Moins connu internationalement que ses pairs Yuen Woo Ping ou Samo Hung, le chorégraphe Tony Leung Siu Hung n’en est pas moins un artiste de grand talent . Sa filmographie parle d’elle-même : Coolie Killer, Long Arm of the Law 3, My Heart is That Eternal Rose, Angel, Tragic Hero, The Master Strikes… Un nombre impressionnant de grandes scènes d’action porte sa marque. Son professionnalisme et son énergie positive l’ont même conduit à occuper le poste de vice président de la Hong Kong Stuntmen Association (Association des Cascadeurs Hongkongais). Une grande carrière à laquelle cette longue interview tente de rendre hommage.
Avant cela, une présentation de l’homme vous est proposée :
Biographie – Trombinoscope – Filmographie – Interview
Si des chorégraphes comme Lau Kar Leung, Samo Hung ou Yuen Woo Ping sont connus et reconnus à leur juste valeur, il est d’autres membres de cette profession au talent quasi équivalent qui demeurent dans l’ombre. C’est le cas de Tony Leung Siu Hung.
Tony vient d’une famille martiale émérite. Son père Leung Siu Sang (qu’on peut voir dans Sun Dragon), son frère aîné Bruce Leung et son petit frère sont tous des pratiquants renommés. Suivant l’exemple de Bruce, Tony se lance dans le cinéma en 1973, sous le nom de Hsiang Kuang, en tant que cascadeur. Il restera dans cette position quelques années, le temps d’accumuler de l’expérience et des contacts dans le milieu. Durant cette période, il parvient à obtenir quelques rôles intéressants comme dans Enter The Fat Dragon où il se la joue Bruce Lee, The 36 Crazy Fists chorégraphié par Jackie Chan ou Five Super Fighters où il démontre avoir des capacités en coups de pieds qui n’ont pas à rougir par rapport à son frère.
Sa transition définitive au poste de chorégraphe se fait au début des années 80. Bien qu’il ait déjà eu l’occasion de chorégraphier à plusieurs reprises auparavant (pour Hong Kong Superman ou l’excellent The Master Strikes), c’était toujours en collaboration avec un de ses collègues. Pour le très noir Coolie Killer, Tony est seul au poste et prouve qu’il est très compétent en solo. Deux ans plus tard, après avoir officié à la TV, il signe pour la Shaw Brothers un très sympathique Wu Xia Pian appelé Thunderclap qu’il réalise, chorégraphie et interprète !!
Son talent derrière la caméra étant consacrée, il abandonne progressivement son activité d’acteur et se concentre sur la chorégraphie et parfois la réalisation. S’ensuit une série de réussites impressionnante pour Siu Hung: Angel, Magic Crystal, Long Arm Of The Law III, Guns Of Dragons ou Family Honor pour n’en citer que quelques uns. Son professionnalisme sera reconnu par ses pairs puisqu’il deviendra même le président de la Hong Kong Stuntman Association.
Une autre partie de sa carrière se joue à l’étranger, grâce à son travail pour la Seasonal de Ng See Yuen. Tony est en effet appelé à la rescousse en 90 pour s’occuper de l’ac16tion de No Retreat, No Surrender 3. Son excellent travail le fait revenir pour une autre production de ce type, l’excellent The King of the Kickboxer. En 1996, quand Ng retente un assaut des USA avec ces productions, il fait appel à Leung, lui confiant la chorégraphie et la réalisation. Choix judicieux, comme on pouvait s’y attendre, étant donné que Superfights et Bloodmooon sont deux efficaces séries B.
Il s’est fait plus rare au grand écran ces derniers temps, espérons que ce ne soit pas de manière définitive et qu’il ait encore l’occasion de nous éblouir avec ces excellentes chorégraphies martiales.

Interview du 16/3/2006 par Arnaud Lanuque :
Il était une fois un cascadeur à Hong Kong
Pouvez-vous nous parler de votre formation martiale?
J’ai été entraîné par mon frère aîné, Bruce Leung. Il m’a appris le Karaté, le Wing Chun, le Tae Kwon Do et toutes les techniques pour être cascadeur. En grandissant, j’ai appris moi-même d’autres styles comme le Hung Kuen et d’autres formes de Kung Fu (Tai Chi, Bao Gua …); tous les styles que je devais connaître pour être chorégraphe.
Donc, dès le début vous avez fait tout ça dans le but de devenir chorégraphe ?
Oui. Je me souviendrai toujours des mots de mon frère lors de ma première journée en tant que cascadeur : “Ne pense jamais rester cascadeur toute ta vie . Tu vas devenir de plus en plus vieux et quand tu es vieux tu ne peux plus faire grand chose. Donc, au pire, tu pourras devenir chorégraphe.” Je me souviendrai toujours de ça. C’est pourquoi j’ai appris tous ces styles.
La plus ancienne apparition de votre nom au générique que nous ayons trouvé est sur Rage of the Wind en 1973. Mais je suppose que vous aviez déjà travaillé pour l’industrie cinématographique auparavant.
Oui. J’avais fait quelques cascades et j’étais aussi assistant pour mon frère.
Aviez-vous fait ça de façon indépendante ou pour de grands studios comme la Shaw Brothers ?
Au tout début de ma carrière j’ai travaillé pour la Shaw Brothers. Après ça je me suis dirigé vers différentes compagnies indépendantes. Quand j’ai commencé à chorégraphier, j’ai essentiellement travaillé comme freelance, quelquefois pour la Shaw Brothers ou d’autres compagnies prêtes à m’engager.
Le maître passe à l’action : Leung face aux caméras
Parlons de votre courte carrière en tant qu’acteur. Vous ne l’avez jamais menée à terme, est-ce que c’était un choix délibéré ?
J’ai fait plusieurs films comme acteur principal, y compris pour la Shaw Brothers. Il y en a un dans lequel j’ai tenu la vedette avec Austin Wai mais j’ai oublié le titre…
Avez-vous apprécié l’expérience ?
Eh bien, vous devez être ponctuel quand vous êtes un acteur. Etre à l’heure sur le plateau et essayer de faire le travail le mieux possible. Et c’est tout. Quand vous êtes chorégraphe ou réalisateur vous devez gérer toutes les contraintes de temps. Vous travaillez 9 heures par jour, toute la semaine et, généralement, il y a du boulot en plus. Mais ce n’est pas assez pour faire un film ! C’est tellement difficile d’être le réalisateur ou le chorégraphe.
Alors pourquoi n’êtes vous pas resté acteur ?
D’un autre côté le travail de réalisateur ou de chorégraphe nécessite de la créativité. Le fait de réussir à concrétiser vos idées vous rend vraiment heureux. Ce sentiment était plus satisfaisant pour moi que d’être un simple acteur.
Dans 36 Crazy Fists, vous étiez dirigé pour les scènes d’action par Jackie Chan. Comment s’est passée votre collaboration ?
Enfants nous nous connaissions déjà. Mais nous avons des styles de chorégraphie différents. J’ai eu des difficultés à travailler avec lui à cause de cette différence.
Il était plus orienté vers les acrobaties?
Oui. Et même si nous avions appris le même style de Kung Fu, comme la Griffe du Tigre, nous avions une manière différente de le faire, des combinaisons et une vitesse différentes. J’ai donc dû me faire à son style au début et ça a été difficile. Après ça tout s’est bien déroulé.
Pensez-vous qu’il utilisait toutes vos capacités d’artiste martial ou pouviez-vous en faire encore plus ?
J’ai juste fait ce qu’il me demandait. Quelquefois le réalisateur me demandait aussi de faire quelque chose par moi-même. Mais je peux vous dire que je ne suis pas très bon en ce qui concerne les sauts périlleux. Je peux le faire mais pas aussi bien que Jackie Chan. Donc, il s’en est rendu compte et a accepté un compromis avec le réalisateur, il a aussi conçu des saut périlleux qui me convenaient mieux.
Dans Enter the Fat Dragon, vous avez travaillé avec Sammo Hung…
Ah oui, Sammo!
Dans celui-là vous aviez une très courte scène en tant que faux Bruce Lee. Comment avez-vous eu ce rôle ?
J’étais cascadeur et mon profil correspondait à Bruce Lee. C’est pourquoi on m’a demandé de le jouer.
Sammo étant connu pour sa force, la scène a-t-elle été difficile à faire ?
Pas vraiment, parce qu’en tant que cascadeur je suis habitué à prendre n’importe quelle sorte de coup. Il n’y avait pas de problème du tout.
L’art de concevoir l’action
Maintenant nous pouvons parler de votre carrière en tant que chorégraphe, et il y a beaucoup à dire ! Une de vos premières apparitions au générique comme chorégraphe est Hong Kong Supermen mais je suppose que vous aviez commencé avant ?
Oui. C’était une production taiwanaise. Le réalisateur était, je crois, Ding…
Ding Sin Saai.
Oui! Vous le connaissez? Wow, wow (rires). Mon premier travail de chorégraphe je l’ai fait sur Tai San Tau Lung (To Kill the Big Villain in Mt. Tai (1980)) .
Vous l’avez fait avec votre frère?
Non, j’étais seul.
Donc, en fait, vous avez appris la chorégraphie d’action par vous-même ?
Par mon frère au début puis seul après. J’ai dû apprendre par moi-même une fois devenu adulte. Devenir chorégraphe a été mon but dès le premier jour où j’ai débuté comme cascadeur. Ça m’a pris 10 ans pour y parvenir. Ce n’est pas facile de devenir chorégraphe. Vous devez être cascadeur un moment et ensuite ça dépend de votre talent.
Manifestement vous étiez assez bon !
Bien sûr (rires). Je n’étais pas le meilleur mais pas le plus mauvais non plus (rires). En fait, il y a différents types de cascadeurs. Le meilleur a une bonne connaissance du Kung Fu. Vous devez savoir ce qu’est le Tai Chi, le Bao Gua et à côté de ça savoir faire des sauts périlleux. Pendant la période où je m’entraînais, j’ai appris les sauts au YMCA. Il n’y a pas beaucoup de cascadeurs qui ont appris là car c’était après le travail. J’étais le seul. Ça dépend de votre courage. Si vous devez tomber de 7 étages et que vous n’avez pas le cran nécessaire, comment pouvez-vous le faire ? Si vous faites une cascade avec du feu, vous devez vraiment avoir le courage de le faire. C’est une cascade de dingue. C’est très difficile d’être un excellent cascadeur. A côté de vos compétences de cascadeur, la chose la plus importante pour devenir chorégraphe est votre imagination. Bien que je connaisse d’excellents cascadeurs à Hong Kong, au mieux ils seront toujours des assistants car il leur manque la créativité.
Comment considérez vous le travail d’autres chorégraphes comme Lau Kar Leung et Yuen Woo Ping?
Il est évident, quand on se réfère à leur expérience, qu’ils étaient assez talentueux pour devenir d’excellents chorégraphes. J’ai plus d’admiration pour M. Lau. C’est un vrai maître de Kung Fu. On peut reconnaître son style dans les films. En fait, vous pouvez vraiment apprendre quelque chose de ses films si vous êtes un fan de Kung Fu.
Est-ce que les chorégraphies de Sammo ont eu une influence pour votre carrière en tant que chorégraphe ?
A mon avis Sammo aime frapper, de vrais coups. Mais certains acteurs ne peuvent le supporter et même certains cascadeurs. Quelquefois quand ces types entendent “ok, c’est un vrai combat maintenant !” Personne ne vient ! Tout le monde est parti !
Donc vous préférez un style moins agressif ?
Agressif ça va, c’est acceptable mais ça dépend. Par exemple, je peux frapper comme ça. [Tony effectue un coup de poing rapide] Quand vous êtes entraîné physiquement et techniquement, comme un type qui fait du Tae Kwon Do ou du Karaté par exemple, en vous protégeant vous pourrez encaisser les coups. Il n’y a pas de problème pour ces types. Mais certaines personnes ne savent pas faire ça et vous devez vous débrouiller avec. Quand je m’entraînais avec mon frère, il donnait de vrais coups (rires). Donc j’y suis habitué. Je peux le supporter. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde (rires).
Le rôle du chorégraphe dans l’industrie cinématographique hongkongaise est tout à fait unique. Pensez-vous que c’est cela qui rend les scènes d’action hongkongaises tellement remarquables ?
Oui. Nous avons beaucoup de liberté. Les scènes d’action dépendent entièrement du chorégraphe. Nous faisons tout selon l’histoire mais la plupart des mouvements sont simulés. Par exemple, dans le Chui Kuen [Drunken Fist], je ne pense pas que c’était un combat réel. C’est imaginaire. Nous prenons 2 ou 3 aspects du vrai style et nous adaptons. C’est quelque chose que l’on ne trouve qu’à Hong Kong. Par exemple, je mets tous les mouvements de caméra en place dans ma tête. Le cameraman n’y voit aucune objection car il est habitué à recevoir mes instructions. C’est la même chose en ce qui concerne le montage. Le monteur obéit aux instructions du chorégraphe. Nous avons le pouvoir et la liberté de faire notre travail au mieux, ce qui n’est pas le cas dans les autres pays. Même si récemment, j’ai eu l’occasion de travailler hors de Hong Kong et qu’il est arrivé que le caméraman ou les producteurs acceptent de faire des concessions. Ceci car ils savent que je viens de Hong Kong et que c’est ma manière de travailler. Quand ils ont cette idée ils suivent mes instructions. Si ils veulent jute que je fasse selon le style occidental ça marche aussi pour moi ; je suis prêt à le faire. Mais c’est la différence entre les deux systèmes.
Comment vous répartissez vous le travail avec vos assistants ?
Je me charge de toutes les scènes moi-même. Bien sûr, j’ai mes assistants mais c’est moi qui ai été engagé donc c’est moi qui dois laisser ma marque. De plus, mes travaux sont comme mes bébés. Tout vient de votre esprit, de votre imagination. Vous devez alors le partager avec vos assistants. C’est la même chose avec Tony Ching Siu Tung; après qu’il ait fini de travailler sur une scène d’action, à la fin c’est ce qu’il avait imaginé qui ressort.
Vous avez conçu plusieurs grandes scènes de gunfight pour des films comme My Heart is that Eternal Rose ou Long Arm of the Law 3. Est-ce que c’est le type de scène que vous aimez spécialement concevoir ?
Dans toutes scènes j’utilise mon imagination pour créer quelque chose. Ce n’est pas vraiment une question de support. Ce que je constate est que plus ça parait simple plus c’est compliqué à réaliser. Comme avec la scène finale d’un film que j’ai fait avec Pat Ha [Tony Leung se réfère à Vengeance is Mine, dont il parle ensuite]. En fait, je n’aime pas m’occuper de scènes qui mêlent gunfights et Kung Fu. Vous vous souvenez de cette scène dans Indiana Jones avec le pistolet, il tire juste sur le type (rires). Donc, vous devez résoudre le problème de l’arme avant, vous en débarrasser. Il y a seulement deux moyens, donner un grand coup de pied dans le revolver ou se trouver à court de balles. Nous n’avons pas d’autre choix… Je déteste cette partie.
The Master Strikes
En ce qui concerne vos premiers travaux, il y avait une scène de combat impressionnante dans The Master Strikes, spécialement ce combat final très violent. Quels en sont vos souvenirs?
Hum… Désolé c’est difficile de m’en souvenir, c’était il y a très longtemps. J’ai du mal à me rappeler (rires). Quelquefois je me souviens de scènes qui ont été particulièrement difficiles pour moi mais qui n’ont rien de spécial pour le public. Par exemple, ce film moderne racontant l’histoire de deux amants [Vengeance is Mine], avec Pat Ha, et je me souviens très bien de la fin car ça a été le plus difficile pour moi ! C’était très simple : le méchant pourchassait les deux filles et essayait de les tuer. Mais le problème était de savoir comment ces filles allaient se défendre ! Nous l’avons fait d’une manière très réaliste, ça durait 6 minutes et c’était très dur.
Monkey Kung Fu
Pour Monkey Kung Fu, vous avez dû co-diriger l’action avec Ching Siu Tung. Est-ce que ça a été compliqué de trouver un équilibre entre vos deux styles ?
Oh non. En fait, j’avais travaillé avec Tony Ching Siu Tung pendant plusieurs années quand j’étais jeune. J’étais alors son assistant et aussi doublure pour les cascades. J’ai beaucoup d’admiration pour certaines de ses créations. Il n’a pas de limites ! Il sait vraiment comment utiliser les angles et les mouvements de caméra.
Coolie Killer
Selon moi, le film qui vous a permis de rejoindre le club des chorégraphes les plus doués a été Coolie Killer…
Absolument, il m’a rendu célèbre.
Sur celui-ci vous n’avez partagé les crédits avec personne d’autre. Avez-vous eu des difficultés à vous adapter à un nouveau style se basant moins sur le Kung Fu mais sur des scènes de poursuite dans des décors modernes ?
C’était mon second ou troisième film en tant que chorégraphe d’action. Avant j’utilisait des techniques comme le zoom arrière, ce genre de chose, et le premier jour j’ai eu une réunion avec le réalisateur, il a dit “ok, Tony, laisse tomber tout ce que tu faisais avant”. J’avais travaillé avec lui sur une chaîne de télévision avant ATV, nous nous connaissions très bien, nous connaissions nos techniques. C’était vraiment un défi pour moi. Il n’y avait pas de Kung Fu, seulement des poursuites et des fusillades. Le planning prévoyait 6 ou 7 jours pour les scènes d’action de ce film, mais j’ai fini par travailler dessus 60 jours ! Quand le producteur m’a engagé il m’a dit qu’à en juger l’histoire mon travail ne durerait pas plus de 20 jours. Donc j’ai signé un contrat sans détails sur les conditions de travail. Quand je l’ai fait, même pour… Donnons un exemple : le réalisateur tournait une scène à minuit à Sai Wing Poon, dans les nouveaux territoires. D’où j’habite, ça me prenait 45 minutes pour y aller en voiture. J’ai eu un coup de fil à 3 heures du matin. C’était le réalisateur qui me disait “ok, Tony, j’ai un problème avec Charlie Chin, tu dois venir pour lui apprendre comment faire.” Que feriez-vous dans une telle situation ?
Je crois bien que j’irais…
Exactement (rires). J’étais très en colère d’être appelé à une telle heure. Mais, d’un autre côté, j’étais aussi content car ça signifiait que le réalisateur comptait beaucoup sur moi.
Avez-vous été satisfait du résultat final ?
Pour vous dire la vérité, oui. Avec ce film j’ai abandonné le style de Ching Siu Tung. Et j’ai été énormément soutenu par le producteur et le réalisateur. Le dernier jour en faisant le montage le réalisateur m’a dit : “Tony tu vas devenir célèbre pour ce final”. Et il avait raison. Donc, en fait, ça a été bénéfique pour moi même si j’ai dû travailler 60 jours dessus (rires). Après ça, plusieurs compagnies m’ont proposé des contrats mais j’ai choisi de travailler pour la Shaw Brothers.
Flying Mr B et Wong Jing
A la Shaw Bros, durant la période 1984-85, vous avez beaucoup travaillé avec Wong Jing. Parlez-nous de cette collaboration.
Je ne lui ai jamais demandé pourquoi il voulait que je sois son chorégraphe. C’est probablement qu’il appréciait mon travail et à l’époque j’étais jeune, tout comme lui. Il y avait aussi le fait que j’étais le seul chorégraphe qui voulait une réunion pour le scénario ainsi que le contrôle du montage. Je demande toujours à avoir un contrôle total sur le montage. Avant, c’était contrôlé par le monteur. Donc, c’est formidable pour le réalisateur. Je me souviens de ce que j’ai dit à Terry Tong: “ok, j’aimerai bien le faire mais mes conditions sont la recherche du lieu de tournage, avoir tous les détails sur le scénario, être présent à toutes les réunions concernant les scènes d’action. Même pour certaines scènes n’incluant pas l’action car elles peuvent avoir leur importance. Je ne dirai rien mais j’ai besoin de comprendre dans quel but vous avez créé cette scène et de quelle manière cela influencera l’action”. C’était quelque peu nouveau de dire ce genre de chose à l’époque.
L’une de vos collaborations avec Wong Jing a été Flying Mr Bee. A la fin il y a une scène avec des vélos qui se déroule dans une maison.
Oh, oui. Des BMX. C’était à la mode à l’époque.
Chaque grand chorégraphe faisait de telles scènes au début des années 1980, de Lau Kar Leung à Samo Hung. Est-ce que cette scène était en quelque sorte une réaction ? Comme “je peux aussi le faire !”
Non, c’est venu entièrement de Wong Jing. C’est lui le créateur. En fait, je ne l’aime pas du tout. Je ne me réfère pas spécialement à cette scène mais je n’aime pas réaliser des choses qui ont déjà été faites. Je préfère en créer de nouvelles. Comme la poursuite en roller dans Collie Killer. Après ça, il y a eu beaucoup de rollers dans les films hongkongais (rires).
Wong Jing a la réputation de laisser les autres diriger de grandes parties de son travail. Comment est-ce que ça s’est passé pour vous ?
La plupart du temps, Wong Jing venait et me disait “ok, Tony, c’est à ton tour maintenant, bye bye !” (rires). Mais il y a une raison à cela. Il avoue lui-même qu’il n’est pas un maître du Kung Fu, il n’y connaît rien en chorégraphie.
Magic Crystal
Une autre collaboration avec Wong Jing dans laquelle vous avez eu beaucoup de liberté pour un grand résultat a été Magic Crystal.
Oh, oui, Celui-là, je l’aime beaucoup !
Au vu la grande qualité des scènes d’action, vous étiez aux commandes. Vous avez aussi tourné en Grèce.
Ouais, à peu près 10 à 15 jours. A part la Grèce et Hong Kong, la scène finale et les intérieurs ont été tournés à Taïwan. Je ne sais pas vraiment pourquoi nous sommes allé là-bas… Certainement quelque chose à voir avec les producteurs.
Comment avez-vous réussi à faire paraître Andy Lau si bon dans les scènes d’action ?
Une doublure (rires). Mais Andy est bon, c’est un type intelligent.
Avez-vous été satisfait des prouesses physiques des deux occidentaux du film, Cynthia Rothrock et Richard Norton?
Oui des deux. Le truc c’est qu’ils savaient qu’ils tournaient à Hong Kong et qu’ils devaient s’adapter à notre style. Certaines personnes, au contraire, certains étrangers, sont vraiment butées. Ils travaillent à Hong Kong mais se plaignent toujours “pourquoi ci, pourquoi ça ?”. Parce qu’à Hong Kong, il n’y a pas de programme, pas de limite de temps. Norton et Rothrock étaient très agréables et, bien sûr, ils étaient experts en arts martiaux. Norton est vif, il réagissait rapidement. Cyndy [Cynthia] n’était pas aussi rapide que lui mais ses coups de pied étaient WOW ! Puissants ! Une vraie puissance.
Angels
En 86, vous avez participé à l’un des meilleurs Girls with Guns, Angels. Comme il y a des informations contradictoires concernant le nom du metteur en scène pouvez-vous nous confirmer qui a réellement réalisé le film ?
Pas Teresa Woo. En fait, il a été réalisé par Ivan Lai, Teresa Woo a juste écrit le scénario.
Avez-vous eu une influence sur le casting ?
Non. Seulement sur les scènes d’action.
Que pensez-vous des capacités de Yukari Oshima ?
Oh! Dai Do [nom cantonais de Yukari Oshima]! A mon avis c’est la meilleure des actrices de Kung Fu. Parce que c’est une femme et qu’elle a atteint un excellent niveau de tolérance à la douleur. Une fois, durant la scène finale, elle a été frappée au pelvis par Moon Lee. Elles étaient toutes deux concentrées sur les mouvements et elles n’ont pas fait attention. Elle a énormément souffert pendant une minute. J’ai pensé que c’en était fini de la scène mais elle m’a demandé de lui donner quelques minutes. Et alors elle a été prête à reprendre ! Elle est très vive. Même si à l’époque je n’étais pas capable de parler anglais, je lui montrais juste les mouvements et elle les saisissait immédiatement. Tellement rapidement. Elle pouvait aussi faire des sauts périlleux et des chutes. Elle pouvait tout faire !
Combien de temps vous a pris la réalisation de ces scènes d’action ?
J’ai fait les deux, la scène finale et celle dans la maison, en 10 jours. Vous m’avez dit que vous trouviez que la fusillade dans le building était l’une des meilleures scènes du genre mais je n’ai jamais pensé ça en la faisant. J’ai seulement essayé de la réaliser de la meilleure façon possible en accord avec le planning et le budget.
Le sens du devoir 3
Vous avez participé à un autre “Girls with Guns”, In The Line of Duty 3. Pouvez-vous nous dire exactement quelle partie vous avez conçue ?
J’ai fait la scène d’ouverture, pendant le défilé de mode et deux ou trois autres dont je ne me souviens plus.
Cynthia Khan n’avait pas beaucoup d’expérience alors. Est-ce que cela a rendu les choses difficiles ?
Oui, oui. Et l’autre problème est venu du Japonais [Hiroshi Fujioka]. Il était très buté. Arthur Wong, le réalisateur à l’origine, se plaignait aussi de lui. Mais je n’étais pas le chorégraphe au départ. Je suis arrivé en second. A l’origine c’était Chris Lee. Un problème avec le projet est apparu plus tard, mais je n’en connais pas les détails, c’est alors qu’Arthur et moi sommes partis.
Sex and Zen
Il y a eu un autre défi pour vous : Sex and Zen.
C’était presque inacceptable pour moi car je suis Bouddhiste. Il y avait une scène dans laquelle Elvis Tsui et Amy Yip faisaient l’amour avec des câbles. Et j’ai dû me plaindre et m’excuser auprès de Michael Mak “désolé, je ne peux rien faire pour vous à part ça, je n’ai aucune idée. Je peux réaliser de l’action réelle mais pas autre chose, s’il vous plait, faites-le vous-même” (rires).
Once Upon a Time a Hero in China
Dans Once Upon a Time a Hero in China vous avez dû mêler l’action sérieuse avec la comédie débridée. Comment avez-vous réussi à trouver l’équilibre entre les deux ?
Pour être honnête, je suis un type marrant (rires). Donc je peux deviner les intentions du réalisateur. L’acteur principal, Alan Tam, n’était pas un vrai pratiquant de Kung Fu. Quand vous n’êtes pas un artiste martial, vous vendez votre performance avec des cris et des techniques spéciales. Mais les gens savent ce dont est capable Alan Tam. Donc le public n’attend rien de lui. Alors j’ai juste essayé de rendre le fait qu’il soit un Wong Fei-hong drôle et le plus réaliste possible. C’est aussi pourquoi j’insiste pour les réunions autour du scénario. Généralement, je ne dis rien jusqu’à la fin, alors j’exprime mes idées pour le film et ensuite nous discutons du résultat final.
/ Combat de Maitres
Dans Drunken Master 2, quelle a été votre participation?
J’ai seulement travaillé sur la scène du restaurant mais en fait je n’étais pas le chorégraphe officiel. J’étais là en tant que vice-président de la HK Stuntman Association afin de ramener quelques membres à Shanghai pour aider sur la scène.
Que pensez-vous du conflit qu’il y a eu entre Jackie Chan et Lau Kar Leung?
J’aime vraiment ce qu’a fait Jackie. Le mérite devrait revenir à M. Lau pour la première partie mais le reste, spécialement la fin vient de Jackie. Il y avait un problème avec l’histoire et il l’a changée… mais il l’a très bien fait ! Le mérite revient aussi au scénariste. Le méchant principal devait être Coréen [Ho Sung Pak] mais il a changé pour Ken Lo. Ce qu’il a fait était génial ! Particulièrement la partie avec les jambes. Pam, pam, pam (imitant le jeu de jambe de Ken Lo). J’aime vraiment cette partie !
C’est pourquoi vous l’avez fait vous-même dans Superfight !
Oui, je l’ai empruntée (rires). J’aime vraiment ça. Juste pour cette partie tout le mérite revient à Jackie.
Tentatives de réalisation : Simple…mais efficace!
Vous avez réalisé votre premier film pour la Shaw Brothers: Thunderclap.
Oui. Il n’a jamais été projeté à Hong Kong. Je finissais juste de travailler sur un film quand Lawrence Wong Ka Hey m’a proposé la réalisation. Mais je n’ai pas trop aimé le résultat final. Il y avait un problème, j’avais besoin de beaucoup d’effets spéciaux, principalement pour la scène finale. Mais à l’époque ils n’étaient pas très perfectionnés. Au studio il y avait un service qui s’occupait des effets spéciaux mais selon celui qui était en charge, ils n’étaient pas capables de faire tant de films. Pour finir le film est sorti à l’étranger mais sans effets spéciaux ! J’ai eu une copie par mon ami Robert Mak parce qu’il a fait une tournée en Indonésie et qu’il a récupéré une cassette là-bas. Dans les scènes où il devait y avoir des effets spéciaux il n’y avait rien. C’était affreux.
Malgré tout vous avez assez apprécié l’expérience pour continuer à réaliser des films. Vous en avez fait un second nommé Vendetta.
Oh, oui, je l’aime beaucoup celui-là. Une histoire simple mais j’en ai fait quelque chose de bien. L’atmosphère, l’action…
Votre troisième essai, Guns of Dragon, était plus ambitieux. Vous avez tourné à l’étranger.
Oui, à Porto Rico et New York . Ça a été le travail le plus dur de toute ma vie. Après celui-là, j’ai totalement changé. Je me suis juré que je n’aurais plus jamais d’ennuis sur un film. Ça a été un tournage très difficile .
Vous avez quand même réussi à réaliser des scènes d’action à la manière de Hong Kong. Est-ce à cause de ça que vous avez été contacté par Ng See Yuen pour faire des films aux Etats Unis dans un style hongkongais ?
Oui, j’ai une formation de cascadeur. J’étais capable de faire n’importe quelle cascade et c’est ainsi que j’en suis arrivé à la réalisation, surtout pour les scènes d’action. Mais je peux aussi bien faire d’autres choses, pas seulement de l’action. Des films d’horreur par exemple.
Parmi les films sur lesquels vous avez travaillé aux Etats Unis (No Retreat No Surrender 3, Bloodmoon, Superfight), lequel préférez-vous ?
Je préfère Superfights, car l’histoire était très simple. Une histoire simple, un personnage simple, un petit budget… Mais je l’en ai fait quelque chose de bon (sourire).
Avez-vous rencontré des difficultés dues à la différence de culture, des acteurs qui n’étaient pas habitués à faire les choses à la manière de Hong Kong ?
Pas vraiment. Juste avec le personnage principal, le garçon [Brandon Gaines]. Tous les autres connaissaient déjà ma formation et ils m’ont été d’une grande aide. Ils ont fait attention à ce que je leur disais. D’un autre côté le garçon était très jeune. Il n’avait aucune patience et disait toujours “non, non, non”. Comme quand je demandais à avoir de vrais coups dans une chorégraphie.
N’avez-vous pas eu les mêmes problèmes avec Loren Avedon sur King of the Kickboxer?
Le grand type, c’est ça ? Je préfère ne pas en parler (rires). Pas de patience du tout et il en demandait trop. Certaines de ces personnes ignorent que nous sommes de Hong Kong, ils ne connaissent pas nos habitudes et le milieu d’où nous venons. C’est “les Américains font comme ci”, “les Américains font comme ça”. Tellement de discussions.
Evolution de l’action
Aujourd’hui vous semblez moins actif dans l’industrie cinématographique ?
Oui, car la situation n’est plus très bonne et j’ai fait plusieurs films à l‘étranger, le dernier étant Shadow Dead Riot.
Vous êtes aussi vice président de la HK stuntmen association [Association des cascadeurs hongkongais]. Qu’est-ce que cela représente comme travail ?
C’est difficile à expliquer rapidement (sourire). L’association des cascadeurs hongkongais a été fondée par des chorégraphes et des cascadeurs. Son but et de faciliter la communication entre ses membres et les compagnies cinématographiques. J’ai toujours voulu y contribuer parce que j’ai tout eu par mon travail et mon frère ainsi que de nombreux amis en font partie. Donc je voulais faire quelque chose pour eux. C’est pourquoi, entre autres choses, je dirige certaines sessions d’entraînement aux cascades.
Comment voyez-vous le futur des cascadeurs hongkongais ?
C’est difficile à dire. Aussi longtemps qu’il y aura des scènes d’action il y aura des cascadeurs. C’est pourquoi je dis à mon groupe de toujours s’entraîner. Un jour, vous serez peut-être la nouvelle génération de Jackie Chan.
Interview conduite par Arnaud Lanuque le 16 mars 2006 à Hong Kong.
Merci à Tony Leung pour sa participation.
Remerciements spéciaux à Lea Yeung, Sharon Yeung Pan Pan et Frédéric Ambroisine.



![[JV] Silent Hill f (2025 – Playstation 5)](https://www.darksidereviews.com/wp-content/uploads/2025/10/SILENT-HILL-f_20251005000416-680x340.jpg)
![[Film] The Operative, de Robert Lee (2000)](https://www.darksidereviews.com/wp-content/uploads/2025/11/vlcsnap-2025-11-14-20h11m08s652-640x340.png)
![[Portrait] Qin Peng-Fei, le meilleur de l’action chinoise ?](https://www.darksidereviews.com/wp-content/uploads/2025/04/QinPengFei-680x340.jpg)
![[Interview] Nicolas Errèra – Le plus hongkongais des compositeurs français](https://www.darksidereviews.com/wp-content/uploads/2025/11/Interview-Errera-680x340.jpg)




![[Film] Rosa, de Joe Cheung (1986)](https://www.darksidereviews.com/wp-content/uploads/2025/11/rosa-680x340.jpg)
![[News] Les nouveaux HK du Chat qui Fume s’illustrent](https://www.darksidereviews.com/wp-content/uploads/2025/11/LeChat-Logo-680x340.jpg)
![[Film] The Town of Ghosts, de Todd Zhang Tao (2022)](https://www.darksidereviews.com/wp-content/uploads/2025/10/thetownofghosts-680x340.jpg)

