[Film] Hellraiser, de Clive Barker (1987)

Larry et Julia emménagent dans la maison de l’oncle Franck, qui a disparu il y a 10 ans. En fait, il a ouvert les portes de l’enfer et il est mort. Mais Larry s’écorche et le sang qui coule au sol permet à Franck de revivre. Il a besoin de plus de sang pour se reconstituer. Julia va l’aider mais Kirsty, la fille de Larry, va remarquer les actes bizarres de Julia.


Avis de Rick :
Hellraiser et moi, c’est une longue histoire d’amour, et sans doute un traumatisme de jeunesse également. Oui, très jeune, grâce (à cause ?) de ma mère, j’aurais vu quelques films que mon jeune âge n’aurait jamais du me permettre de voir. Et si j’avais vu Une Nuit en Enfer à 12 ans sur Canal + alors qu’il était interdit aux moins de 16 ans, j’avais déjà vu The Thing, Evil Dead, Orange Mécanique, et Hellraiser donc ! Une saga qui du coup à une place particulière dans mon coeur, malgré la qualité plus que bancale de l’ensemble passé le second film. Et pour une raison étrange, pour cet Halloween 2017, beaucoup de personnes sur Youtube se sont fait un marathon Hellraiser, donnant des vidéos parfois courtes et amusantes, et parfois un triste constat : qu’est ce qui a mal tourné avec Hellraiser ? Une saga qui avait un méchant iconique et peu présent (et du coup marquant ?), un univers totalement à part comparé aux autres métrages horrifiques de la même période, un génie à l’imagination glauque à la base de tout – Clive Barker -, une saga au gore bien méchant et surtout sérieux, pour au final sans doute une des sagas les plus faibles du cinéma d’horreur, malgré un début en fanfare.

Du coup oui, petit à petit, je vais me refaire les Hellraiser (pour certains, les subir), et Pinhead va envahir le site tous les samedi ! 1987 donc, la naissance d’Hellraiser au cinéma, par Clive Barker, adaptant ainsi lui-même son roman The Hellbound Heart. Remettons nous dans le contexte de l’époque. 1987, le slasher a explosé, est partout, mais s’épuise fortement. Vendredi 13 en est à son septième opus, Freddy à son troisième seulement mais le quatrième est en route, Halloween et Michael Myers font leur retour avec le quatrième opus. Le monde horrifique ne brille pas forcément d’une grande originalité. Et tout à coup, Clive Barker débarque avec Hellraiser (en 1988 en France). Clive Barker aura d’ailleurs déjà tenté d’écrire pour le cinéma dés 1985, mais ça aura donné des scénarios souvent réécrits par la production et des oeuvres que l’on qualifiera de nanars en étant gentils (RawHead Rex de George Pavlou, qui a pourtant un petit culte et un Blu-Ray en Amérique). Pas question donc de perdre le contrôle, Clive Barker écrit, et s’occupe lui-même de la mise en scène, en Angleterre, avec un budget réduit de 1 million de dollars. Pas de tueurs masqués, pas de jeunes cons en mode slasher, non, Hellraiser est de l’horreur sérieuse et pour adultes, avec des personnages adultes, et une boite ouvrant littéralement les portes de l’enfer, du plaisir et de la souffrance simultanés. En résulte un film à l’ambiance glauque, originale, malsaine et prenante.

Hellraiser donc, même si un des personnages, la charmante Kirsty jouée par Ashley Lawrence, est une jeune adulte, est un film mettant en scène des personnages plus âgés que la moyenne. L’histoire est simple. Larry et Julia emménagent dans une vieille maison en Angleterre. Larry a une fille (Kirsty donc), et Julia a le rôle de la méchante belle mère un peu froide. Et dans la fameuse maison, l’oncle de Kirsty, Franck est mort quelques temps plus tôt. La première force d’Hellraiser, ce sera son ambiance, glauque et sans concessions, si ce n’est quelques coupes imposées par la censure de l’époque pour que le film ne se tape pas un classement X. Car Hellraiser va loin dans le gore, contient du sexe, et n’a pas été enrobé dans une ambiance fun pour plaire au jeune public non. Il baigne dans une ambiance visuelle froide, glauque, malsaine, et qui parvient même par instant à mettre mal à l’aise. Autant par le contexte des scènes que par les thèmes adultes abordés par le métrage.

Car outre une cellule familiale qui ne fonctionne pas entre Larry, sa nouvelle femme Julia et sa fille Kirsty, Barker ajoute l’oncle Franck, qui est finalement au coeur du récit et amenant l’élément déclencheur, puisque tué par des démons, les cénobites, lors de l’ouverture d’une boite maléfique, et revenant à la vie grâce à du sang. Mais il revient comme macchabé, sans nerfs, sans peau, et il va lui falloir plus de sang pour se reconstituer. Son retour va mettre en avant la relation hautement sexuelle qu’il avait avec Julia, qui va alors tuer pour lui redonner forme humaine. Hellraiser prend alors la forme d’un quasi huis clos étouffant dans cette vieille maison, avec un cadavre encore en vie reprenant forme dans le grenier, une amante psychopathe à l’étage, et le pauvre Larry qui ne se doute de rien. Ce que Hellraiser fait bien dés le départ, c’est nous présenter des personnages certes plutôt simples sur le papier, mais qui ont au moins une raison d’agir, un ton adulte, des motivations. Barker d’ailleurs a fait de très bons choix de casting, entre la mignonne et craquante Ashley Lawrence pour Kirsty, Andrew Robinson (L’inspecteur Harry) pour le gentil Larry, et surtout Clare Higgins pour Julia, révélation du film, et surtout un personnage que l’on aime détester.

Mais ce qui aura totalement marqué les esprits dans Hellraiser, outre son ambiance malsaine et son ton clairement adulte, ce sera sa galerie de monstres, les cénobites, et donc surtout Pinhead, joué par Doug Bradley, peu présent, mais marquant le film de son emprunte, et devenant incontournable, à tel point qu’il sera sur la pochette, se trouvera son nom dans le second opus (il est juste crédite comme étant le chef des cénobites ici), et sera ensuite sur la pochette de tous les films de la saga. Ici, ces apparitions tardent à arriver, puisqu’il n’est clairement pas au coeur de l’intrigue, qui est clairement l’histoire de Julia et de Franck. Il apparaît donc comme un personnage mystérieux, envoutant de par son style et son look, aux phrases qui marquent, donnant une image aux thèmes du film : le plaisir et la souffrance. Les autres cénobites sont tout aussi réussis, mais clairement moins marquants, sans doute car moins bavards et donc moins mis en avant. En terme d’ambiance, de personnages, et même d’histoire, Hellraiser a assez d’atouts dans sa poche pour marquer le spectateurs, ce qu’il a fait. Et Barker ne se prive pas pour aller assez loin visuellement, tant que le budget lui permet bien entendu. Les séquences gores sont assez nombreuses, et surtout très bien faites. Franck sans peau avec la chair apparente, les cadavres liquéfiés, les cénobites, les nombreux plans de chaînes rentrant dans la chair, les effets ont de la gueule, et certaines scènes marquantes, comme la renaissance de Franck, qui se reconstitue petit à petit sous nos yeux, et qui va avoir besoin de sang pour revivre normalement, faisant quelque peu penser au mythe du vampire, mais en plus violent. Et surprise, à quelques moments, Barker parvient à jouer sur l’ambiance, et à la faire peser sur les personnages et les spectateurs, en jouant sur l’attente, comme cette scène se déroulant lors d’une nuit d’orage, et où Franck est caché dans la maison tandis que Julia essaye de cacher sa présence à Larry. Des moments comme ça, où Barker joue habilement avec nos nerfs, aidé par la partition musicale réussie de Christopher Young, il y en a pas mal, et Hellraiser, malgré quelques défauts (ça reste un tout petit budget, parfois cela s’en ressent), notamment avec le personnage du clochard finalement peu utile, reste une oeuvre forte, iconique, une expérience. On adore ou on déteste, mais on ne peut renier l’originalité du film. Et vu la suite de la saga, on aurait presque préféré que Hellraiser soit un film unique. Presque car Hellraiser 2 reste très bon et supervisé par Barker, mais ça, on en reparlera samedi prochain !

LES PLUSLES MOINS
♥ Les cénobites
♥ L’ambiance glauque
♥ Un univers incroyable
⊗ Quelques éléments un peu vieillots
⊗ Le clochard, utile ?
note8
Hellraiser est donc un film déroutant, profondément original, choquant, mythologique, et allant au bout de ses idées, ce que le cinéma de genre a du mal à faire de nos jours. Un film culte à mes yeux, et un grand film.



Titre : Hellraiser – Hellraiser le Pacte

Année : 1987
Durée :
1h33
Origine :
Angleterre
Genre :
Horreur
Réalisation : 
Clive Barker
Scénario : 
Clive Barker
Avec :
Ashley Lawrence, Andrew Robinson, Doug Bradley, Clare Higgins, Sean Chapman

 Hellraiser (1987) on IMDb


Galerie d’images :

A propos de Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Homme de mauvais goût, il peut autant apprécier un film réalisé par Scorsese, Leone, Carpenter, Refn ou Cronenberg avant de plonger dans les films de Franco, Rollin ou Corman.

4 Comments

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  1. Rick, comment veux-tu que je ne commente pas si tu critiques des films comme Hellraiser, fatalement tu cherches là ^^

    Une tuerie totale, un vrai classique!
    Je prends un sacre plaisir aux 2 premières séquelles, le 2 est hyper barré et a également une ambiance de fou, le 3 est une perle de fun et gore, le meilleur film d’Anthony Hickox selon moi après son chef d’oeuvre Waxwork!! 😉

    Hellraiser et du Florentine devant un bon café, merci de bien me faire commencer le week-end les copains!

  2. Je me doutais que tu te jetterais dessus, même si Hellraiser reste du « fantastique » à part de par son imagerie et son gore bien crade et pas rigolo du tout (je crois par exemple que Evil Dead 2, c’était la même année, pour sortir un autre titre qui allait à contre courant de la mode des slashers vieillissante).
    Hellraiser est avec Hardware de Richard Stanley le film de genre que j’ai eu dans le plus d’éditions différentes : vhs, dvd français, dvd anglais, coffret trilogie anglais, coffret italien Blu-Ray).
    Généralement quand je regarde le premier, je regarde le second, ils vont totalement ensembles, continuité de la même narration. Et le 2 en non censuré (inédit en France) et surtout sacrément gore, pour le coup je comprend les coupes de la censure à l’époque (bon pas toute, ils avaient coupés des scènes importantes pour la narration mais j’y reviendrais dans ma critique samedi prochain). Par contre le 3, rien à faire, ça coince. Il n’est pas mauvais techniquement, mais il n’a pour moi rien compris à l’univers et je vais le descendre (alors que j’aime Waxwork 1, 2 et même Warlock 2 de Hickox).

  3. Clairement, le 3 n’en a plus rien à foutre de l’univers, ils n’ont gardé que l’aspect horrifique et ils ont appuyé sur le champignon. J’avoue que ça me dérange pas pour le coup, le 2 a déjà réussi l’exploit remarquable d’être aussi barré que le premier et d’en avoir hyper bien étendu l’univers. Le 3, plutôt que de se planter à creuser l’univers une 3ème fois, ils partent sur du plus classique mais ils ne font pas un simple slasher plat avec Pinhead, ils font un gros film horrifique bien musclé et ultra fun. Je suis client à fond.

    Je t’avoue que même avec ses défauts et sa production chaotique, j’aime bien le 4 (Bloodline), les 3 partis bien distinctes proposent des choses qui m’intéressent. Les 4 suites suivantes sont toutes nazes par contre, j’ai pas voulu voir le 9ème (Revelations), c’est devenu terriblement triste cette saga.

    Mais bon, là tu chroniques le 1èer, alors ceux qui ne l’ont pas vu : à voir de TOUTE URGENCE, une vraie perle du genre!!

    Très bonne critique Rick 😉

  4. Étant fan de l’univers sombre et glauque des deux premiers, le 3 ne passe pas du tout pour moi. Je l’ai (coffret trilogie) mais je ne le regarde plus. Je trouve les nouveaux cénobites cons, l’ambiance avec explosions dans les rues et tout ne marche pas à mes yeux. Il y a quelques bonnes scènes, prise à part le massacre de la boite de nuit est fun, mais je n’aime pas du tout le film.

    Le 4 j’adore la première partie, la seconde passe, mais la partie SF je la trouve d’un ridicule improbable. Les suites DTV ensuite, je crache totalement sur les 7 et 8 (Deader et Hellworld), mais Inferno (le 5) a une mise en scène sympatoche et le 6 (Hellseeker) quelques bons moments. Revelations je l’ai vu mais bon…. c’est….. plus que nul!
    Oui, là le premier, samedi prochain le 2, et ainsi de suite.

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