[Film] Godzilla: Final Wars, de Kitamura Ryuhei (2004)

Depuis les premières apparitions de monstres géants, la Terre s’est dotée d’une force armée spécialement entraînée pour lutter contre cette nouvelle menace, dont le fer de lance est une équipe de mutants. Un jour cependant, diverses créatures attaquent de façon simultanée les grandes capitales et l’armée se retrouve totalement dépassée. Un vaisseau spatial apparaît alors et fait disparaître tous les monstres. À son bord, des extraterrestres de la planète X qui viennent prévenir les terriens qu’une comète géante est sur le point de rentrer en collision avec la Terre. Godzilla, libéré de sa prison de glace, n’a d’autres choix que d’affronter les aliens mais un ennemi plus fort que tous les autres apparaît sur Terre: Monster X, qui deviendra Keizer Ghidorah. Godzilla doit stopper le dragon tricéphale ainsi que le météore.


Avis de Rick :
Les 50 ans de Godzilla ne sont pas ce qu’ils devaient être. Dans un premier temps, après Godzilla vs Destoroyah, la Toho décida de stopper les films Godzilla durant 10 ans pour livrer un retour en film anniversaire pour les 50 ans, laissant ainsi le temps aux Américains de faire une trilogie. Sauf que Godzilla de Roland Emmerich en 1998 ne fut pas le succès attendu, fut très critiqué par les fans, et les suites ne virent jamais le jour. Au lieu d’attendre 2004, la Toho lança dés 1999 Godzilla 2000 pour faire oublier aux fans ce qu’était devenu Godzilla en Amérique. Au rythme d’un épisode par an, nous arrivons finalement en 2004. Et durant ces 6 années, il faut avouer que Godzilla a été modernisé, mélangeant ainsi les anciennes techniques avec de nouvelles, et ça fonctionnait. Les trois derniers opus étaient d’excellents Kaiju Eiga (GMK, Godzilla X MechaGodzilla et Godzilla Tokyo SOS). Et donc, pour cet anniversaire ? La Toho se tourne vers un réalisateur que personne n’attendait, à savoir Kitamura Ryuhei. Seulement 4 ans que le bonhomme s’était fait connaître avec Versus, et le voilà à la tête d’un opus ambitieux de la saga, celui devant rendre hommage à 50 ans de destructions, à 50 ans de combats de monstres géants. Le 28ème opus de la saga. Et malheureusement, Kitamura va injecter dans le métrage son propre style. Ce qui est, de base, la meilleure idée possible, permettre à un réalisateur qui a un style bien établit de s’approprier un univers pour nous offrir quelque chose de nouveau. Le souci, c’est que Kitamura n’était pas l’homme de la situation, et qu’il amène les nombreux défauts de son cinéma dans Final Wars. Car comme souvent, Kitamura sait filmer, livre quelques bons plans, quelques excellentes scènes, mais à côté remplit du vide par des dialogues vides et des personnages poseurs pour pas grand-chose. Malédiction ! Autant dire que le film ne tient pas toutes ces promesses, et qu’encore une fois, Kitamura dépasse la barre des 2h de métrage. Oui, comme pour Versus et Azumi, films souffrant de longueurs.

Et pourtant, j’ai voulu y croire au début, avec cette scène d’ouverture où les humains affrontent Godzilla. On retrouve notre fameux monstre, son costume, mais plus souple ce coup-ci. Costumes, maquettes, quelques effets numériques pas trop mal, et Godzilla se fait emprisonner dans la glace. Le film reprend alors bien des années plus tard, alors que le Japon a mit en place le centre de défense G pour affronter la possibilité d’arrivée de monstres géants. Et on comprend immédiatement que le film ne prend pas la bonne direction. Surtout après les 3 précédents excellents opus, qui parvenaient à mixer combats de monstres, moments poétiques, personnages humains plutôt intéressants et mise en scène dynamique. Dans Godzilla Final Wars, adieu la poésie, adieu les personnages intéressants, et adieu la mise en scène dynamique, nous passons à du Kitamura pur et dur. C’est-à-dire bonjour les personnages qui prennent la pose en étant habillés de manteau en cuir noir, bonjour les scènes de combats à mains nues, bonjour les courses poursuites en moto ou autres véhicules, bonjour les longueurs et scènes de dialogues inutiles et interminables. Dès la cinquième minute, on comprend que l’on se retrouve devant un Godzilla pas comme les autres, avec une scène de baston dans le style Matrix, avec ralentis, caméra tournant autour des personnages à 360°. Moui… Pourquoi pas, si Kitamura avait su gérer son rythme et au moins dire adieu à certains de ses tics. Ce qu’il ne fait pas, n’en faisant qu’à sa tête et en restant le sale gosse qu’il est.

Ce qui est amusant au final, c’est de constater le fossé entre le style Kitamura présent lors de 80% du métrage et les 20% restants où Kitamura rend hommage à Godzilla pour de vrai, mais surtout à la première période de sa carrière, dans les années 60 notamment. Et le mélange des deux ne fonctionne pas vraiment. On se retrouve donc face à des monstres en costumes un peu kitch qui explosent des maquettes, avant des combats entre humains et des courses poursuites blindées de moments poseurs et de CGI plutôt dégueulasses. Et comme souvent, Kitamura sombre dans les longueurs. On nous promet Godzilla ainsi que plein de monstres, et pourtant… et pourtant, les monstres, nous les voyons 2 minutes au début d’une invasion extra-terrestre, puis il faudra attendre 1h de métrage pour les revoir. Notre fameux Godzilla, passé la scène d’ouverture, il faut attendre 1h10 montre en mains pour que son nom soit tout simplement prononcé de nouveau, et que les humains se décident à le réveiller. Durant la première heure, nous aurons des moments débiles, des moments plutôt laids, c’est crétin, long, pas intéressant, on a du combat à mains nues, une course poursuite en moto, des acteurs qui jouent hyper mal. Et puis merde, comment prendre au sérieux cette intrigue un peu ridicule avec ces aliens habillés en cuir dont le méchant s’énerve comme un gosse de 5 ans lorsqu’il perd face à des héros en tenue en plastique qui prenne la pose sans arrêt ? Car Kitamura filme le tout sérieusement, on sent qu’il y croit, même lorsqu’il nous filme Le fils de Godzilla, sans doute le personnage que j’aime le moins de toute la saga.

Heureusement, dans la seconde heure, Godzilla Final Wars arrive par moment à nous offrir ce que l’on attendait de lui, même si encore on se sent parfois trompé. Oui le film nous propose une réunion de monstres impressionnante, puisque l’on aura Gigan, King Seesar, Anguirus, Rodan, Mothra, King Ghidorah et tellement d’autres. Mais d’un autre côté, 90% des monstres ne semblent être là que pour le fan service et ils disparaissent du métrage aussi rapidement qu’ils sont arrivés pour laisser de nouveau la place à ce qui intéresse Kitamura : de l’action, des aliens, du cuir, tout ça. Il ira même nous faire des batailles en CGI assez immondes venant nous rappeler Independence Day, il fallait oser. On ne sait pas vraiment comment prendre ce film anniversaire, puisqu’il a en mains toutes les cartes pour plaire, mais semble ne pas savoir comment les utiliser. Quelques combats sont funs, revoir Mothra fait toujours plaisir, la musique signée Keith Emerson (Inferno) et Morino Nobuhiko (Versus et la plupart des films de Kitamura) est de très bonne facture et parvient à dynamiser quelques séquences molles (oh exploit). Mais Kitamura contrebalance ça par des combats vîtes ellipses, par son style habituel, par une première heure archi loooooooooongue, par le fils de Godzilla. Et face au sérieux et surtout à la réussite des trois opus précédents, on ne peut s’empêcher de penser que Final Wars est le pire Godzilla depuis Godzilla vs SpaceGodzilla, datant de 1994 tout de même… Ou peut-être Godzilla vs Megaguirus en 2001, j’hésite en fait.

LES PLUSLES MOINS
♥ Pleins de Kaiju
♥ La deuxième heure se bouge enfin
♥ Quelques moments réussis
⊗ Des longueurs
⊗ Des dialogues inutiles
⊗ Les personnages humains
⊗ La première heure
⊗ Le style Kitamura
note8
Kitamura livre l’opus anniversaire de la saga, et ce n’est pas très glorieux. Quelques moments forcément plairont aux fans, mais nous avons plus de Kitamura (des longueurs, des moments poseurs, du vide) que de Godzilla (les monstres géants).



Titre : Godzilla Final Wars – ゴジラ ファイナルウォーズ – Gojira: Fainaru Wōzu

Année : 2004
Durée :
2h05
Origine :
Japon
Genre :
Kaiju Eiga
Réalisation : 
Kitamura Ryuhei
Scénario : 
Kiriyama Isao, Kitamura Ryuhei, Mura Wataru, Tomiyama Shogo
Avec :
Matsuoka Masahiro, Kikukawa Rei, Takarada Akira et Kosugi Kane

 Godzilla: Final Wars (2004) on IMDb


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A propos de Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Homme de mauvais goût, il peut autant apprécier un film réalisé par Scorsese, Leone, Carpenter, Refn ou Cronenberg avant de plonger dans les films de Franco, Rollin ou Corman.

12 Comments

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  1. Je repense à « versus »…. l’arnaque totale pour moi.

  2. Je l’ai revu il y a peu Versus…. ce fut une expérience assez…. longue et chiante au final, malgré quelques bons moments.

  3. Ce qui est bizarre avec versus c’est qu’on peut aimer ou pas un film… ça pas de soucis. Par contre certaines critiques disaient que le rythme était trépidant, et d’autre que c’était lent. Là j’avoue que j’était perdu, au final je me range du coté de ceux qui pensent que c’est lent!!!!

  4. C’est ça, c’est amusant d’ailleurs de voir les avis des critiques derrière le dvd français. « Jouissif » « Film Culte » « Kitamura montre qu’il possède l’étoffe d’un grand réalisateur » « Non-Stop Action ».
    Parfois je me dis que je ne vois pas les mêmes films que les critiques…
    Perso Versus oui c’est assez lent, t’as deux scènes d’action puis 20 minutes de blabla inutile. Je pense que l’effet Versus, c’est surtout que c’était le début des années 2000, que les films asiatiques commençaient à vraiment débarquer, et donc à part Kitano, Jackie Chan et Battle Royale, les critiques et le grand public ne connaissaient pas du tout. Du coup Versus c’était totalement fou pour eux.

  5. bha encore « film de ouf »…. si il y en as qui aiment je veux bien.
    Mais « Non-Stop Action », la je ne comprends pas…

    Peut être comme tu dis….

  6. J’ai vu Versus et j’avait trouvé ca complètement fou mais c’était début 2000 voir 2000 et j’avais jamais vu de Miike de Sono Sion de Stephen Chow de girls with gun…
    Si je me le refait ca risque d’être un choc mais un choc bien diffèrent.
    http://www.cinemapassion.com/covers_temp/covers3/Versus_l_ultime_guerrier-13120219042008.jpg

  7. Jinchu : Ouais non stop action, je ne capte pas non plus…

    Feroner : Voilà c’est un peu ça, à l’époque c’était presque « nouveau » on pourra dire. Donc conseil, ne le retente pas, ne fait pas comme moi, les 2h te sembleront un peu pénibles même par moment. Ce n’est pas si drôle que ça, et même au final pas si fou que ça.
    D’ailleurs apparemment, les derniers Sono Sion sont bons et il s’est enfin calmé sur le nombre de films par an, je vais peut-être me replonger dans son oeuvre du coup.

  8. VERSUS j’étais allé jusqu’au ciné pour le voir ! Quelle horreur… Je l’ai revu récemment, et ça passe toujours pas.

  9. Juste pour toi Oli, j’ai posté ma récente critique de VERSUS que j’ai écris il y a genre un mois 😉
    Par contre au ciné, ça devait être… pénible. Le genre de film qui donne mal au cul et où tu changes de position toutes les 4 minutes par ennui. Moi c’était vraiment quand c’est sorti en DVD, un peu au pif à la pochette.

  10. Godzilla vs Destroyah (1995) pour la prochaine review ?

    1. Pourquoi pas, je l’aime beaucoup celui-là, et je l’ai revu en HD il y a à peine une semaine 🙂 

  11. Personnellement, j’ai vu les deux films en salle, et la bonne humeur ambiante m’avait permis de passer un bon moment, par contre en dvd j’imagine qu’on doit être plus alerte devant les défauts.

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