[Film] Blue Ruin, de Jeremy Saulnier (2013)


Dwight est un vagabond solitaire qui vit sur une plage dans une vieille voiture bleue. Lorsqu’il apprend que l’assassin de ses parents est sur le point d’être libéré, il décide de revenir dans sa région d’enfance, en Virginie, pour assouvir sa vengeance. Déterminé à faire justice lui-même et ainsi punir le meurtrier, il voit bientôt sa vie bouleversée après avoir découvert une vérité troublante sur son passé. Dwight doit bientôt lutter désespérément pour protéger sa famille qui lui est étrangère…


Avis de Cherycok :
Ça fait un moment qu’il traine de Blue Ruin (2013) dans ma filmothèque, ça fait un moment qu’il me fait envie, d’autant plus qu’avec sa courte durée il est facile à caler. Et pourtant, je ne pense jamais à le regarder. La faute à ces requins à moult têtes et ces films de fantasy italiens des années 80 qui me font de l’œil et me dévient de mon objectif original en matière de cinéma : découvrir de vrais bons films pas ou peu connus, et les faire découvrir à mon tour. Blue Ruin n’est malgré tout pas la production obscure dont personne n’a entendu parler. Ce dernier a été nominé pas loin de 20 fois dans des festivals un peu partout dans le monde et a même gagné le Prix du Jury au Festival du film de Marrakech en 2013. Malgré cela, il n’aura droit qu’à une sortie très discrète chez nous, restant à peine une semaine dans quelques petits cinémas associatifs. Que voulez-vous, un petit film indépendant au budget riquiqui de 1M$US, ça n’attire pas les foules, même s’il est très bien. Et c’est bien dommage. Car oui, Blue Ruin est un bon film. Blue Ruin est même un très bon film.

La production de Blue Ruin aura été assez compliqué pour Jeremy Saulnier, dont c’est le 2ème film après Murder Party (2007). Faute de financement suffisant pour finir son film, le jeune réalisateur aura recours au crowfunding (Kickstarter) afin de récupérer les 35000$ manquant et ainsi finir le film pour le présenter au festival de Cannes. Faute de budget également, il a dû utiliser pour les besoins du tournage sa propre maison de famille ainsi que la vieille Pontiac de sa sœur qu’ensemble ils appelaient dans leur jeunesse « The Blue Ruin ». Cela deviendra d’ailleurs le titre du film puisque cette voiture délabrée fera office de logement pour le héros du film. Ce héros, c’est Dwight, un homme un peu à l’abandon, qui mange ce qu’il trouve dans les poubelles, qui s’introduit chez les gens pour prendre des bains lorsqu’ils sont absents, et qui vit donc dans sa voiture dans laquelle il garde un semblant de sa vie passée. Lorsqu’il apprend par hasard que l’assassin de ses parents sort de prison, il va prendre la mauvaise décision, celle qui va l’entraîner dans un déferlement de violence qu’il aura du mal à contrôler. Car Dwight n’est pas un habitué des armes. Dwight n’a plus rien à perdre et il a besoin de se venger. Mais Dwight n’est pas un assassin. Et ses erreurs de débutants vont avoir des dommages collatéraux sur sa famille.

Blue Ruin nous propose une véritable histoire de vengeance. Mais une histoire de vengeance assez déstabilisante, s’appuyant sur ce que le cinéma américain à l’habitude de faire avec armes à feu et compagnie, mais en évitant tous les clichés du genre et en nous proposant une antithèse de tous ces films de vengeance commerciaux qu’on a l’habitude de voir. Blue Ruin est un film noir, très noir, presque nihiliste, dans lequel la tension monte, tout doucement, en prenant son temps, ponctuée de scènes de violences réalistes qui ne cherchent jamais le sensationnalisme. C’est un film froid, dénué de tout humour si ce n’est de rares touches d’humour noir ci et là. Mais froid dans le bon sens du terme, avec une atmosphère sombre, pesante, poisseuse. La mise en scène est lente, posée, assez statique même, avec des couleurs ternes et une bande son oppressante qui augmentent cette ambiance lourde, avec des plans de toute beauté.
Malgré quelques toutes petites longueurs, Blue Ruin est brillamment écrit et très prenant, laissant volontairement des trous dans son scénario afin que le spectateur s’interroge sur ce (anti)héros, interprété de main de maitre par un Macon blair étonnant et assez exceptionnel. Malgré son côté un peu mutique, l’obligeant à faire passer énormément de choses uniquement par des expressions faciales, on se prend immédiatement de compassion pour lui. Malgré ses agissements, il reste humain et ses réactions sont tout à fait compréhensibles. Il est l’élément central, présent sur toutes les scènes, et il tire le film vers le haut à lui tout seul. Magistral.

LES PLUSLES MOINS
♥ Excellente mise en scène
♥ Macon Blair, fabuleux
♥ Bonne intrigue
♥ L’ambiance générale
⊗ De légères longueurs
Deux ans avant son très bon Green Room, Jeremy Saulnier signait avec Blue Ruin une œuvre à la fois sombre, singulière, humaine et touchante. Le cinéma dans sa forme la plus simple et la plus pure. Un réalisateur à suivre de très près et un film à voir si ce n’est pas déjà fait.



Titre : Blue Ruin
Année : 2013
Durée : 1h30
Origine : U.S.A
Genre : Vengeance
Réalisateur : Jeremy Saulnier
Scénario : Jeremy Saulnier

Acteurs : Macon Blair, Kevin Kolack, David W. Thompson, Amy Hargreaves, Ben Gaffney, Ydaiber Orozco, Ronald Sarcos, Sidné Anderson, Eve Plumb, Stacy Rock, Brent Werzner

 Blue Ruin (2013) on IMDb




















A propos de Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

3 Comments

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  1. Un film de plus dans ma liste de films à voir en priorité, un de plus…
    J’avais beaucoup aimé Green Room de Saulnier aussi.

  2. tu ma donner grande envie de le voir ,deja tu ma rappeller que c’etait le real de Green Room, j’ai kiffer Green Room avec le regretté Anton ,et jusqu’ici pour Blue Ruin,même les bonnes critiques pointaient une certaine lenteur ,mais je vois dans ta critique ce qui a pu te plaire et ce qui pourrait me plaire aussi 🙂

  3. Disons qu’on n’est clairement pas dans un film d’action. Et même les scènes violentes, ca reste sec et bref.

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