[Semaine « Exotique »] Jour 4 : Landmine Goes Click (2015)


Trois touristes américains amateurs d’escalade effectuent un séjour randonnée en Géorgie : Daniel, sa compagne et bientôt future épouse Alicia, leur meilleur ami et futur témoin Chris. Ces deux derniers ont eu une aventure passagère et le futur marié s’en est aperçu. Bon prince et sans la moindre amertume, il laisse Chris le pied sur une mine de terre disposée sur le terrain de leur campement par un ami guide quelques jours auparavant, et l’abandonne à son sort en compagnie d’Alicia. Le couple entrevoit cependant un espoir en la personne d’Illya, un chasseur solitaire qui passait par-là. Espoir de courte durée, car ce dernier va profiter de l’immobilité forcée de Chris pour tirer avantage de la situation, sous tous les angles possibles.


Avis de Cherycok :
Quoi de plus exotique pour cette semaine spéciale « exotique » qu’un petit film géorgien. Hey mais ne partez pas ! Il est vachement bien en plus ! Vraiment, restez, ça vaut le coup. Ça y est ? Vous êtes bien assis ? Alors continuons. Donc oui, ce n’est pas parce qu’on est un petit pays qu’on n’a pas de paysage cinématographique même si, il est vrai, il ne s’exporte pas beaucoup. Mais là, il y a Landmine Goes Click, petit film au maigre budget de 1M$US environ qui a fait sensation dans les différents festivals où il a été présenté. C’est le genre de films qu’on adore ou qu’on déteste et qui semble ne pas avoir de juste milieu. De part son fond, parfois hardcore et dérangeant. De part sa forme, brute, simple, sans concession. Oui, Landmine Goes Click est un film qui remue les tripes et les méninges. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, une chose est sûre, c’est qu’il ne laissera pas indifférent.

CETTE CRITIQUE CONTIENT DES SPOILERS.
Landmine Goes Click est un film qui rentrerait à la fois dans le revenge movie, dans le survival, et dans le rape and revenge. Trois sous-genres du cinéma horrifique certes parfois très proches mais qui ici occupent chacun une partie bien précise du film. Le Revenge Movie occupe le début. Daniel amène sa future épouse Alicia et son meilleur ami Chris faire une randonnée en Géorgie. Sauf que ce dernier sait que Alicia a eu une relation avec Chris. Il cherche à les piéger et a demandé à un ami géorgien d’installer quelques jours avant une mine terrestre à l’endroit où ils vont poser leur campement. Le moment arrivé, Chris met le pied sur la mine et se retrouve condamné à ne pas bouger sous peine d’exploser alors que Daniel leur avoue qu’il est au courant du pot-aux-roses et les abandonne là. S’en suit la partie Survival lorsqu’Alicia va tenter de libérer comme elle peut Chris. Lorsqu’un chasseur local, Illya, passe par là, l’espoir renait en eux mais ils vont vite déchanter lorsque ce dernier ne leur proposera son aide qu’en échange de jeux de plus en plus étranges, dérangeants et extrêmes. La partie Rape and Revenge se déclenchera lorsque, comme son nom l’indique, le viol aura lieu et que Chris, quelques temps plus tard, retrouvera la famille de Illya pour se venger et leur infliger la même violence physique et psychologique auxquelles Illya les avait soumis. On pourrait même rajouter le home invasion dans l’absolu. Les deux premières parties ne forment en fait qu’un seul et même bloc alors que la troisième est bien distincte.

La grande force de Landmine Goes Click, qui pour certain pourra être une faiblesse, c’est qu’il prend son temps pour faire monter la pression. Là où beaucoup de films dévoilent tout très vite afin de donner un pseudo rythme, le film de Levan Bakhia fait durer. Les scènes sont longues, très longues. Le réalisateur joue énormément avec les sons, les éléments de décor, les interactions avec les personnages, le visage et les expressions des acteurs, avec des zooms, des travellings lents. Et le malaise s’installe rapidement via des dialogues très bien écrits où on ressent la montée en puissance de l’esprit tordu de Illya. Les acteurs arrivent à faire ressentir toutes les émotions et Kote Tolordava, malheureusement décédé peu après la sortie du film à l’âge de 35 ans, évoque immédiatement inquiétude et peur. Certains trouveront le procédé rébarbatif, avec les jeux d’Illiya qui s’enchainent durant de très longues minutes, c’est pourtant cette répétition allant crescendo qui fait monter la pression.
Certes, ce qui arrive est prévisible, difficile en même temps de ne pas l’être dans ce genre de film. Pourtant le film vous scotche littéralement à l’écran. Sa mise en scène des plus simples, des plus brutes, des plus épurées y est pour beaucoup. L’absence de budget du film en devient une force.

Landmine Goes Click s’attarde au final sur plusieurs bas instincts de l’être humain. Dans sa première partie, c’est que l’homme est capable de tout négocier, même lorsque des vies humaines sont en jeu. Ce « Je t’aide si… » a quelque chose de tellement inhumain sur lequel le film va jouer pour titiller la corde sensible du spectateur, non pas pour l’émouvoir mais pour le faire craindre pour les personnages. Dans sa deuxième partie, c’est sur l’instinct qui pousse l’humain à se venger, à faire subir à son agresseur les mêmes sévices qu’il nous avait fait subir. La victime devient pour le coup tout aussi violent et immoral que son agresseur, surtout lorsque dans le film, cette vengeance se situera dans le foyer de l’agresseur, ajoutant à la liste des victimes la femme et la fille d’Illya qui n’y sont pour rien. Et cette vengeance qui anime le personnage de Chris lui parasite le cerveau jusqu’au moment où l’inévitable arrive, lorsque la colère s’ajoute à cet état de presque transe que lui procure ce besoin de vengeance, et qu’il prend conscience de ses actes et se rend compte qu’il ne vaut pas mieux que celui dont il voulait se venger. Un moment extrêmement fort, un plan fixe sans coupe de 2min30 où les émotions retombent en même temps qu’elles atteignent leur paroxysme. Je sais, exprimé comme ça, ça ne veut rien dire, mais c’est pourtant ce qu’on ressent.

LES PLUSLES MOINS
♥ La mise en scène simple
♥ Le casting
♥ Bonne gestion de la tension
⊗ Assez prévisible
Sous ses airs de Rape and Revenge lambda, Landmine Goes Click est un film extrêmement fort. Ce genre de film qui vous trotte dans la tête de longs jours durant, qu’on l’aime ou non. Une belle réussite.



Titre : Landmine Goes Click
Année : 2015
Durée : 1h45
Origine : Georgie
Genre : To Click or not to Click
Réalisateur : Levan Bakhia
Scénario : Levan Bakhia, Adian Colussi, Lloyd S. Wagner

Acteurs : Sterling Knight, Spencer Locke, Kote Tolordava, Dean Geyer, Giorgi Tsaava, Helen Nelson, Nana Kiknadze

 Landmine Goes Click (2015) on IMDb











A propos de Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

5 Comments

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  1. Un chef d’œuvre absolu de tension, sadisme et désespoir. Le plan final mérite de rentrer dans l’histoire du cinéma par sa violence, son désespoir, le néant de ténèbres dans lequel il plonge le spectateur. Incroyable.

    1. Entièrement d’accord. En plus ce plan semble interminable (2min30 je crois) et accentue le malaise, aussi bien celui du personnage que le notre.

  2. Celui-là il me le faut pour le voir prochainement !

  3. C’est sûr que par chez nous, le cinéma Géorgien n’est pas le plus représenté !
    Pourtant, ce film semble avoir quelque chose à dire, et proposer une vraie expérience !
    Un film à voir avant que des requins d’Hollywood ne tombent dessus et en fassent un remake navrant ! (remember Morse…)

  4. Pas de remake prévu pour le moment. « Ouf » j’ai envie de dire ^_^

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