[Film] Un Drôle de Flic, de Sergio Corbucci (1980)

L’explosion d’une bombe au plutonium rouge a provoqué des radiations qui ont atteint le policier Speed. Il est, depuis, doté de pouvoirs extraordinaires qui vont l’aider à neutraliser toutes sortes de criminels.


Avis de Cherycok :
Bien qu’on les considère souvent comme indissociables, Terence Hill et Bud Spencer ont eu, en parallèle de leurs films en commun, une carrière solo chacun de leur côté et en 1979, ils vont tourner chacune une comédie fantastique. Bud Spencer est le héros de Le Shérif et les Extraterrestres, qui aura une suite l’année suivante avec Faut Pas Pousser, pendant que Terence Hill fait cavalier seul sur Un Drôle de Flic, réalisé par le mythique Sergio Corbucci (Django, Le Grand Silence) qui avait déjà mis en scène en 1978 le film Pair et Impair avec Spencer et Hill. Il faut croire que le trio s’est bien entendu puisque Corbucci mettra de nouveau en scène un film du duo en 1981 avec Salut l’Ami Adieu le Trésor. Mais revenons-en à Un Drôle de Flic qui semble surfer sur la vague Superman (1978) puisque Terence Hill incarne ici un policier qui, suite à un évènement imprévu, se voit doté de supers pouvoirs. Bien entendu, vu les attentes du public envers Terence Hill à cette époque, nous allons être ici sur quelque chose tenant plus de la gentille parodie que du rip off de Superman. Le résultat est léger, souvent absurde et hautement improbable, et des plus attachants.

Coproduction entre l’Italie et les Etats-Unis, tourné en grande partie à Miami, le principe d’Un Drôle de Flic est totalement aburde. Un policier, incarné par Terence Hill, est irradié dans un décharge nucléaire et se retrouve doté de tout un tas de super-pouvoirs. Il est doté de télékinésie, de prédiction, de divination, d’invincibilité, de rapidité extrême, de pouvoir de persuasion, du pouvoir de voir à travers les objets, de communiquer avec les animaux, … Mais, tout comme Superman a son point faible, à savoir la kryptonite, notre gentil policier perd ses pouvoir lorsqu’il voit quelque chose de rouge. A ce moment-là, il n’est plus que Dave Speed, simple policier de Miami. Avec Un Drôle de Flic, Sergio Corbucci s’éloigne de nouveau de ses westerns politiques et nous propose un divertissement grand public où le personnage incarné par Terence Hill est clairement une parodie de celui de Superman. La scène où il flotte au plafond pendant qu’il lit un comic de Superman est clairement là pour nous le confirmer. Pourtant, Terence Hill n’en oublie pas d’incarner un personnage qui ne dénote pas de son registre habituel, charmeur, nonchalant, et même parfois un peu fouille-merde. D’ailleurs, dès la scène d’introduction, on ne peut que sourire devant ce petit clin d’œil à On l’Appelle Trinita et à la fameuse scène des fayots. Terence Hill fait donc du Terence Hill et c’est tant mieux. Il ne joue pas ici un super-héros impressionnant mais il reste avant tout un flic qui garde les pieds sur Terre, et ses pouvoirs vont simplement lui permettre d’améliorer son travail. Et oui, c’est pratique de voir à travers les murs et de constater, alors qu’on passe devant en voiture, qu’un supermarché est en train de se faire braquer. Ça rend son personnage sympathique et, couple à sa décontraction habituelle, très rapidement attachant. Son supérieur, interprété par un Ernest Borgnine dont la bonhommie n’est plus à prouver, est tout aussi sympathique, d’abord incrédule face à un Terence Hill qui cherche à lui expliquer qu’il a des pouvoirs, mais qui petit à petit ne pourra que constater par lui-même. C’est d’ailleurs cette incrédulité qui permet tout un tas de gags, certes plus ou moins réussis mais toujours complètement absurde, mais aussi des méchants caricaturaux mais qui collent bien à l’ambiance générale assez légère du film.

On retrouve d’ailleurs plusieurs têtes connues des films de Bud Spencer et Terence Hill qui, une fois de plus ici, vont se retrouver ridiculisés à la moindre occasion, soit par le côté farceur du personnage de Hill qui fait mumuse avec ses pouvoirs, soit par les grosses claquasses bien cartoon qu’ils vont prendre dans la gueule. A l’instar d’un film comme Banana Joe avec son comparse Bud Spencer, il y a très peu de scènes de bagarre ici. Il y a bien un moment à trois contre un dans une maison, où nos trois sbires vont être sacrément malmenés, mais il n’y a par exemple pas de gros final avec des dents qui sautent et des cocards qui se forment à vue d’œil. Non, réellement, le film va axer presque tous ses gags sur les pouvoirs du personnage de Hill et de leurs conséquences. Certains gags fonctionnent réellement très bien avec cette envie de ne jamais être réellement méchant. Ce n’est jamais cynique, jamais méprisant, ça a juste envie de faire rire de la plus simple des manières. Malheureusement, d’autres gags sont un peu plus lourdingues et surtout Un Drôle de Flic a tendance à se répéter un peu (le rouge et la perte des pouvoirs). Néanmoins, cette vision du super-héros à contre-courant de ce qu’on voit aujourd’hui, avec des pouvoirs ne sont ni glorifiés, ni dramatisés, mais qui servent tout simplement à faire des gags, fait réellement du bien même si, à l’instar de la musique complètement disco, elle pourra paraitre un peu datée. La mise en scène de Corbucci est simple. On sent bien que tout est pensé ici pour faire rire bien plus que pour impressionner, et on a clairement l’impression que le réalisateur n’a pas plus envie de faire plus d’effort que ça. On ressent également cela au niveau des effets spéciaux, eux aussi très datés, qui ne cherchent jamais à tenter de faire illusion (la scène du ballon géant, mama mia). Et pourtant, ils participent au charme de ce film, au plaisir nostalgique qu’il procure à ceux qui l’ont découvert durant leur jeunesse, et sans doute à ce qui a fait que, aujourd’hui, Un Drôle de Flic a acquis un petit statut de film culte.

LES PLUS LES MOINS
♥ Des personnages attachants
♥ Terence Hill, charismatique à souhait
♥ Des gags simples qui font rire
♥ Le côté kitch qui participe à la nostalgie
⊗ Très peu de bagarres
⊗ Un peu répétitif

Un Drôle de Flic, c’est Terence Hill qui s’éclate dans une sorte de pastiche de Superman à la sauce flic de Miami. Le résultat a beau être maladroit et aujourd’hui un peu daté, il n’en demeure pas moins des plus sympathiques et réellement attachant.


BANANA JOE est disponible en DVD (19.99€), Blu-ray (19.99€) et 4K UHD (29.99€) chez BQHL. Il est disponible à l’achat ICI.

Image 16/9 – 1.85:1 – Version originale Dual Mono DTS HD MA / Version française Dual Mono DTS HD MA

En plus du film, on y trouve : Interview de Jean-François Giré (34min)



Titre : Un Drôle de Flic / Poliziotto superpiù
Année : 1980
Durée : 1h46
Origine : Italie / U.S.A
Genre : Comédie fantastique
Réalisateur : Sergio Corbucci
Scénario : Sergio Corbucci, Sabatino Ciuffini

Acteurs : Terence Hill, Ernest Borgnine, Joanne Dru, Marc Lawrence, Julie Gordon, Lee Sandman, Sal Borgese, Wooky Woodbury, Dow Stout, Herb Goldstein




















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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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