[Film] Chantage, de Fukasaku Kinji (1966)

Deux criminels évadés qui ont kidnappé un enfant, s’introduisent dans la maison de Misawa, un homme qui travaille dans une agence publicitaire et vit tranquillement avec sa famille. Ils vont tenter de lui extorquer son argent pour s’enfuir à l’étranger.


Avis de Rick :
Lorsque l’on pense à Fukasaku, on pense immédiatement aux films de yakuza des années 70, que ce soit Le Cimetière de la Morale ou les Combat Sans Code d’Honneur. Mais on pense et parle peu au final de ce qui précéda, donc les années 60, et de ce qui suivit, les années 80 (bien que là, ça commence à changer, avec la sortie chez quelques bons éditeurs de perles comme La Légende des 8 Samouraïs chez Le Chat qui Fume et d’oeuvres plus anciennes chez Roboto). C’est avec cet état de fait bien en tête que je me suis lancé dans Chantage, métrage méconnu de Fuaksaku datant de 1966, plus connu sous le titre The Threat. En France il fut diffusé à la médiathèque en 2014 lors d’un cycle sur Fukasaku, et donc, gagnant son titre Français. Chantage donc, c’est une histoire très simple, condensée en seulement 1h24, et se déroulant majoritairement dans un lieu unique. Misawa est un salaryman classique a qui la vie a réussi. Il est marié avec Hiroko, a un enfant, il est doué dans son travail et est donc bien vu dans son entreprise. Sauf qu’un soir alors qu’il rentre chez lui avec sa petite famille, voilà que deux criminels s’introduisent chez eux et les prennent en otages. Oui, du Funny Games 30 ans avant. Les deux criminels sont recherchés par la police, ils ont kidnappé un bébé et comptent bien en tirer quelques milliers de yens voir plus, et l’un d’eux est en plus évadé de prison. Ils vont donc s’installer tranquillement dans la maison et se servir de Misawa afin de mettre leurs plans à exécutions.

Découpé en deux parties, la première chose qui frappe, c’est qu’en 1966, Fukasaku avait déjà une pèche incroyable et affichait déjà les prémices de ces futurs films de yakuzas. Un ton limite documentaire, une violence crue, une tension qui monte doucement et ne veut plus lâcher prise. Si on ajoute à tout cela un très beau noir et blanc bien contrasté et des plans bien trouvés lorsque Fukasaku pose sa caméra (et une caméra embarquée plus désordonnée lorsqu’il se lâche), et bien on tient clairement là une curiosité de début de carrière qui se fait passionnante en plus de tenir la route. Dans la première partie donc, se déroulant quasi intégralement dans la maison de Misawa, le réalisateur en profite pour clairement définir ses personnages, avant de venir briser tout ça dans la seconde partie. Misawa apparaît comme un homme qui va obéir à ses intrus, au doigt et à l’œil, sans doute afin de protéger sa famille, et donc va se retrouver embarqué un peu malgré lui dans leurs magouilles afin de récupérer une rançon.

Durant presque une heure, nos deux kidnappeurs baladent notre héros, qui obéit sans avoir franchement son mot à dire. Avant la seconde partie où, comme oppressé par la situation (ce que montre bien les moments où Misawa déambule en pleine ville, avec une caméra embarquée, qui n’hésite pas à jouer sur la mise au point et le chaos du montage), notre père de famille et salaryman se réveille, et se rebelle. Les quinze dernières minutes notamment sont un bel exemple de maitrise, tant tout s’accélère et que Fukasaku filme tout ça d’une main de maître. Au final, ce qu’on pourrait plutôt reprocher au métrage, c’est le côté relativement prévisible de sa narration, puisque même dans le contexte de son époque, voir notre salaryman soumit durant toute la durée du métrage n’aurait rien fait avancer du tout, et n’aurait fait de lui qu’un pantin au destin fataliste. Du coup Chantage devient prévisible, mais pas inintéressant, grâce à ces qualités formelles, sa durée courte, et son suspense prenant qui fonctionne toujours aujourd’hui. Certes, parfois, certains moments peuvent sembler un peu too much, ou s’emballer un peu plus vite, mais la qualité générale du film ainsi que du casting font passer l’ensemble. Une belle curiosité donc, et un film que l’on conseille aux amateurs du cinéma Japonais et de Fukasaku.

LE MEILLEUR LE PIRE
♥ Visuellement très travaillé
♥ Le dernier quart d’heure qui dépote bien
♥ Un suspense bien géré
⊗ Une narration classique, et aujourd’hui prévisible
note2
Chantage est une des œuvres de la première partie de la carrière de Fukasaku, et il nous montre déjà l’étendue de son talent pour filmer des scènes tendues et des moments assez violents. Le suspense de son film fonctionne, l’ensemble est court et va à l’essentiel, et si on est loin de ses meilleurs métrages, ça vaut le coup d’œil.


Titre : Chantage / The Threat / 脅迫
Année : 1966
Durée :
1h24
Origine :
Japon
Genre :
Policier
Réalisation :
Fukasaku Kinji
Scénario :
Fukasaku Kinji et Miyagawa Ichirô
Avec :
Mikuni Rentaro, Harukawa Masumi, Nishimura Kô, Murota Hideo, Mitsuda Ken, Nakahara Sanae, Uchida Ryôhei, Hozumi Pepe et Ozawa Shoichi


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Lucio Fulci, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve, Shiraishi Kôji et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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