Armed Swordsman) et, au pire, à celui de potiches. On ne compte également plus le nombre de films desquels elles sont totalement absentes ! Chang Cheh aurait-il rangé au vestiaire sa légendaire misogynie ? Autre particularité de Life Gamble, le récit prend largement le pas sur l’action et perd sa fonction de prétexte à des joutes martiales. Ni Kuang et Chang Cheh ont visiblement travaillé en profondeur le scénario en multipliant sous-intrigues et personnages, causant ainsi chez certains spectateurs deux frustrations. La première est le sentiment de perdre pied dans le récit et de ne plus maîtriser motivations et sympathies des héros ; la seconde est de ne retrouver de grandes stars de la Shaw Brothers que pour de fugaces apparitions. Mais une fois de plus, la complexité n’est que d’apparence et il faut se laisser porter par les événements sans paniquer, prenant plaisir au passage à reconnaître des visages familiers et appréciés.

Life Gamble débute par le vol d’une pièce de jade d’une inestimable valeur à un riche seigneur (Lee I Min). Le larcin a été mené de mains de maître par quatre fameux criminels (Lau Wai Ling, Bruce Tong, Suen Shu Pau et Dick Wei) qui, ne pouvant partager l’œuvre d’art, décident de faire appel au maître des jeux (Johnny Wang) pour organiser une partie de dés. Le vainqueur se verra alors attribuer le précieux trophée. Pendant ce temps, un célèbre forgeron (Philip Kwok), connu pour avoir créé de redoutables armes mais aujourd’hui retiré du Jiang Hu, est constamment contacté par des épéistes pour concevoir à nouveau des engins de mort. Il n’a de cesse de refuser jusqu’à ce que se présentent à lui le seigneur détroussé puis le chef de la police locale (Ku Feng) : il reprend alors du service et se met en quête de là pièce de jade.

Sorte de détective privé perdu dans le Jiang Hu, le forgeron croisera sur sa route toutes sortes d’épéistes. Une brute (Lo Meng) insistant violemment pour qu’il lui fabrique de nouveaux couteaux, un des voleurs (Bruce Tong) qui parvient à lui démontrer qu’il n’a jamais quitté le monde des armes et leur cortège de morts, l’homme qui l’a traîtreusement vaincu (Lu Feng), le chef de la police et sa courageuse fille (Kara Hui), un mystérieux et arrogant tueur à gages (Fu-sheng), une intrigante (Shirley Yu)… Comme dans l’univers de Chu Yuan, très proche du roman noir, il est difficile, voire impossible, de se faire une idée claire et définitive sur les personnages. Hormis du forgeron, d’une probité et d’une bonté exemplaires, le spectateur sera amené à se méfier de tous et se trouvera ainsi dans une position certes inconfortable mais ô combien ludique, culminant à l’occasion de retournements de situations multiples. Mais d’ailleurs, tous ces épéistes ne sont-ils pas finalement mauvais, chacun poursuivant son objectif au mépris des autres, étant prêt à tout pour satisfaire ses motivations ?

Chang Cheh se démarque cependant de l’œuvre de Chu Yuan en y rajoutant sa violence stylisée et graphique (bras coupés, flots de sang qui souillent d’immenses drapeaux, masses qui éclatent des têtes…) et poursuit l’accumulation de références directes aux comics américains, démarche déjà engagée avec Crippled Avengers et The Five Venoms. Chaque artiste martial est ainsi pourvu d’une arme caractéristique, conçue pour l’occasion, le faisant ressembler à un de ces super héros des bandes dessinées Marvel. On retrouve ainsi des lanceurs de bien étranges couteaux, capables de se dédoubler en plein vol, un méchant amputé d’une main qui s’en fait greffer une nouvelle faite d’acier et dotée de gadgets, des méchants truculents et vicieux, etc. Les accoutrements ne sont également pas sans rappeler les tenues fantaisistes des surhommes qui remplissent les pages des comics. Avec les Venoms, Chang Cheh exploitera cette veine jusqu’à finir par tourner en rond, ses films n’ayant dès lors pour prétextes que l’accumulation de combats et de costumes frisant souvent le ridicule.

Life Gamble bénéficie d’un casting d’une rare richesse. Presque tous les acteurs du clan Chang Cheh sont présents. Une place de choix est bien entendu faite aux Venoms. Ce groupe d’artistes martiaux, qui n’avait pas encore de nom (l’appellation « Venoms » n’est venue que bien plus tard), n’est pas cependant pas équitablement au centre de l’intrigue. Si l’on constate l’absence de Sun Chien, seuls Philip Kwok, le héros forgeron, et dans une moindre mesure Lo Meng, l’impulsif et fier lanceur de couteaux, ont la part belle. Lu Feng, l’abject traître, se voit attribuer un rôle assez court mais intéressant, tandis que Chiang Sheng, un des favoris du maître, disparaît précocement (sa pureté face à une belle intrigante lui sera fatale…). Sur l’affiche, la rencontre entre Fu Sheng et cette bande d’artistes martiaux / acrobates hors pairs avait tout pour enflammer le spectateur le plus blasé. Las, le jeune poulain de Chang Cheh, tout en retenue (pas un seul sourire pour cet acteur qui en fait souvent trop dans la comédie), se voit offrir de longues scènes intimistes face à Kara Hui et ne s’active que sur la fin, armé de ses armes blanches. Une déception. Bien heureusement, les seconds couteaux s’en tirent à la perfection, menés par un Johnny Wang Lung-wei impeccable et une bande de voleurs parfaits.

Les combats, chorégraphiés par le discret Leung Ting et Lu Feng, sont solides et originaux, même si certains auraient sûrement aimé en voir plus à l’écran. L’affrontement final, tourné en extérieur, est particulièrement réussi et nous prouve une fois de plus que les Venoms étaient, à cette époque, une valeur sûre pour les arts martiaux de la Shaw Brothers.
David-Olivier Vidouze 10/7/2007

Le saviez-vous ?
Chang Cheh fera de ce film un remake en 1990 : A Hidden Hero.
Les bonus du HKCinemagic :

Il aurait pu être une star de la kung-fu comédie bien avant Jackie Chan, ses talents d’artiste martial lui promettaient un bel avenir dans le genre, mais l’envie de vivre vite l’emporta très tôt, Alexander Fu Sheng disparaissait dans un tragique accident de voitures le 7 Juillet 1983. Il laisse derrière lui une filmographie qui aura marqué le cinéma d’arts martiaux labellisé Shaw Brothers.
Alexander Fu Sheng est né le 20 Octobre 1954 à Hong Kong. Très vite il part s’installer avec sa famille à Hawaï où il apprend le judo et Karaté, son père, un riche homme d’affaires, espère pour lui une brillante carrière et le pousse à poursuivre de longues études. Mais ceci n’est pas l’apanage d’Alexander, et il repart très vite à Hong Kong étudier les arts martiaux.
Sa carrière cinématographique débute dans Man Of Iron de Chang Cheh où il effectue un caméo. L’année suivante, le réalisateur lui donne un rôle plus important dans le polar Police Force aux côtés de l’actrice Lilly Li Li Li. Lorsque Chang Cheh débute son cycle « Shaolin » avec Heroes Two (Ceinture noire contre kung fu), il lui donne le rôle principal. Fu Sheng retrouve alors Liu Chia Liang le chorégraphe qui a été son instructeur à son arrivée à Hong Kong. Le jeune homme possède des qualités martiales hors normes, mais également un jeu d’acteur et des qualités comiques qui le prédestine à une grande carrière, irons-nous jusqu’à dire qu’il est de par sa décontraction et son cabotinage, le révélateur de ce qui allait donner la Kung Fu Comedy, chère à Liu Chia Liang ? Après plusieurs films consacrés aux héros du Temple de Shaolin dont un très remarquable Five Shaolin Masters (5 Maîtres de Shaolin) où il partage l’affiche avec le gratin des acteurs de l’époque, il obtiendra ce qui restera peut-être le rôle de sa vie dans Disciples Of Shaolin… Fu Sheng y interprète le rôle d’un jeune rebelle qui veut grimper les échelons de la hiérarchie trop vite et qui finira, comme souvent chez Chang Cheh, par en payer le prix fort dans un déchaînement de violence graphique. Il tournera ainsi une vingtaine de films plus ou moins bons dont la série des Brave Archer, un Avenging Eagle (La Vengeance de l’Aigle de Shaolin) réalisé par Sun Chung dans lequel il partage l’affiche avec Ti Lung.
En 1982, Liu Chia Liang pense à lui pour incarné le rôle de Wu dans l’excellent Legendary Weapons Of China. La comédie kung fu est à son apogée et Liu Chia Liang qui en est l’instigateur, rassemble Adam Cheng et Alexander Fu Sheng dans Cat Vs. Rat qui demeure un classique du genre. Après avoir tourné trois autres films dont un Treasure Hunters réalisé par Lau Kar-wing, il interprétera le rôle de l’un des frères de Gordon Liu Chia Hui dans l’œuvre au noir de Liu Chia Liang 8 Diagram Pole Fighter, un film très violent dont l’éternelle morale éducative chère à maître Liu est totalement absente, une sorte de mise à plat des pulsions que ce dernier a pu ressentir chez un auteur comme Chang Cheh. Alexander Fu Sheng ne put finir ce tournage car la mort l’emporta le 7 Juillet 1983 dans un accident de voiture…
Bibliographie : Voir également le portrait de Julien Carbon dans le HK n°6 « Le Héros sacrifié »
Philippe Quevillart

Du haut de ses 30 ans de carrière, Kara Hui a traversé les modes du cinéma Hong Kongais et a eu l’occasion de montrer ses multiples talents dans de nombreux films. Pourtant la belle n’a jamais réussi à se construire une popularité suffisante pour que sa versatilité soit appréciée à sa juste valeur, et bien souvent elle aura eu à se contenter de seconds rôles loin de lui rendre justice.
Kara est née en 1960 en Chine (sa localisation précise nous est inconnu). Ses frères (le plus connu est Austin Wai) suivirent une formation d’opéra de Pékin mais la jeune femme ne fut pas autorisée à en faire autant. Elle apprit la danse et le contorsionnisme par elle-même, probablement aidée par ses frères. Encore adolescente, elle donne des spectacles de rue afin de se faire un peu d’argent de poche et est ainsi repérée par un producteur de la Shaw Brothers qui l’engage dans le studio.
Son premier rôle pour le géant Hongkongais sera dans Chinatown Kid de Chang Cheh. Comme tout acteur de la compagnie, elle apparaîtra dans diverses productions maisons, le plus souvent d’action, même si ses rôles ne sont pas à chaque fois ceux de combattantes. Mais c’est surtout grâce à Lau Kar Leung que Kara va se tailler une réputation. Le maître va en effet prendre la jeune femme sous sa tutelle et l’intégrer à nombre de ses films (des rumeurs persistantes voudraient que les deux aient même eu une liaison). D’abord dans des rôles secondaires pour Mad Monkey Kung Fu ou Dirty Ho puis des premiers rôles avec My Young Auntie et Lady Is The Boss. Ces deux métrages ont été clairement conçus par Lau comme des véhicules pour sa protégée et il est vrai que Kara y brille de tous ses feux. My Young Auntie sera particulièrement marquant pour elle puisqu’elle recevra pour le film l’award de la meilleure actrice et gagnera aussi dans le milieu le surnom, tiré du film, « d’Auntie ». Par la suite elle continuera à apparaître dans les œuvre de Lau pour la Shaw comme Martial Club, Legendary Weapons Of China ou 8 Diagram Pole Fighter.
Au milieu des années 80, la Shaw ferme ses portes et les films de Kung Fu sont définitivement passés de mode. Kara va donc enchaîner logiquement avec les polars Kung Fu mâtinés de comédie plus en vogue. Ce seront des productions Samo (Rosa) ou Jackie (Naughty Boys, Inspector Wears Skirts) en majorité. On pourra aussi l’apercevoir dans d’autres registres, le drame avec Why Me ? ou la comédie avec Happy Go Lucky.
Vers la fin des années 80/début 90, Kara intègre le genre du Girls With Guns. Elle se bat aux cotés de Yukari Oshima dans Burning Ambition et That’s Money, joue les veuves noires dans Madam City Hunter et démontre encore une fois tous ses talents dans Angel Terminators. Dans un registre légèrement différent du GWG traditionnel il est aussi bon de citer Stage Door Johnny où Kara joue une star de l’opéra de Pékin (un rôle riche en forme de revanche sur son passé) et The Roar Of The Vietnamese qui lui permet de jouer une mère aimante et désespérée.
Le milieu des années 90 est, comme pour ses consoeurs Moon Lee ou Cynthia Khan, une période charnière. L’expérience qu’elle a accumulé pendant près de 20 ans joue à son avantage et malgré la crise qui frappe l’industrie, elle continue à apparaître dans des films même si c’est sur une base plus irrégulière et dans des seconds rôles. Hors des plateaux, la belle Kara sillonne la Chine pour y faire des démonstrations, une sorte de retour à la case départ… Frustrant pour une actrice aussi talentueuse qu’elle.
Arnaud Lanuque




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