[Film] La Tour de Glace, de Lucile Hadzihalilovic (2025)

Années 1970. Jeanne fugue de son foyer de haute montagne pour rejoindre la ville. Dans le studio où elle s’est réfugiée, la jeune fille tombe sous le charme de Cristina, l’énigmatique star du film La Reine des Neiges, son conte fétiche. Une troublante relation s’installe entre l’actrice et la jeune fille.


Avis de Cherycok :
J’ai toujours eu beaucoup de mal avec Disney. Même enfant dans les années 80 et 90, alors que tous mes camarades attendaient avec impatience le nouveau Disney chaque année, je restais complètement hermétique, à une ou deux exceptions près. Mais là où j’ai commencé à haïr Disney au plus haut point, c’est après qu’ils ont commis La Reine des Neiges et surtout ses putains de chansons insupportables, surtout quand on a trois gosses à la maison qui écoutent en boucle Libérée Délivrée avec la voix insupportable de sa chanteuse française. J’avais des envies de meurtres et de me crever les tympans avec le premier truc venu. Vous devez-vous dire que vous vous en foutez modèle géant de ma vie et de mon rapport compliqué avec Disney et surtout La Reine des Neiges. Je peux le comprendre. Mais si je vous parle de la Reine des Neiges, c’est parce qu’est sorti il y a quelques mois en salles, et arrive dans quelques jours en blu-ray chez Metropolitan, le film La Tour de Glace qui est une adaptation libre de La Reine des Neiges transposée dans les années 70 en France. La Tour de Glace a même remporté l’Ours d’Argent de la meilleure contribution artistique au 75ème Festival International du film de Berlin. Un La Reine des Neiges qui ne chante pas et qui a remporté des récompenses ? je me devais de tenter le coup, ne serait-ce que pour, moi aussi, aimer ça à ma manière. Bon, c’est raté, et malgré des qualités indéniables, La tour de Glace m’a laissé sur le bas-côté très rapidement.

La Tour de Glace adapte donc le conte de Hans Christian Andersen mais sous la forme d’une mise en abyme, avec un film dans le film puisque, après une fugue, Jeanne, le personnage principal va se retrouver à dormir dans un plateau de cinéma où, la journée, se tourne une version de La Reine des Neiges. Elle va se lier d’amitié avec Cristina, l’actrice principale de ce film et même y décrocher un rôle. La première chose qu’on remarque, c’est la beauté parfois saisissante du film, malgré le kitch de certains décors, kitch qu’il tourne à son avantage. La palette de couleurs glacées utilisée, les paysages presque irréels enneigés, les intérieurs feutrés du studio de cinéma donnent au film un côté onirique, parfois surréaliste, presque suspendu dans le temps. C’est clairement là la grande force de La Tour de Glace, ses belles images qui s’impriment parfois de longues minutes durant sur nos rétines, au point que certains passages ont un côté presque envoûtant. On ne peut pas enlever à la réalisatrice Lucile Hadzihalilovic (Innocence, Earwig) d’avoir fourni un très bon travail avec son directeur photo et cette recherche de l’esthétique à tout prix, comme si justement elle avait voulu retranscrire ce que l’on s’imagine d’un conte, ce que cela apporte comme émerveillement surtout lorsque c’est raconté à un enfant encore innocent, ici interprété par le personnage de Jeanne. Mais c’est également là qu’arrive le premier problème du film, on a vraiment l’impression que La Tour de Glace essaie à tout prix d’être Arty, qu’il essaie à tout prix d’être quelque chose, ou de ne pas être quelque chose, et il risque de perdre de nombreux spectateur car il créé une distance avec eux, ne serait-ce que par le froid que dégage certaines scènes, et pas que par les décors enneigés. Certains diraient que le gel émotionnel reflète l’état intérieur des personnages, mais il reflète également l’état émotionnel de certains spectateurs qui vont avoir l’impression que le film, aussi beau soit-il, se déroule sous leurs yeux mais sans que jamais ce dernier ne les prenne par la main en leur disant « viens avec moi ».

Cette froideur, on la retrouve également dans le rythme infernalement lent du film. On a beau comprendre que le film tente de brouiller la frontière entre le conte de fées et le drame psychologique, on comprend ce qu’il essaie de faire, mais là aussi le côté Arty et conceptuel, et pas dans le bon sens du terme, vient amener certaines problématiques qui feront grincer des dents, ou endormir, c’est selon, ceux que le film n’embarquera pas avec lui. Les scènes sont artificiellement prolongées à l’excès, le rythme se traine, tout comme les dialogues et ce silence rapidement insupportable entre chaque réplique, pour un film qui en plus approche les deux heures. Les mauvaises langues diront qu’on est en plein dans les clichés du cinéma d’auteur français dans tout ce qu’il a de plus pédant, avec une réalisatrice qui semble se délecter de chaque symbole et référence qu’elle injecte dans son film et même, quelque part, qui se regarde filmer. Et force est de constater qu’ils n’ont pas forcément tort et le visionnage de La Tour de Glace peut devenir rapidement fastidieux entre ce rythme décourageant et la froideur émotionnelle de l’ensemble. Et c’est dommage car, même si la jeune Clara Pacini, dont c’est le premier rôle, est souvent hésitante et pas toujours juste, Marion Cottilard de son côté est électrisante. La réalisatrice cherche à l’iconiser et ça fonctionne parfaitement, aussi bien lorsqu’elle interprète La Reine des Neiges dans le film à l’intérieur du film, ou celui de l’actrice mélancolique en dehors des tournages. Son personnage est magnétique, même si émotionnellement distant comme le reste du film, et Cotillard apporte une certaine ambigüité à son rôle qui rend ses apparitions presque fascinantes. Au final, tout va être ici question d’ambiance et d’état d’esprit avec lequel vous allez aborder le film. Si La Tour de Glace arrive à vous embarquer avec lui, nul doute qu’il risque de vous subjuguer et de vous faire vivre une expérience déroutante (dans le bon sens du terme. Si comme moi, vous ratez le train en marche, l’expérience sera bien plus longue et compliquée. Mais une chose est sûre, c’est que nous sommes ici en présence d’un film qui ne laissera personne indifférent.

LES PLUS LES MOINS
♥ Visuellement réussi
♥ Marion Cotillard, électrisante
♥ L’onirisme ambiant
⊗ Très lent
⊗ Un côté Arty très prononcé
⊗ Souvent trop conceptuel
⊗ Clara Pacini, pas toujours très juste

La Tour de Glace ressemble davantage à un exercice de style qu’à un récit pleinement abouti. L’expérience est certes originale mais elle risque de ne pas plaire à tout le monde et de diviser clairement les foules.


LA TOUR DE GLACE est disponible à partir du 12 mars 2026 en DVD (24.99€) et Edition collector blu-ray / 4K (29.99€) chez Metropolitan. Il est disponible à l’achat ICI.

1920 x 1080p HD – 2.35 : 1 – 16/9 compatible 4/3 – Version française DTS HD Master Audio 5.1 + Audiodescription – Sous-titres français pour malentendants

En plus du film, on y trouve : Commentaire audio avec Lucile Hadzihalilovic (réalisatrice), Julia Irribarria (cheffe décoratrice), Jonathan Ricquebourg (directeur de la photographie), Ken Yasumoto (chef monteur son).



Titre : La Tour de Glace
Année : 2025
Durée : 1h57
Origine : France
Genre : Drame fantastique
Réalisateur : Lucile Hadzihalilovic
Scénario : Lucile Hadzihalilovic, Geoff Cox

Acteurs : Marion Cotillard, Clara Pacini, August Diehl, Garpar Noé, Lilas-Rose Gilberti, Marine Gesbert, Dounia Sichov














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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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