[Film] Swordsman and Enchantress, de Chu Yuan (1978)


Dans le monde des Art Martiaux, les guerriers wushu sont à la recherche du Deer Sword, un sabre forgé par le mythique Xu Ruzi, censé donner un immense pouvoir à qui le détiendra et capable de trancher n’importe quel matériau.


Avis de Cherycok :
Chu Yuan a été un réalisateur extrêmement prolifique. En un peu plus de 30 ans de carrière, il a mis en scène pas moins de 123 films s’étalant de 1957 à 1990. Un bourreau de travail alignant parfois jusqu’à 13 films la même année à ses débuts. Dans les années 70, et en particulier dans la deuxième moitié de cette décennie, il continue d’enchainer toujours 3, 4, voire 5 films par an, sans jamais se fatiguer, et toujours en apportant un soin tout particulier à ces derniers. On va s’intéresser aujourd’hui à son Swordsman and Enchantress, s’inspirant de nouveau d’un texte de Gu Long comme il avait déjà pu le faire sur des films tels que Le Tigre de Jade, The Web of Death, Killer Clans, Clans of Intrigue ou encore The Magic Blade, un film qu’il a mis en boite après le long marathon Heaven Sword and Dragon Sabre 1 et 2 dans lesquels il réussit à condenser un énorme roman de Jin Yong en deux films remplis d’intrigues complexes. Même si Swordsman and Enchantress a lui aussi son histoire complexe, on sent lors du visionnage qu’après l’effort surhumain qu’il venait de réaliser, il était ici dans une sorte de récréation avec un film bien moins labyrinthique qui va même partir sur un bon gros délire lors de son dernier acte.

Une fois de plus avec Chu Yuan, il nous présente une intrigue assez complexe, tout du moins dans son premier acte, avec plusieurs arcs narratifs, de nombreux personnages, et des revirements de situations qui sont ici parfois très compliqué, voire impossible, à deviner tellement ils sont tordus. Le premier acte nous donne l’impression d’une succession de saynètes dans lesquelles on découvre une pléthore de personnages qui auront plus ou moins de temps à l’écran, plus ou moins d’importance dans le récit. Le réalisateur ne s’attarde que peu sur la psychologie de ces personnages et leurs motivations, parfois un peu flou, préférant les caractériser grossièrement quitte à en faire des caricatures. L’histoire manque également un peu de finesse, voire de fluidité dans son premier acte et quiconque n’est pas un habitué de Chu Yuan pourrait avoir envie rapidement de jeter l’éponge. Pourtant, lorsqu’au début du deuxième acte, le personnage interprété par Ti Lung fait son apparition et que le film va se concentrer sur lui et sa relation avec celui de Lau Wing, Swordsman and Enchantress revient à quelque chose de plus basique, de plus simple, certes simple façon Chu Yuan mais en tout cas bien plus fluide et facile à suivre. Ti Lung est une fois de plus impérial, transpirant de charisme, et bien que son personnage soit parfois un peu cliché, et même parfois auto parodique, il en impose à chacune de ses scènes. Ses échanges, qu’ils soient verbaux ou plus musclés, avec Lau Wing sont réellement excellent. Chu Yuan donne des rôles très intéressants à son casting féminin là où, à cette époque, elles étaient parfois reléguées au second plan. Candy Wen est très bonne dans le rôle de la méchante effrontée et arrive constamment à dynamiser ses scènes. Ching Li, bien que coincé dans le rôle du love interest pendant une partie du film, finit par trouver une solution de repli et a l’occasion de briller lors du dernier acte. Elles ne sont pas de simples plantes vertes ou potiches, et ça fait plaisir à voir. Le reste du casting est tout aussi) intéressant et les amateurs de cinéma de Hong Kong reconnaitront tout un tas de têtes pas encore connues à l’époque, souvent dans des très petits rôles ou de la figuration, comme par exemple Yuen biao, Yuen Wah, Yuen Bun, Kara Hui ou encore Corey Yuen.

Visuellement, on ressent immédiatement dans Swordsman and Enchantress la touche Chu Yuan et son souci du détail sur les décors. Ça fourmille de détails, c’est plein de couleurs, chaque plan est comme une toile de maitre et semble figé dans le temps et bien que beaucoup trouveront ces décors très kitchs, avec ces matte painting, avec cet abus de fumée parfois, avec ces éléments du décor qui sont sans cesse positionnées devant l’objectif, d’autres ne pourront que se délecter de cette poésie qui s’en dégage, de cet onirisme qui surgit parfois, avec un Chu Yuan qui expérimente jusque dans ses personnages parfois improbables. Il se dégage du film une certaine excentricité dans ces décors artificiels aux compositions très travaillées, dans ces jeux de lumière créant une atmosphère légèrement gothique. Oui, le récit n’est que peu explicatif, on a parfois l’impression qu’il y a des ellipses temporelles, les motivations sont parfois un peu flous, mais au final qu’importe car la mise en scène de Chu Yuan emporte l’adhésion et, couplé à une courte durée et un rythme de scènes d’action élevé, on ne peut qu’être emporté par la proposition. Et oui, les scènes d’action sont nombreuses et il ne se passe pas cinq minutes sans que plusieurs personnages en viennent au moins et échanges quelques passes d’armes. Les scènes d’action sont bonnes, avec des combats aux chorégraphies travaillées, souvent nerveuses. Tang Chia fait du bon boulot et avec la caméra de Chu Yuan qui aime les plans larges si possible en plan séquence, il en résulte toujours quelque chose de visuellement intéressant et intense. Certes, on est loin des standards qu’avaient imposé quelqu’un comme Liu Chia Liang à cette même période et l’abus de plans séquences lors des combats leur faire perdre parfois en intensité. Mais ce qu’on perd en intensité, on le gagne en fluidité et en jolis plans d’ensemble, ce qui permet de garder une certaine cohérence visuelle avec tout ce que Chu Yuan met en place à côté.

LES PLUS LES MOINS
♥ La mise en scène
♥ Visuellement souvent impressionnant
♥ Un excellent casting
♥ Le souci du détail dans les décors
♥ Court et rythmé
⊗ Des personnages qui manquent de profondeur
⊗ Un premier acte brouillon
⊗ Une action qui manque parfois d’intensité
Fouillis et complexe dans son premier acte, Sword and Enchantress finit par rapidement trouver son rythme de croisière et s’avère être un wu xia pian réussi et visuellement somptueux avec lequel Chu Yuan s’est clairement fait plaisir.


SWORDSMAN AND ENCHANTRESS est disponible chez l’éditeur Spectrum Films en Coffret Blu-ray collector (avec 5 autres films) au prix de 80. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En plus du film, on y trouve : Présentation de Arnaud Lanuque, Gu Long – Wuxia Writer (partie 1), ainsi que les autres films du coffret : The Magic Blade, The Web of Death, Heaven Sword and Dragon Sword 1 et 2, Descendant of the Sun.



Titre : Swordsman and Enchantress / 蕭十一郎
Année : 1978
Durée : 1h27
Origine : Hong Kong
Genre : Wu xia pian plein de rebondissements
Réalisateur : Chu Yuan
Scénario : Chu Yuan

Acteurs : Ti Lung, Lau Wing, Ching Li, Candy Wen, Tang Ching, Lily Li Li-Li, Morman Chu, Shum Lo, Ku Kuan-Chung, Yang Chi-Ching, Ting Tung, Lee Hoi-San


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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