[Film] Le Dernier Monde Cannibale, de Ruggero Deodato (1977)

Sur l’île de Mindanao, en 1975, trois hommes et une femme échouent en avion. Attaqués par les indigènes, deux d’entre eux sont tués. Rowland et Harper s’enfuient. Le premier disparaît dans les rapides, le second est fait prisonnier par une tribu d’anthropophages.


Avis de Rick :
Beaucoup moins connu que Cannibal Holocaust, Le Dernier Monde Cannibale était la première incursion de son réalisateur, Ruggero Deodato, dans le film de cannibale. On peut ainsi voir le métrage comme un brouillon de ce que deviendra trois ans plus tard Cannibal Holocaust. Un brouillon certes, mais néanmoins suffisamment différent dans ses thèmes et dans son message pour interpeler l’amateur. Eli Roth d’ailleurs en signant The Green Inferno en 2013 ne rendra pas seulement hommage à Cannibal Holocaust, mais également à ce film, en reprenant certaines idées, mais également certaines scènes (les fourmies), parfois en moins réussies. Débarquant donc en 1977, Ruggero Deodato fait des choix osés. Prévu au départ pour être une suite à un film de Umberto Lenzi de 1972 qu’il réaliserait lui-même, Deodato reprend le projet après quelques différents, et se lance dans l’aventure. Et à l’heure où les maîtres du cinéma de genre Italiens ont un sens visuel très fort et clairement cinématographique (Argento, Bava, Fulci), Deodato lui se lance dans l’aventure du cinéma réalité. Le Dernier Monde Cannibale prend ainsi dès les premiers instants des aspects documentaires.

Le procédé n’est bien entendu pas aussi poussé ni maîtrisé que dans Cannibal Holocaust, mais le propos étant différent, cette première incursion reste intéressante. Ainsi, après un crash d’avion, quatre personnes se retrouvent perdues dans la jungle, dans l’enfer vert. Deodato se fait parfois méchants envers ses personnages, se débarrassant rapidement d’eux pour se focaliser sur un unique survivant. Rien d’étonnant, puisque le Dernier Monde Cannibale se fait long, et prend des apparences de survival. Capturé, le métrage va nous montrer sans détour le calvaire qu’il va vivre. Enfermé, maltraité, il assistera de manière frontale aux rites et aux croyances de ce peuple cannibale. Comme pour Cannibal Holocaust, la violence est donc clairement visuellement, clairement montrée, que cela concerne les humains ou les animaux. Pas de tortues ou de pauvres bêtes innocentes ici, mais un crocodile seulement. Des images restant choc malgré tout, mais s’inscrivant néanmoins dans une certaine logique par rapport au sujet du métrage et du peuple qu’il nous présente.

Le métrage nous invite longuement à suivre le quotidien de la tribu, puis l’évasion du personnage en compagnie d’une jeune femme (Me Me Lai) qu’il capture, mais qui finalement, le suivra partout. Le Dernier Monde Cannibale, c’est une plongée dans l’enfer, un récit nous montrant un homme civilisé retrouver sa part animale, sa bestialité, pour survivre dans un environnement qui n’est pas du tout le sien. Des scènes dures, un propos intéressant, une plongée dans la jungle réussie vu le minuscule budget, mais un film néanmoins loin d’être parfait malgré toutes ces scènes fortes et son ambiance qui ne nous quitte jamais. Ceux voulant uniquement du gore et se moquant clairement de l’ambiance et de l’immersion seront clairement déçus, puisqu’au final, les scènes vraiment gore arrivent lors du final, le reste n’étant que coutumes et survie. Malgré le budget serré, si Deodato parvient à créer l’illusion, certains inserts semblent également trop voyants. Mais on lui pardonnera ces quelques défauts vu l’expérience proposée, et l’investissement impressionnant et sans faille de Massimo Foschi, passant tout de même une heure de métrage tout nu. Une très bonne entrée en la matière de Deodato.

LES PLUSLES MOINS
♥ Massimo Foschi crédible dans son rôle
♥ Un climat oppressant
♥ Un film intéressant
♥ Du gore tardif mais impressionnant
⊗ Un budget très serré
Les pauvres animaux, même si moins atroce que CH
Malgré quelques menus défauts, Le Dernier Monde Cannibale se montre intéressant en plus d’être les prémisses de Cannibal Holocaust.



Titre : Le Dernier Monde Cannibale / Ultimo mondo cannibale
Année : 1977
Durée : 1h28
Origine : Italie
Genre : Cannibales
Réalisateur : Ruggero Deodato
Scénario : Giorgio Carlo Rossi, Renzo Genta, Gianfranco Clerici, Tito Carpi

Avec : Massimo Foschi, Ivan Rassimov, Me Me Lai, Shiek Razak Shikur, Judy Rosly, Suleiman, Shamsi, William Kiehl

 Le dernier monde cannibale (1977) on IMDb
















A propos de Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

9 Comments

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  1. Rick, tu peux chroniquer des films qui ne m’intéressent pas stp, ma femme va encore se plaindre que je passe trop de temps devant mon pc 😉
    Manque plus que Cherycok chronique un Terence Hill/Bud Specner et là je suis mort!

    J’adore, après Cannibal holocaust, mon film de cannibales favori.
    Je préfère les films d’Umberto Lenzi à ceux de Deodato hormis dans le genre cannibales où Deodato est vraiment le boss!!

  2. Ben vu que j’essaie de m’en faire un de temps en temps, possible qu’il y en ait un qui surgisse prochainement ^_^

  3. Bientôt on va dire que c’est de notre faute ^^
    Deodato n’a pas vraiment fait grand-chose d’intéressant en dehors de ces deux films majeurs je trouve. Après Lenzi, bon il a fait beaucoup de nanars (navets), il y en a certains que j’aime bien, notamment certains giallos dans les années 70, et dans les années 80 j’ai une certaine sympathie pour Ghosthouse (avec la gamine et le clown)?

  4. Deodato il a fait un troisième film où il y a des cannibales, Amazonia la jungle blanche, très sympa même si moins fort que les 2 autres, un de ses film préférés est le polar Live like a man, die like a cop; sympa mais passé la superbe poursuite à moto de départ, le film est moins trépidant. Il a aussi réalisé un très bon post-nuke, Les prédateurs du futur, super rythmé. J’aime bien sa copie des slashers U.S. (Body count). Après j’aime pas sa Maison au fond du parc et Les barbarians j’accroche plus du tout (au contraire de Kalidor par exemple que je revois toujours avec plaisir).

    Lenzi, là on enquille du très bon et du bon : La rançon de la peur, SOS jaguar opération casseurs, Le cynique l’infâme et le violent, La légion des damnés, La grande bataille, Le tueur à l’orchidée, Au pays de l’exorcisme, Brigade spéciale…

    Et j’aime beaucoup ses deux bisseries que sont Cannibal ferox et L’avion de l’apocalypse! ^^

  5. Pas fait grand chose Deodato ??? Mais OMFG Rick, il a fait THE BARBARIANS, son meilleur film ^_^

  6. C’est bien ce que je te disais Chery : « Deodato n’a pas vraiment fait grand-chose D’INTÉRESSANT en dehors de ces deux films majeurs ». The Barbarians n’existe pas à mes yeux, tu connais mes goûts ^^
    Par contre je n’avais pas détesté La Maison au Fond du Parc. Il copie à fond le Craven, et je l’ai préféré au Craven d’ailleurs.

    De Lenzi oui, j’aime bien Le Tueur à l’Orchidée, La Légion des Damnés, Spasmo aussi en giallo. Après à partir du début des années 80, ça se discute on dira ^^

  7. Mais c’est l’un des meilleurs nanars de tous les temps pour moi. Mais oui, je connais tes gouts ^^

  8. Le problème de ces films, c’est la violence sur les animaux. On en bouffe de manière frontale. C’est à gerber. Un travail de dégénérés. J’ai revu CANNIBAL HOLOCAUST l’an passé. Le film est clairement à part, il dégage quelque chose. J’aimerais le défendre. Mais j’ai du mal maintenant. Je sais, en tous les cas, que je ne pourrai jamais revoir ces films. Insoutenable.

  9. Ces scènes là j’ai énormément de mal aussi, depuis la première vision. CANNIBAL HOLOCAUST m’a toujours mis mal à l’aise, mais comme tu dis, il se dégage clairement quelque chose malgré tout. Je pense que c’est pour ça que je n’ai jamais écris dessus d’ailleurs alors que je l’avais revu l’année dernière aussi (et en Blu-Ray car quelqu’un m’avait volé mon DVD donc rachat…)

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