[Film] Kung Fu Zombie, de Hua Shan (1981)

Un prêtre adepte de magie noire manipule des zombies, un gangster utilise ses services pour accomplir une terrible vengeance.


Avis de Cherycok :
En tant que gros adepte de cinéma bis, je rattrape petit à petit mon retard sur les films d’horreur et assimilés de Hong Kong de la première moitié des années 80. Et après avoir erré un peu du côté de la Shaw Brothers, j’ai décidé de jeter mon dévolu sur un film indépendant qui en plus lorgne sur un de mes sous-genres préférés du ciné HK, la ghost kung fu comedy. Alors aujourd’hui, on va parler de Kung Fu Zombie dont le titre est tout un programme à lui tout seul. Une bobine que je connais depuis longtemps, que je n’ai jamais pris le temps de regarder tant la qualité mauvaise VHS m’empêchait de lire les sous titres correctement. Oui, même pour un film estampillé Kung Fu Zombie, j’ai besoin de comprendre ce qui se dit. Et puis je suis tombé sur une version un peu plus regardable, avec des sous titres pas incrustés sur l’image et donc bien lisibles. L’image n’est pas faramineuse, mais comme je regarde encore des VCD sans sourciller, ce n’est pas réellement un souci. Après visionnage, la première chose que je me suis dite, c’est « pourquoi je n’ai pas vu ce film avant !?! » tant ça a été un moment assez génial de fun, de nawak et de joyeux bordel. Oui, Kung Fu Zombie, c’était trop bien. Un peu nul, mais trop bien.

Mais tout d’abord, Kung Fu Zombie, c’est quoi ? C’est donc un film de kung fu indépendant qui surfe sur le gros carton de L’Exorciste Chinois (1980) de Sammo Hung, mais sans argent. Et pour compenser l’aspect fauché du film, on y amène un rythme d’enfer qui ne laisse pas le temps au spectateur de respirer. Etait-ce voulu dès le départ ? Est-ce dû à des coupes au montage (le film dure 1h19) ? Kung Fu Zombie est mis en scène par Hua Shan, réalisateur prolifique de la Shaw Brothers à qui on doit des titres tels que The Super Inframan (1975), Flying Guillotine Part II (1978), Bloody Parrot (1981) ou encore Portrait in Crystal (1983), et qui a fait quelques infidélités au célèbre studio pour mettre en boite quelques films pour The Eternal Film (H.K.) Co. comme Sun Dragon (1979), Struggle to Survive (1980) ou encore donc Kung Fu Zombie. En tête d’affiche de ce dernier, on retrouve l’acteur indonésien Willy Dozan, renommé pour l’occasion Billy Chong, mais parfois aussi Jackie Chong, qui sera le véritable pilier du film de par ses excellentes compétences martiales mais aussi son charisme naturel pour tout le reste. Quelle est la recette de Kung Fu Zombie ? Du kung fu donc, beaucoup, et du système D à tous les étages parce que quand on n’a pas de pognon, il faut avoir des idées et il y en a ici beaucoup. Mais avant toute chose, Kung Fu Zombie, c’est un énorme fouillis chaotique du début à la fin, mais c’est surtout un énorme fouillis complètement jouissif du début à la fin, qui n’a peur de rien, ni du ridicule, ni de fatiguer le spectateur avec un rythme effréné, comme s’il avait absolument envie de lui en donner pour son argent. L’histoire ? Pfiou, dur de résumer, c’est essentiellement le scénario qui donne cette impression de gros bordel avec des intrigues dans l’intrigue, des péripéties qui s’enchainent à grande vitesse sans qu’on comprenne toujours pourquoi et comment car, oui, clairement, il manque des gros bouts de scènes. C’est assez brouillon du début à la fin, mais dans le bon sens du terme. Vous savez, ce côté bordélique qui finit par donner au film un côté fun. Eh bien voilà, celui-là. Alors oui, c’est certain, il faut adhérer à ce genre de divertissement, mais pour qui a poussé la ghost kung fu comedy un peu plus loin que L’Exorciste Chinois ou Mr Vampire, le terrain ne sera pas ici complètement méconnu.

Dès les premières secondes, on rentre dans le bain avec des éléments horrifiques et du fight. En termes d’horreur, nous sommes ici dans quelque chose de très léger qui ne fait jamais peur tant Kung Fu Zombie vire souvent dans l’absurde le plus total. Le film n’a pas de budget et ça se ressent. Point de zombies à proprement parler malgré ce que le titre annonce, mais des vampires sauteurs typiques de la mythologie chinoise, un fantôme, des sorciers, et des rituels occultes parfois très étranges pour un résultat très peu gore et bien plus grotesque qu’effrayant. Visuellement, on est ici dans le royaume de la débrouille avec du fumigène et des néons colorés pour faire illusion. Pour les maquillages, c’est la même chose, carton-pâte et autres prothèses souvent grossières. Mais pourtant, ça marche, parce que ce visuel très naïf et très kitch a ce charme désuet des productions de l’époque, avec en prime des effets spéciaux très spéciaux qui en rajoute une couche au côté système D du film. Mais là ou Kung Fu Zombie fait fort, c’est dans l’énergie qu’il dégage, tout d’abord dans son humour qui n’arrête pas car nous sommes avant tout dans une comédie. Les comédiens gesticulent et surjouent ; l’humour est souvent grossier, au ras des pâquerettes, mais aussi très slapstick, s’invitant n’importe quand, parfois de manière inattendu, et arrivant à provoquer quelques bons gros fou-rires avec des acteurs en roue libre qui n’ont jamais peur du ridicule. Et de l’énergie, il y en a aussi dans les très nombreuses scènes d’action avec des combats étonnement bien chorégraphiés par Tang Tak-Cheung, acteur / réalisateur / chorégraphe qui a par exemple réalisé le wu xia pian psychédélique Demon of the Lute. Ils sont donc nombreux, mais surtout réussis et réellement techniques, avec un Billy Chong très athlétique qui se donne à fond et qui n’a clairement pas eu la carrière qu’il méritait. Il aurait clairement eu sa place dans les kung fu polars de la seconde moitié des années 80. C’est nerveux, ça virevolte, ce n’est certes pas aussi abouti que du Sammo Hung, mais pour une production fauchée du genre, sans doute mise en boite à la va-vite pour surfer sur la vague du moment, c’est quand même bien fichu et divertissant pour qui aime un tant soit peu ce genre de divertissement frénétique et au final réellement fun.

LES PLUS LES MOINS
♥ Très bien rythmé
♥ Des combats étonnement bons
♥ Bien barré
♥ Le charme désuet de ce genre de production
⊗ Un scénario très fouillis
⊗ Quand même très fauché

Kung Fu Zombie est une ghost kung fu comedy sévèrement fauché mais pourtant ô combien fun et même par moment jouissif. Ça dure 1h19, ça ne s’arrête jamais, c’est généreux, et c’est à voir pour tous les amateurs de ce sous-genre typique du ciné HK.



Titre : Kung Fu Zombie / 烏龍天師招積鬼
Année : 1981
Durée : 1h19
Origine : Hong Kong
Genre : Joyeux fourre-tout
Disponibilité : DVD (import)
Réalisateur : Hua Shan
Scénario : Hua Shan

Acteurs : Billy Chong, Chiang Tao, Best Kwon, Cheng Kang-Yeh, Chan Lau, Pak Sha-Lik, Woo Wai, Cheng Kei-Ying, Wang Yu, Lin Kuang-Yung, Chang Chung-Yu, Ji Mei


















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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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