Ko Da-fu est le chef d’une bande d’amis tueurs à gage réputés à Hong-Kong. Lorsqu’il reçoit un contrat lui demandant de tuer des membres importants de la Triade, il refuse, sentant le mauvais coup. Ce refus entraînera une nuit de massacre qui lui mettra à dos la police, les Triades et sûrement aussi ces étrangers qui travaillent dans l’ombre et qui semblent orchestrer une guerre secrète…
Avis de Sacré Vandale :
Pur produit de la nouvelle vague HK, Coolie Killer n’est pourtant pas une référence régulièrement citée. Pourtant, très vite on ressent son statut de porte-étendard d’un cinéma plus radical, plus vrai et plus moderne. Le début des années 80 était une période de bouleversements à Hong Kong. La pop des années 60 et la liberté disco naïve des 70’s laissaient la place à une envie de sensations brutes, plus en phase avec le monde actuel. Plus violente, plus vraie, plus critique aussi. Le cinéma n’était désormais pas seulement là pour divertir, il devait proposer quelque chose de nouveau, proche davantage des réalités de la péninsule. Et les réalités à Hong Kong étaient en partie représentées par des faits divers violents, et un climat général tendu. Sûrement que l’omniprésence de la télévision dans les foyers et ses informations chocs ont participé à ce climat… Le fait est que Coolie Killer apparaît tout naturellement au bon moment, propageant à son échelle le feu cathartique provoqué par cette nouvelle vague.

Commençons par souligner que le scénario de ce film est d’une simplicité incontestable. Le long métrage ne brillera pas par son scénario. Le coup du tueur brave et en contrôle dans une vie toute tracée, qui se retrouve seul contre le monde entier en cherchant à résoudre par la violence la machination dont il est victime… Bon… Disons que les années 80 ont vu une pelleté de films d’action avec ce même synopsis. Mais celui-ci a l’excuse non négligeable d’être une des premières de son époque, il faut le dire ! Et même si le film ne transcende pas par son scénario, il se suit avec un grand plaisir. Déjà grâce à ses personnages. Le très chouette Charlie Chin campe un tueur vengeur et sombre, pas dénué d’une certaine fragilité et d’une droiture attachante. Les éternels chefs des triades sont joués par des grands messieurs du cinéma HK, d’une grande classe et d’une importance qui saute aux yeux. Même les policiers sont convaincants malgré leur rôle franchement secondaire. On soulignera malgré tout que c’est fortement plaisant de voir Yueh Hua dans une fiction moderne, ça n’est pas arrivé si souvent dans sa carrière. Il est assez génial en policier faussement gauche, flirtant un peu trop avec le mauvais côté. Un personnage très chouette même si son gimmick du mouchoir à la main (et au nez) fait un peu trop gadget.

Malgré le classicisme que ces personnages représentent aux yeux des spectateurs modernes, il faut reconnaître qu’à l’époque c’était assez nouveau. Que l’on se concentre autant sur des tueurs froids et violents pour en faire les héros d’une tragédie moderne, ça n’était pas fréquent ! C’était même assez délicat lorsqu’on les présentait dès le début comme étant du mauvais côté, indigne de la moindre empathie. Or, le challenge était justement de les humaniser, que le spectateur ait peur pour eux et souhaite malgré tout (un minimum) leur réussite. Sachant jongler habilement entre leur identité de mauvais personnages dans le sens moral, et personnages héroïques dans sa définition romanesque. Et le contrat est ici parfaitement rempli. Je pense d’ailleurs que c’est en grande partie dû au jeu d’acteur de Charlie Chin qui peut jouer la rage vengeresse comme la détresse paniquée de la souris tombée dans un piège sadique. On le suit avec grande attention, et malgré la violence qu’il dégage, on sait ses adversaires bien pires encore… On remarque que le film cherche à l’humaniser et créer de l’attachement envers lui via bon nombre de jolies phrases que certaines personnes disent sur lui (« il est très gentil, il n’a pas augmenté mon loyer », « il est très honorable, il tue… mais c’est un bon tueur », « il a toujours les cheveux propres etc etc… »). Mouais… Disons que ça n’est pas très convaincant et que ça aurait pu être bien mieux construit…

C’est surtout par ses interactions avec les autres qu’on devine la profondeur du personnage de Ko. Dans sa quête de réponse et de vengeance, il va croiser une jeune femme et entamer une relation (pseudo) passionnelle avec elle. Même si aujourd’hui celle-ci fait forcément grincer des dents parce qu’elle semble débuter par un viol… on se dira que c’était l’époque et sa vision aveugle et naïve du romantisme masculin… La relation n’est heureusement pas envahissante, et elle assume son côté tragique et fataliste. Cela semble d’ailleurs presque être son unique utilité. Mais elle nous offre une scène complètement folle et très marquante en conclusion, rien que pour ça elle en valait la peine. Mais la relation la plus intéressante du film est clairement celle entre le policier Atchoum (Yueh Hua) et Ko Da-fu. Les personnages vont se retrouver à collaborer plus au moins ensemble dans leur enquête, et vont se retrouver autant face à face que côte à côte. Ces deux personnages opposés qui se jaugent et se respectent, qui s’affrontent et s’aident… ne sont pas sans rappeler la relation entre le tueur et le policier de The Killer, sorti 7 ans plus tard. La comparaison est si évidente qu’on pourrait même se dire que John Woo s’en est inspiré ! Ça donne des moments de tension psychologique où les 2 personnages se cherchent et s’apprivoisent. Mais aussi où le personnage de Ko s’autorise une certaine camaraderie et un certain respect dissimulé. Dans un film aussi paranoïaque et tendu, il faut reconnaître que c’est agréable.

La dimension John Wooesque est visible également dans ses scènes d’action. Car le film est loin d’en être dénué. Et à ce niveau-là c’est également du tout bon. Ces scènes sont suffisamment nombreuses pour rythmer le film et accentuer l’intensité dramatique. Il s’agit globalement de fusillades, sûrement toutes aussi chorégraphiées que chez Woo, mais moins « dansantes », rendant l’action plus concrète et la violence plus crue. À l’image de ce superbe moment de combat dans l’appartement, synthétisant toute l’inventivité et l’intensité de l’action du film. On se tire dessus, mais on est stratégique. On utilise ce qu’on trouve, on fait des plans, on improvise. Tu fais diversion avec ton flingue pendant que je me précipite vers la porte à côté pour pouvoir tirer sur l’assaillant à travers la fente à lettres. C’est génial et grisant. Mais on ne combat pas qu’avec des flingues ! On a quelques moments à mains nues et au couteau. Moins impressionnants mais tout aussi réussis. Une scène de combat avec des motos, peut-être un peu trop racoleuse dans un film pourtant plus terre à terre. Mais ça nous permet de voir Charlie Chin qui se la joue Jackie Chan, avant qu’il nous sorte ses formidables Police Story, donc on prend. Afin d’éviter plus que nécessaire la comparaison avec les autres films d’action hongkongais qui vont suivre dans les années suivantes, précisons que ce Coolie Killer joue bien plus la dimension cynique et fataliste que le mélodramatique habituel de la seconde moitié des années 80. Ici on ne prend pas le temps de pleurer, de philosopher. On plonge dans le mal en toute connaissance de cause et on accepte ses côtés sombres sans les remettre en question. Pas de rédemption, pas de retour en arrière et c’est souvent tout le propos de cette période.

La Nouvelle Vague a permis cette radicalité assumée. Le côté divertissement laisse presque place au côté critique. Et même si Coolie Killer n’est pas le meilleur représentant d’un point de vue engagé, on le sent clairement investi d’un poids moral. La tragédie existe pour punir. Pas par le divin, mais par le fonctionnement de la société. Le mal mène au mal, les mauvaises fréquentations à la mort. Même s’il n’est pas pour autant à charge, il a conscience que l’identité criminelle n’est vouée qu’à la souffrance. Et que les innocents pris entre deux feux en sont les victimes collatérales tout sauf sublimes. On montre la police déphasée et d’une intransigeance légèrement détestable. Un héros aux actes parfois en rupture avec les attentes des spectateurs, le remettant avec fracas dans son rôle de personnage mauvais et immoral. Et sur cette histoire flotte un sentiment d’exclusion, de racisme, d’inégalités… Nouvelle vague oblige, on doit parler d’une ou plusieurs parts sombres de la société. Ici on souhaite parler du racisme, avec cette menace des vilains étrangers qui complotent… mais qui s’avèrent au final n’être qu’un racontar pour dissimuler les vrais responsables. Habile comme critique, comme si la menace étrangère n’était toujours qu’un feu de paille instrumentalisé (tiens donc !).

Mais c’est son côté critique des inégalités sociales qui pêche un peu. Et c’est d’autant plus dommageable que c’est dans son titre… On nous répète que la bande de tueurs menée par Ko sont des coolies (donc des paysans pauvres du continent) mais on ne sent jamais ce rapport à la pauvreté, à l’humilité. On donne ce background à l’oral quelque fois en espérant que ça approfondisse les personnages mais non, ça ne suffit pas. Ça n’est jamais abordé de manière pertinente, et ça ne caractérise jamais le personnage de Chin. C’est dommage, ça aurait sûrement donné une plus-value à l’histoire. Mais dans les faits, Ko Da-fu est simplement un citadin parfaitement intégré dont les origines sont absolument sans importance au récit. C’est surtout dans sa réalisation et son ambiance que le statut de nouvelle vague éclate dans ce film ci. La caméra est nerveuse, embarquée. Elle semble plus près des personnages. Plus proche des péripéties. L’action est filmée de manière brute, c’est lisible et authentique. Cette époque transfuge délectablement également dans ses décors et paysages propres à la fin de 70’s, aussi avec sa musique électro qui enrobe le tout. Également avec ses acteurs classiques de la Shaw Brothers qu’on aime ajouter à nos récits modernes pour une transition franche et assumée (on y retrouve Yueh Hua comme dit, mais aussi Lisa Chiao Chiao). Sa fin un peu simple et attendue évite malgré tout l’écueil de la tragédie trop lourde. Et elle ouvre justement la porte à toute une nouvelle génération qui suivra, offrant cette époque bénie initiée en grande partie par Le Syndicat du Crime. Mais qui n’aurait pu exister sans tous ces Story of Woo Viet, Le Bras Armé de la Loi… et donc aussi ce Coolie Killer, maintenant j’en suis convaincu.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Rétrospectivement génial à découvrir ♥ Des scènes d’action captivantes ♥ Charlie Chin et Yueh Hua ♥ Fleure bon la nouvelle vague HK |
⊗ Scénario aujourd’hui essoufflé ⊗ Quelques idées pas assez développées |
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| Œuvre classique mais essentielle de la nouvelle vague hongkongaise, Coolie Killer était précurseur de ce que deviendra le thriller d’action cantonais qui fera la gloire internationale de la péninsule. Très bon film d’action qui accuse un scénario assez simple, mais qui reste une découverte très intéressante pour tout fan de ce cinéma. Petite pépite archéologique essentielle. | |

Titre : Coolie Killer / 殺出西營盤
Année : 1982
Durée : 1h30
Origine : Hong Kong
Genre : Action / Thriller de la nouvelle vague HK
Réalisateur : Terry Tong
Scénario : Terry Tong
Acteurs : Charlie Chin, Yueh Hua, Lisa Chiao Chiao, Cecilia Yip, Michael Tong, Tom Poon Chun-Wai, Newton Lai, Danny Lee, Kwan Hoi-San, Lau Siu-Ming, Chan Shen






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