[Film] Scare Campaign, de Cameron et Colin Cairnes (2016)


Scare Campaign est une émission de caméra cachée horrifique populaire, mais la concurrence fait rage et les producteurs pensent qu’il est temps d’aller plus loin dans la peur. Cependant, les nouvelles émissions en provenance d’internet ont l’air de réellement attaquer leurs victimes…


Avis de Cherycok :
Ah que j’aime le cinéma de genre australien. Je le dis à chaque fois mais il a une saveur particulière qui lui donne un cachet indéniable. Même lorsque les films sont juste bons sans non plus être des chefs d’œuvres du genre, je ressors content du visionnage et on peut compter sur eux pour faire vivre le cinéma horrifique de bien plus belle manière que les machins formatés qui sortent dans les salles obscures chez nous et qui pensent, à tort, qu’il faut absolument faire sursauter le spectateur ou nous montrer du gore sadique à outrance pour être intéressants. Et ça tombe bien parce que, ah ah, Scare Campaign, en plus de s’attaquer aux dérives de la TV Réalité, se moque gentiment des found footages et des torture porn. Et le pire dans tout ça, c’est qu’il fait ça de manière intelligente malgré, il faut l’avouer, une direction scénaristique qui ne plaira pas forcément à tout le monde. Alors si vous avez envie de voir un petit slasher bien fichu, prenant, qui ne pète pas plus haut que son cul, vous êtes au bon endroit.

Tout d’abord, que ceux qui seraient intéressés par ce deuxième film des réalisateurs du très sympathique 100 Bloody Acres (2012), arrêtez de lire cette chronique, elle pourrait contenir des spoilers qui, sans réellement gâcher le visionnage, rendraient certaines scènes bien moins efficaces.
Encore un truc sur le no limit de la télé-réalité et les dérives de la télévision pourrait-on se dire, sur le « toujours plus d’audience pour toujours plus de pognon », … C’est vrai quelque part, d’autant plus que le film en rajoute une couche avec ce « toujours plus » qui apparait également sur la toile, avec ces vidéos de décapitation mises sur les réseaux sociaux et le nombre incalculable de vues qu’elles génèrent, … C’est certes du déjà vu sauf que les frères Cairnes abordent le sujet de manière bien plus intelligente et bien moins lourde qu’à l’accoutumée. Ils vont jouer avec le spectateur, leur faire le coup de l’arroseur arrosé en nous mettant volontairement sur la voix, nous balancer un twist que finalement on attendait, puis un deuxième, qu’on attendait lui bien moins, instaurant du coup un climat de méfiance (sans aucune connotation péjorative) de telle sorte que, jusqu’à l’arrivée du générique de fin, on se pose la question « Et s’il n’y avait pas encore un autre piège dans le piège ? Est-ce qu’ils ne sont pas encore en train de nous la mettre à l’envers ? ». Et du coup un parallèle avec les personnages du film s’installe car au final, nous sommes dans le même cas qu’eux, à tel point qu’on finit le film rempli des mêmes sentiments qu’un des personnages principaux, l’air satisfait (même si le sort qui lui est réservé est bien plus funeste que le nôtre), le sourire aux lèvres.

Pourtant cette fin a de quoi laisser dubitatif, la direction que prend le scénario a le cul entre deux chaises. Pourquoi ne pas avoir joué à fond la carte de la supercherie et, qu’en fait, à la fin, personne n’est mort et tout ça c’était qu’une vaste blague très bien organisée ? Ou encore pourquoi, à l’inverse, ne pas avoir joué la carte de la victime qui rentre dans une folie meurtrière ? Je ne dis pas par-là que le choix des deux réalisateurs australiens est mauvais, mais il aurait eu plus d’impact s’ils avaient été jusqu’au bout des choses.
Néanmoins, les frères Cairnes s’en sortent avec les honneurs, compensant le manque de budget par une grande ingéniosité. La mise en scène est bonne, avec une jolie photographie, de jolis mouvements de caméra et une belle visibilité de ce qui se passe à l’écran même lors des scènes sombres. Et comme pour leur premier film, on note un goût certain pour les effets spéciaux à l’ancienne avec tout ce que cela comporte de latex, prothèses et litres de faux sang, et ça, ça fait plaisir. En résulte des effets gores très réussis : tête transpercées ou coupées en deux, égorgement, éventrement avec flot d’intestins à la clé, le tout sous forme d’hommage à ces effets spéciaux old school puisque, furtivement lors d’une scène, on peut apercevoir sur un ordinateur une icône représentant la tête de Tom Savini, le spécialiste du genre. Mention spéciale pour le délire sur ces méchants semblant sortir du groupe de métal Slipknot avec leurs caméras fusionnées avec des armes : caméra scie circulaire, caméra tronçonneuse, caméra hache, caméra faucille, … en profitant par la même occasion pour réunir les codes du cinéma d’horreur old school (toute la première partie, basée beaucoup sur l’ambiance) et ceux d’aujourd’hui (basés beaucoup sur le visuel).

LES PLUSLES MOINS
♥ Les effets gores
♥ Le jeu avec le spectateur
♥ La mise en scène
⊗ Ne va pas assez au bout
Même si l’humour est moins prononcé que dans leur premier film 100 Bloody Acres, les frères Cairne proposent avec Scare Campaign une bonne petite bobine horrifique, à la fois tendue, prenante et intelligente.



Titre : Scare Campaign
Année : 2016
Durée : 1h20
Origine : Australie
Genre : L’arroseur arrosé
Réalisateur : Cameron Cairnes, Colin Cairnes
Scénario : Cameron Cairnes, Colin Cairnes

Acteurs : Meegan Warner, Ian Meadows, Olivia DeJonge, Josh Quong Tart, Patrick Harvey, Cassandra Magrath, Steve Mouzakis, John Brumpton

 Scare Campaign (2016) on IMDb



















A propos de Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n’ayant que peu d’atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

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