[Film] Pile & Face, de Peter Howitt (1998)


Après avoir été licenciée, Helen décide de rentrer chez elle. L’histoire se scinde en deux lorsqu’elle arrive sur le quai du métro. Dans une première version, elle manque la rame et ne peut ainsi découvrir que son petit ami est en train de la tromper dans leur appartement. Dans la seconde version, elle attrape la rame à temps et surprend son petit ami au lit avec son ex. Cet épisode anodin de sa vie (rater ou pas une rame de métro) va bouleverser son existence…


Avis de Cherycok :
Il y a des films qu’on a vus il y a longtemps, très longtemps, et dont on garde un bon souvenir. Pour on ne sait quelle raison, on ne les a jamais revus. Peur d’être déçu des années après, emploi du temps trop chargé pour revoir un film qu’on a déjà vu, ou tout simplement un film perdu dans les méandres du cerveau. Et puis quelque chose, 20 ans après, nous y fait penser et on se dit « Tiens, je ne me referais bien là, avant d’encore oublier de le revoir ». C’est ce qu’il s’est passé avec Pile & Face, comédie romantique de 1998 qui était restée dans un coin de ma tête et qui est revenu à la surface lorsque ma femme a répondu à ma question « Tu veux voir quel genre de film ce soir ? » par un « Quelque chose de mignon et léger ». Pile & Face a popé d’un seul coup, c’était l’occasion de le revoir, et 25 ans après, c’était toujours aussi réussi. Un film mignon, bien fichu, malheureusement oublié, qui a eu son petit succès à sa sortie puisqu’avec son budget de 6M$, il en a tout de même rapporté 68.

Pile & Face, Sliding Doors en VO, s’intéresse à la question qu’on s’est déjà tous posé : Que serait ma vie s’il était arrivé ça plutôt que ça. Le fameux « Et si ? ». Dans Pile & Face, on va suivre Hélène qui, suite à son licenciement, va prendre le métro pour rentrer chez elle. Mais que va être la suite de sa vie si elle arrive à prendre la rame de métro à temps ou si elle la rate à la dernière seconde ? A partir de cette prémisse, deux scénarios alternatifs vont se mettre en place avec une structure narrative qui va passer régulièrement de l’un à l’autre, ce qui va lui donner un aspect bien plus original que les moult comédies romantiques ayant pullulé dans la deuxième moitié des années 90. Ce dispositif narratif donne au film un côté très ludique, obligeant à comparer, à anticiper, à repérer ce qui se renvoie entre ces deux scénarios qui parlent du destin ou du hasard (au choix) qui vont façonner une existence. L’intrigue en elle-même reste typique du genre, mais sa forme en fait quelque chose de différent. Pour mettre en scène cette double ligne temporelle sans que cela ne soit déroutant pour le spectateur, le réalisateur Peter Howitt ne succombe pas au split screen et préfère des repères bien plus simples, souvent visuels (un pansement sur une blessure, une coupe de cheveux bien différente pour l’héroïne, …), mais aussi de personnalité de son personnage central qui change suite à un évènement inattendu. Dans l’une des versions, le personnage de Helen est plus dynamique, plus sûre d’elle, et dans l’autre c’est sa fragilité et sa passivité qui ressortent.

Les thématiques que traite Pile & Face sont également des plus classiques sur le papier. Il va ici être question d’amour, de trahison, d’adultère, de mensonges, … Mais là aussi, cette construction narrative inattendu leur apporte une autre tonalité, une double tonalité avec un film qui nous fait également comprendre que notre personnalité n’est jamais figée et qu’elle va se construire en fonction de ce à quoi nous allons être confronté. Alors certes, ça n’invente pas l’eau tiède, mais à une époque où les comédies romantiques avaient toutes tendance à se ressembler, Pile & Face a ce petit côté frais qui lui donne un cachet bien à lui. Il est également moins accès « comédie » que certaines de ses petites copines des 90’s comme Le Mariage de Mon Meilleur Ami (1997), Coup de Foudre à Notting Hill (1998), Quatre Mariages et un Enterrement (1994) ou encore 10 Bonnes Raison de te Larguer (1999) dans le sens où il n’y a pas de gags à proprement parler. Le ton est ici plus doux-amer, avec de l’humour, certes, mais avec cette envie de rester dans quelque chose de réaliste, nous faisant comprendre qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise vie, qu’il y a des hasards, certes, mais que nous sommes aussi dictés par nos propres décisions et choix personnels. Si le film fonctionne, c’est également grâce à son casting. John Lynch (Black Death, la série The Fall) incarne à la perfection ce petit ami désespérant, qui cumule toutes les tares (menteur, fainéant, trompeur, …). John Hannah (La Momie, 4 Mariages et 1 Enterrement) est tout en finesse dans ce rôle de love interest qui est là au bon moment. Mais la palme revient à Gwyneth Paltrow (Iron Man, Shakespeare in Love) qui tient tout le film sur ses frêles épaules avec ce double rôle l’obligeant sans cesse à adapter sa personnalité. Certes, son accent britannique est parfois un peu étrange, mais c’est possiblement cette année 1998, avec des films comme Shakespeare in Love et donc Pile & Face, qui a fait décoller sa carrière.

LES PLUS LES MOINS
♥ Un bon casting
♥ La structure narrative
♥ Une mise en scène simple et intelligente
⊗ Des thématiques assez classiques

Pile & Face est une comédie romantique des plus charmantes, originale dans sa construction, parfois douce-amère dans son ton, avec une Gwyneth Paltrow qui interprète à merveille un double rôle. Une très bonne rom-com des 90’s.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Pile & Face a suscité de nombreuses comparaisons avec le film Blind Chance (1987) du réalisateur polonais Krzysztof Kieślowski, dont l’issue dépend également du fait que le protagoniste attrape ou non un train.



Titre : Pile & Face / Sliding Doors
Année : 1998
Durée : 1h39
Origine : Angleterre / U.S.A
Genre : Et si ?
Réalisateur : Peter Howitt
Scénario : Peter Howitt

Acteurs : Gwyneth Paltrow, John Hannah, John Lynch, Jeanne Tripplehorn, Zara Turner, Douglas McFerran, Paul Brighwell, Nina Young, Virginia McKenna


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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