[Film] Une Nuit de Réflexion, de Nicolas Roeg (1985)

Une nuit new-yorkaise de 1953. Dans une chambre d’hôtel, la plus grande actrice américaine rencontre le scientifique le plus connu au monde. Elle lui expose sa théorie de la relativité. On y croise aussi un sénateur suintant et paranoïaque ainsi qu’un mari joueur de baseball jaloux. Le souvenir de la bombe atomique à Hiroshima. Des enfances meurtries. Le futur. Les temps qui se confondent.


Avis de Cherycok :
En 1982 sort une pièce de théâtre appelée Insignificance, mise en scène par Terry Johnson, dans laquelle on assiste à la rencontre nocturne, dans une chambre d’hôtel new-yorkaise des années 50, de quatre figures inspirées d’icônes réelles sans jamais les nommer. Il y a une actrice rappelant Marilyn Monroe, un savant renvoyant à Albert Einstein, un sénateur façon John McCarthy, et un joueur de Baseball rappelant Joe DiMaggio. Ayant eu l’idée de cette pièce après avoir lu qu’une photo dédicacée d’Einstein avait été retrouvée parmi les effets personnels de Marilyn Monroe à sa mort, Terry Johnson décrit la pièce comme une fable intellectuelle sur les mythes modernes. Le réalisateur Nicolas Roeg (Ne Vous Retournez Pas, Les Sorcières) décide d’adapter la pièce pour le cinéma et c’est Terry Johnson lui-même qui s’occupe du scénario de cette adaptation qui sort en 1985 et arrive chez nous sous le titre Une Nuit de Réflexion. Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes de 1985 au cours duquel il remporte le Grand Prix Technique. Bien qu’il se regardé aisément avec un certain amusement, Une Nuit de Réflexion déroute pas mal à cause de ses origines théâtrales.

Une Nuit de Réflexion est assez minimaliste dans le sens où tout ou presque se joue dans un espace clos, une chambre d’hôtel dans laquelle nos quatre personnages vont longuement dialoguer, digresser, échanger. La chambre d’hôtel devient un lieu où vont se confronter la célébrité (Marilyn Monroe), la virilité sportive et médiatique (Joe DiMaggio), le pouvoir politique (John McCarthy) et la science (Albert Einstein). Mais les personnages vont aussi lutter contre leurs propres démons. Einstein éprouve énormément de culpabilité à cause de la bombe atomique ; Monroe éprouve un désir de maternité qu’elle n’a jamais eu ; DiMaggio doit sans arrêt faire face à sa jalousie maladive ; McCarthy doit lutter contre sa paranoïa idéologique. Bien entendu, tout cela est fait sur le ton de la comédie et dès l’introduction, on nous prévient qu’il s’agit ici d’une fiction, mais sous la parfois légèreté de l’ensemble, Roeg et Johnson abordent de nombreuses thématiques telles que la célébrité, la mort, la culpabilité, l’impuissance sexuelle, l’ambition, l’identité, ou encore la nature de la connaissance et de la réalité. A travers le récit et les dialogues, remplis d’humour, le réalisateur et le scénariste examinent la condition humaine et les paradoxes du monde moderne en déconstruisant la représentation que se fait le grand public de ces quatre figures familières qui, même sans les nommer ou même se référer à qui ils font référence, sont des stéréotypes de la star hollywoodienne, du sportif médiatique, du politique et du scientifique. On nous les montre plein de doutes et surtout bien plus nuancés que les idées reçues. On regrettera néanmoins que tous ne soient pas aussi travaillés et que les « avatars » d’Einstein et de Monroe soient bien plus approfondis que ceux de DiMaggio et McCarthy.

La mise en scène du film est à saluer et, alors qu’une très grosse partie de ce dernier se passe dans cette chambre d’hôtel, le réalisateur arrive à éviter la redondance dans les plans et même à créer une atmosphère très intime, presque onirique. La photographie joue avec les effets d’ombre et de lumière, ce qui a parfois tendance à ajouter de la tension à certaines séquences. Il multiplie les effets de style afin d’amener un certains rythmes à des scène qui au final ne sont juste que des échanges de dialogues entre les personnages. Le casting est d’ailleurs réellement excellent, quoi qu’exagérant parfois un peu trop les émotions, et la bonne idée du film est de ne pas les faire tout simplement mimer les mimiques et autres habitudes des personnalités réelles auxquels leurs personnages font référence. Malheureusement, le spectateur pourra rapidement être perdu par le côté très théâtral de l’ensemble. Bien que les dialogues soient bien écrits, l’ensemble est très bavard, peut-être même trop bavard, mais aussi parfois un peu trop décousu et confus. Les confrontations entre les personnages sont trop directes, manquant parfois d’un peu de nuance, et Une Nuit de Réflexion oscille sans cesse entre satire grinçante et réflexion plus sérieuse sur la responsabilité et la célébrité, comme s’il ne voulait jamais choisir entre l’un ou l’autre des tons à employer, et le spectateur pourrait avoir l’impression d’un film qui a le cul entre deux chaises. On comprend qu’il cherche à brouiller les frontières entre réalité et imagination, qu’il cherche à désacraliser ces figures connues de tous (du moins pour 2 ou 3 d’entre eux) car ils ne sont au final que des êtres fragiles, mais on a parfois cette impression d’artificialité qui, sur les planches d’une scène de théâtre se ressent peut-être moins mais qui, ici, sur presque 1h50 de film, fragilise un peu le récit.

LES PLUS LES MOINS
♥ La satire réussie
♥ Une jolie photographie
♥ Une bande originale intéressante
♥ Un bon casting
♥ La déconstruction des mythes
⊗ Trop bavard
⊗ Parfois confus dans son discours
⊗ Des personnages pas toujours très développés

Bien qu’imparfait et ne sachant pas tout le temps quel ton adopter, Une Nuit de Réflexion bénéficie d’une mise en scène suffisamment réussie, en plus d’un casting réellement impliqué, pour permettre au spectateur de passer un bon moment devant un spectacle original.


UNE NUIT DE REFLEXION est disponible en combo DVD / Blu-ray chez Metropolitan au prix de 24.99€. Il est disponible à l’achat ICI.

Image 16/9 compatible 4/3- 1.85:1 respecté – Version originale Dolby Digital 5.1 / Version française Mono 2.0

En plus du film, on y trouve : Livret de 32 pages avec analyse du film et de sa bande son, Making Of, Bande annonce.



Titre : Une Nuit de Réflexion / Insignificance
Année : 1985
Durée : 1h49
Origine : Angleterre
Genre : Huis clos de célébrités
Réalisateur : Nicolas Roeg
Scénario : Terry Johnson

Acteurs : Michael Emil, Gary Busey, Tony Curtis, Theresa Russell, Will Sampson, Patrick Kimpatrick, Ian O’Connell, George Holmes, Richard M. Davidson, Mitchell Greenberg


















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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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