[Film] Killer Condom, de Martin Walz (1996)

Un préservatif vivant sème la panique dans les bordels de New York en arrachant le sexe des clients.


Avis de John Roch :
Surnommé le Bretécher gay (d’après Claire Bretécher, cofondatrice de l’écho des savanes), Ralf König est un auteur Allemand dont les BD humoristiques ont pour protagonistes des personnages gays. A travers ses récits qui ont réussis à s’adapter aux évolutions de la société, Ralf König parle de thèmes tels l’acceptation de la différence, les rapports hommes et femmes, homosexuels et hétérosexuels, les problèmes de couple ou le sida. En France, ses BD ont été publiées chez Glénat et dans les hors-séries de fluide glacial. Au cinéma, les adaptations se comptent sur les doigts d’une main. Il y a eu en 1994 Der Bewegte Mann (ou Les Nouveaux Mecs en France), succès fracassant en Allemagne où il demeure l’un des films les plus populaires des années 90, puis en 2002 le plus confidentiel Wie Die Karnickel. La troisième, celle qui nous intéresse ici, date de 1996. Elle est l’adaptation de « kondom des grauens » et de sa suite « bis  auf die knochen », qui racontent l’enquête d’un flic sur une affaire d’arrachage de pénis perpétrés par une créature carnivore qui imite la forme d’un préservatif. Distribué par la Troma aux USA (et même sortie en France dans une combinaison de salle limitée), Killer Condom est souvent considéré à tort comme un film issu de la boite de Lloyd Kaufman et Michael Hertz. C’est lui rendre service au niveau de sa popularité, mais pas tant pour ses qualités qui trop souvent s ‘arrête à son pitch de base qui laisse planer un film trash et de mauvais goût. Se limiter à cela est une belle erreur car derrière cette pseudo réputation galvaudée se cache une œuvre bien plus subtile que ça.

Dans Killer Condom, c’est la panique dans un hôtel miteux de New York. Lieux de prostitution, les hommes se retrouvent victimes d’arrachage de pénis, chose attribuée aux prostituées. Mais comme le fait remarquer le patron des lieux, pourquoi des putes viendraient à couper la bite de leurs clients alors que c’est de ça qu’elle vivent ? Entre en scène l’inspecteur Luigi Mackeroni, sicilien pur jus immigré aux états unis qui va découvrir le véritable coupable : une capote doué de raison qui croque des quéquette une fois qu ‘elle est étalée dessus. Chanceux il est le Luigi, son sexe de 32 cm étant trop gros pour le préservatif castrateur, il ne laissera qu’un testicule dans la bataille. 13 bites et une couille sectionnées plus tard, l’inspecteur Mackeroni qui l’a mauvaise va mener une enquête pour découvrir comment et pourquoi des capotes douées de vie se mettent à semer la panique dans les rues de New York. Il aurait été facile de n’extraire de la bande dessinée que cet aspect de l’histoire et de se reposer sur le concept fou de la capote qui croque des zobs et de la peur bien masculine de la castration. Mais Martin Walz, réalisateur connu dans le cinéma underground gay, respecte le Matériau de base et parle avant tout d’homosexualité. A travers l’inspecteur Mackeroni, homo à moitié refoulé qui refuse de trouver l’amour et donc de pleinement assumer sa sexualité, Bob, ex-flic devenu Babette le travelo en pleine crise identitaire qui fait le tapin obsédé par Mackeroni et Billy le gigolo qui tombe amoureux du même Mackeroni, Killer Condom parle d’acceptation, du puritanisme, de la peur du regard des autres et du rejet de la société.

Tout cela sans jamais forcer le trait et avec légèreté car on se marre bien devant un film qui est rempli d’ un humour qui puise à la fois dans un esprit de bande dessinée, dans son histoire pas banale et dans le cinéma avec quelques références qui vont du film noir à Psychose en passant par Les Dents De La Mer et Cruising : La Chasse. Killer Condom n’en oublie pas son concept. Le film nous vend des capotes castratrices, il tient ses promesses. A noter que figure au générique H.R. Giger en tant que consultant créatif, bien qu’on ignore le degré d’implication de l’artiste dans cette histoire, ou si il s’agit d’une blague. Aux commandes des effets spéciaux, Jörg Buttgereit réussi à donner vie aux préservatifs et si il ne faut pas s’attendre à un niveau élevé de gore et de réalisme de la part du réalisateur des costauds Nekromantic, c’est rigolo et ça fonctionne étonnamment bien, tout comme les décors qui donnent à la ville de New York cet aspect crasseux des années 80 pré-Rudy Giuliani. Si on omet un dernier acte qui tire en longueur, Killer Condom est une belle surprise. Le concept est exploité, les thématiques sont traitées avec sincérité et c’est rempli d’humour. Le genre de film auquel on pense savoir à quoi s’attendre en le lançant, mais qui s’avère être plus riche que ça.

LES PLUS LES MOINS
♥ L’idée de base, pas banale
♥ L’humour
♥ Un film qui va plus loin que son concept
⊗ Un dernier acte qui tire en longueur
Killer Condom est une belle surprise. Le concept est exploité, les thématiques sont traitées avec sincérité et c’est rempli d’humour. Le genre de film auquel on pense savoir à quoi s’attendre en le lançant, mais qui s’avère être plus riche que ça.



Titre : Killer Condom / Kondom des Grauens
Année : 1996
Durée : 1h43
Origine : Allemagne
Genre : Durex
Réalisateur : Martin Walz
Scénario : Martin Walz, Mario Kramp et Ralf König

Acteurs : Udo Samel, Peter Lohmeyer, Iris Berben, Leonard Lansink, Marc Richter, Evelyn Künneke, Hella von Sinnen, Heribert Sasse, Meret Becker

 

 


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Auteur : John Roch

Amateur de cinéma de tous les horizons, de l'Asie aux États-Unis, du plus bourrin au plus intimiste. N'ayant appris de l'alphabet que les lettres B et Z, il a une nette préférence pour l'horreur, le trash et le gore, mais également la baston, les explosions, les monstres géants et les action heroes.
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