[Film] Ip Man – Le Tournoi des Maitres, de Fu Li-Wei (2019)

Hong Kong, années 1950. De nombreux experts en arts martiaux arrivent en ville, tous nourris de l’espoir d’y ouvrir leur propre école. Parmi eux, Ip Man, précédé par sa réputation de grand maître, qui inquiète terriblement Zheng Delong. Craignant que ses activités ne soient menacées, il décide de s’en débarrasser et, pour y parvenir, s’arrange pour le faire accuser d’un meurtre. Si, grâce à des complices au sein d’une police corrompue, Ip Man échappe au piège, il doit encore affronter les champions des Quatre Rois Célestes, des caïds qui contrôlent toutes les activités criminelles de Hong Kong.


Avis de Cherycok :
Ip Man, un nom que tous les amateurs de cinéma de Hong Kong connaissent grâce à la célèbre saga de quatre films de Wilson Yip avec Donnie et son spin off Master Z de Yuen Woo-Ping. Ils connaissent également The Grandmaster (2013) de Wong Kai-Wai, et peut-être même Ip Man – The Legend (2010) ou Ip Man : Le Combat Final (2013), tous deux d’Herman Yau. Tous ont eu droit à une sortie chez nous en DVD et/ou blu-ray. Mais il y a également tout un tas de DTV chinois estampillés Ip Man, à la qualité variable, qui ont atterri dans nos bacs comme Ip Man – Naissance d’un Combattant (Young Ip Man – Crisis Time, 2020), Ip Man – L’Éveil du Maitre (Ip Man – The Awakening Master, 2021) et Ip Man Kung Fu Master (2019). C’est aujourd’hui au tour du DTV Ip Man – Le Tournoi des Maitres (Ip Man and the Four Kings, 2019) d’arriver chez nous sous la houlette de l’éditeur BQHL. Oui, ça fait beaucoup de name dropping, mais c’était pour expliquer que le nom Ip Man avait une certaine résonnance, même dans notre contrée.

Pourquoi autant de films Ip Man ? Disons que le personnage de Ip Man, qui a été le maitre de Bruce Lee, est devenu une sorte de « domaine public » informel. Comme c’est un personnage historique, n’importe quel studio peut produire un film sur lui sans payer de droits d’auteurs à ses descendants ni même aux producteurs originaux. Du coup, après plusieurs films cinéma à Hong Kong, ce sont les plateformes de SVOD chinoises qui ont pris le relais, jamais à court d’idée pour surfer sur la vague en engendrer des yuans. Ip Man est une valeur sûre tant la saga de Wilson Yip a fait le tour du monde, le wing chun est très visuel, et la thématique du héros patriote qui défend l’honneur de la Chine, ça fonctionne toujours là-bas. Ip Man – Le Tournoi des Maitres est la seule et unique réalisation de Fu Li-Wei qui jusque-là n’avait été que directeur de l’action sur les films Room 704 (2016), Demon Catcher 2 (2022) et quelques séries TV. Il va s’allouer les services de l’acteur hongkongais Michael Tong (Somebody Up There Like Me) pour reprendre le flambeau de Donnie Yen dans le rôle d’Ip Man et, forcément, la comparaison entre les deux est inévitable. Clairement, Michael Tong n’a pas le charisme de Donnie Yen qui arrivait parfaitement à retranscrire la zenitude du personnage de Ip Man. Tong semble ici un peu trop rigide, parfois un peu trop éteint, même s’il s’en sort malgré tout honorablement pour le peu qui lui est demandé en dehors des scènes d’action. Comme souvent dans les DTV chinois, le film est épuré de tout superflu et du haut de ses 1h15 environ (si on enlève le générique de fin), Ip Man – Le Tournoi des Maitres va à l’essentiel sans jamais essayer de développer quoi que ce soit de nouveau tour de la mythologie de son personnage. Après une introduction renvoyant à celle du premier Ip Man de Wilson Yip dans laquelle Ip Man est défié par des maitres d’arts martiaux et une mise en place d’une intrigue à base de fausse accusation, Ip Man va devoir enchainer les combats contre des adversaires de plus en plus coriaces, un peu à la manière d’un jeu vidéo.

Clairement, on repassera en termes d’originalité, avec un film qui reprend des thématiques déjà vues de nombreuses fois, mais aussi certains codes visuels et sonores des films de Wilson Yip qui sont ici repris, histoire d’essayer de donner un semblant de continuité à ce Ip Man – Le Tournoi des Maitres qui n’a clairement pas les qualités de son modèle, le faible budget alloué à ces DTV y étant sans doute pour quelque chose, mais pas que. Car oui, l’esthétique générale est parfois un peu cheap, non pas que ça soit hideux, mais on sent que les personnages évoluent dans des décors de studio et il manque cette patine historique des films de Wilson Yip. Néanmoins, la mise en scène de Fu Li-Wei s’en sort elle aussi honorablement, tout du moins lorsqu’on n’est pas dans les scènes de combats. En effet, les scènes d’action soufflent le chaud et le froid. D’un côté, si on les analyse à froid, on a des chorégraphies plutôt correctes, voire parfois qui osent certaines choses, avec un Michael Tong qui donne de sa personne et qui semble avoir certaines compétences. L’affrontement final contre Li Huo-Huo est clairement le meilleur du film et la scène de l’échelle semble même être un petit clin d’œil à Il Était une Fois en Chine. Ces scènes d’action seraient réellement divertissantes si elles n’étaient pas gâchées par un montage à la hache, beaucoup trop rapide, sans doute pour pallier au manque de temps de répétition des acteurs étant donné que ces DTV sont souvent tournés à la chaine en un temps record. Bien que certains échanges de coups sont plus soignés que d’autres, ce montage à la truelle fait perdre en fluidité et gâche la lisibilité de l’action, avec en plus un abus de ralentis qui empêchent d’apprécier la puissance des coups. Ceux qui sont novices en cinéma d’arts martiaux asiatique pourront peut-être y trouver leur compte, mais le baroudeur qui a vu moult films d’arts martiaux de Hong Kong ne pourra pas s’empêcher d’y jouer un joli petit gâchis. D’autant plus que d’autres DTV chinois comme Blade of Fury (2024), Eye for an Eye 2 (2024), Dead Silence (2023) ou encore The Bravest Escort Group (2018) ont prouvé que, même si on n’a pas le temps, on peut mettre en scène de l’action qui déménage quand on s’en donne les moyens. Le résultat n’est pas honteux, certes, surtout si on prend le film dans son ensemble pour ce qu’il est, mais il ne faut pas s’attendre à des merveilles.

LES PLUS LES MOINS
♥ Ça va à l’essentiel
♥ C’est rythmé
♥ Un Michael Tong plutôt honorable
⊗ Vu et revu
⊗ Le montage des scènes d’action
⊗ Le côté cheap de certains décors

Ip Man – Le Tournoi des Maitres ne parvient clairement pas à atteindre le niveau de la quadrilogie de Wilson Yip. Néanmoins, avec sa courte durée et son bon rythme, on ne passe pas un mauvais moment même si ça reste dans l’ensemble assez moyen.


IP MAN – LE TOURNOI DES MAITRES est sorti en DVD (19.99€) et blu-ray (19.99€) chez BQHL. Il est disponible à l’achat ICI.

1920 x 1080p HD – 2.35 – 16/9 – Version originale et française DTS HD Master Audio Stéréo – Sous-titres français.

En plus du film, on y trouve : Bande annonce.



Titre : Ip Man – Le Tournoi des Maitres / Ip Man and Four Kings / 叶问之九龙城寨
Année : 2019
Durée : 1h23
Origine : Chine
Genre : Ip Man 28
Disponibilité : Dvd, Blu-ray, SVOD
Réalisateur : Fu Li-Wei
Scénario : Cui Zou-Zhao, Jia Wan-Ying

Acteurs : Michael Tong, Lin Feng-Ye, Billy Lau, Zhao Lin, Zhang Tao, Chen Yu-Yong, Zheng Liu-Zhi, Li Pei-Ze, Li Huo-Huo, Shi Chen-Wei, Vina Zhang, Yi Jing, Xi Meng


















0 0 votes
Article Rating

Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires