[Film] A Hero Never Dies, de Johnnie To (1998)


Jack et Martin sont deux hommes de main dans deux camps ennemis. Ils protègent chacun leur patron du mieux qu’ils le peuvent, sont opposés l’un à l’autre parfois, et se respectent. Lors d’un affrontement, les deux hommes s’entretuent presque et sont laissés pour morts. Abandonnés par leurs clans, rejetés à leur retour et même attaqués par ceux qu’ils protégeaient auparavant, ils ne pensent plus qu’à la vengeance.


Avis de Cherycok :
Lorsque j’ai vu pour la première fois A Hero Never Dies de Johnnie To, je l’avais vécu comme une sorte de petit électrochoc. Vous savez, ce genre de visionnage dont vous ressortez un peu abasourdi par ce que vous avez vu, parce que vous avez trouvé ça absolument génial en étant sûr que certaines scènes vous marqueraient pendant longtemps. C’était il y a 15 ans. Ça ne nous rajeunit pas mais effectivement, 15 ans après, ces scènes sont toujours là, dans un coin de la tête, comme j’avais pu le prédire. Et puis soudain, l’intérêt grandissant pour le cinéma asiatique de ma petite femme Iris aidant, une envie de le revoir se fit sentir. Le constat est le même qu’à l’époque, bien qu’atténué par du coup l’absence de surprise, qu’est-ce qu’il est bon ce film, qu’est-ce qu’il est bon ! Non, il n’est pas parfait, c’est certain, mais rarement le thème de la rivalité entre deux tueurs n’aura été aussi magnifié, aussi jouissif.

Dans sa construction, A Hero Never Dies est au final assez classique et reprend les grandes étapes du film de héros classique. Un héros au top, respecté et craint de tous… Puis vient la chute, la déchéance… Et puis la reconstruction… Et enfin l’heure de la vengeance quoi qu’il en coûte. A cela il y rajoute le thème de la rivalité entre deux tueurs de clans opposés qui petit à petit va se transformer tout d’abord en respect, puis en amitié, un peu à la manière d’un The Killer de John Woo (même si là, c’est flic / tueur). Mais là où Johnnie To va faire la différence, c’est qu’il va tout pousser à son paroxysme. On est dans l’exagération la plus totale, certaines scènes sont juste improbables, mais tout est complètement assumé et c’est une chose qu’il faut arriver à accepter sous peine de ne jamais réellement rentrer dans le film, voire de s’en agacer. Mais à partir du moment ou c’est assimilé, A Hero Never Dies va être une succession de scènes toutes plus marquantes les unes que les autres.
Le duel où chacun doit essayer de casser le verre de vin de l’autre avec une pièce de monnaie ; le gunfight à l’aveugle à travers un mur en bois ; Le « combat » de voitures ; « l’ascension » du personnage de Martin en haut d l’immeuble ; Le final hautement jouissif … Rien que le look de Lau Ching-Wan (Lifeline, Running Out of Time), costume blanc / chapeau de cowboy / cigare aux lèvres est improbable à lui tout seul. Le film fourmille d’idées, aligne les références et les plans volontairement iconiques.

L’ironie semble être partout dans le film, même dans l’escalade de violence et de malheurs qui s’abat sur chacun des protagonistes. A Hero Never Die reste, malgré la légèreté de plusieurs de ses scènes, un film très sombre, souvent tragique dans le destin de ses personnages. Des personnages réussis, attachants pour certains, détestables pour d’autres, que Johnnie To va magnifier du début à la fin chacun dans leur style. Lau Ching-Wan y est, comme à son habitude, parfait et le monolithique Leon Lai (Niki Larson, Chungking Express) semble trouver un rôle ici qui lui convient parfaitement. Une place toute particulière a été faite aux personnages féminins, joués par Fiona Leung (Fearless, Needing You) et Yoyo Mung (Running Out of Time, Sealed with a Kiss), des rôles forts qui ont une grande importance dans l’histoire qui est nous racontée, prêtes à se sacrifier pour l’être aimé. C’est à signaler tant le cinéma de To est souvent très masculin (à quelques exceptions près, bien entendu)
Autre grande réussite du film : sa réalisation. La mise en scène de Johnnie To est tout bonnement excellente. On pourra lui reprocher un côté quelque peu brouillon en début de film, mais excepté ce petit couac, il n’y a pas grand-chose à redire. Photographie superbe, montage dynamique, éclairages réussis, plans stylisés, le tout sur une superbe bande son de Raymond Wong à la fois envoutante et entêtante nous amenant dans son voyage même lors des scènes plus posées. Une sorte de western contemporain en quelques sortes, qui joue avec les codes du genre tout en les sublimant.

LES PLUSLES MOINS
♥ Des scènes cultes à la pelle
♥ Des personnages attachants
♥ Un excellent casting
♥ Très bonne mise en scène
♥ La musique !
⊗ Le début brouillon
A Hero Never Die est à n’en pas douter une des plus grandes réussites de Johnnie To et un des films les plus marquants de Milkyway Images. Un film prenant de bout en bout, à la fois léger et extrêmement noir, méritant amplement son statut de film culte.



Titre : A Hero Never Dies / 真心英雄
Année : 1998
Durée : 1h38
Origine : Hong Kong
Genre : Heroic Duo
Réalisateur : Johnnie To
Scénario : Yau Nai-Hoi, Szeto Kam-Yuen

Acteurs : Lau Ching-Wan, Leon Lai, Fiona Leung, Yoyo Mung, Lam Suet, Yuen Bun, Henry Fong Ping, Sato Keiji, Yen Shi-Kwan, Michael Lam

 Chan sam ying hung (1998) on IMDb

















A propos de Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

10 Comments

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  1. Il faudrait que je le voie celui là.
    Un des meilleurs Johnnie To et pas de DVD français ? Pfiou…y’en a marre hein.

  2. C’est ça. Après, c’est chacun ses goûts hein, mais de manière générale, les gens adorent ce film (même si je pense que Rick n’aimerait pas par exemple ^^).

    Après, un DVD en France, disons que jusque y’a quelques années, le seul master connu était de qualité dégueulasse, donc peut-être ont-ils choisi de ne pas sortir un dvd à cause de ça. Mais un master japonais a été « trouvé » et il est sorti au japon en bluray et tout. Le problème,c ‘est que le ciné asiat a moins la côte en France maintenant, donc qu’il mériterait, pour moi du moins, amplement une sortie chez nous.

    1. C’est vrai ça, il fut un temps on voyait débarquer plein de trucs asiat, vieux et nouveaux. En ce moment c’est un peu la misère…

    2. Ça dépend hein, je ne l’ai pas vu, et j’ai parfois du mal avec le cinéma de Johnnie To, mais par exemple j’aime beaucoup Fulltime Killer, j’avais beaucoup aimé Drug War aussi. Mais j’ai beaucoup de lacunes dans son cinéma, pas mal de films que je n’ai pas vu.

  3. Gros capital sympathie pour ce film que j’ai vu y a longtemps, avec un Lau Ching Wan en grande forme, ca me donne envie de le revoir !

  4. Ce film est tout bonnement génial un de mes films préféré.
    Pourtant a la première vision j’avais pas trop aimé j’avais trouvé ca too much assez incompréhensible surtout le début, les deux boss qui ce ressemble et l’image dégueu n’arrangeait pas les chose. Elle a aimé Iris ? Car faut être habitué au genre pour apprécié ca.
    Ce n’est qu’il y a trois quatre ans en le revoyant en HD que je l’ai pleinement apprécié c’est bien simple ce film n’est qu’une succession de scène culte ultra jouissive dans ce film tout devient épique même une pose pipi, la réalisation est au top le scènes d’actions sont nombreuse et de très grande qualité le final est carrément orgasmique. Mais ce n’est pas que de l’action ce film il y a des scènes dramatiques vraiment forte par exemple quand la femme de Lau Ching-Wan (Sean Lau maintenant) va engueuler le boss c’est super fort émotionnellement. Il nous fait comprendre des truc avec juste deux trois plans sans dialogue comme ce petit flash back ou toujours la femme de Lau Ching Wan est avec un autre mec un blanc ils ont l’air heureux elle a l’air de ce dire « j’aurais du resté avec lui » dans une série us ca prendrait un épisode entier pour te le faire comprendre.
    To ici a mon avis fait du Jhon Woo enfin il fait un vrais heroic bloodshed avec tout les codes du genre poussé a leur paroxysme jusqu’au non sens jusqu’à la folie l’absurde, en gros il vas encore plus loin que John Woo dans le genre et il réussit a faire mieux et oui j’ai pas peur de le dire ce film est encore plus fort que « The Killer » ou « le syndicat du crime » car il y a de l’autodérision la ou Woo est très très premier degré et en plus il y a deux personnages féminin fort. Et c’est un tour de force car tout ceux qui essayé de copié le genre ce sont tous plus ou moins planté même avec Chow Yun-fat au générique tout les « flaming brother », « tragic héro » maintenant c’est tout juste pas mal alors que ce « A Hero Never Dies » ce bonifie a chaque vision.
    10/10 voir plus

    Matt oui c’est un scandale que ce film ne soit pas sorti en France mais il est sur le forum culture asia en HD VOSTFR.

    Rick il faut que tu le vois c’est un simple Johnnie To de plus.

  5. On ne peut pas mettre de mention « J’aime » comme sur Facebook mais si j’avais pu, je l’aurais fait sur ton commentaire Feroner ^^

  6. Vu, et si je ne suis pas autant emballé, j’ai malgré tout aimé. Quelques scènes citées dans la chronique sont en effet bien jouissives, notamment le fameux « duel » à travers le mur, ou encore le final. Les personnages féminins sont plutôt intéressants et développés, ce qui est rare dans les films traitant de ce milieu, du moins comme ça.
    Après en effet, le début, avec la fusillade sur la route de nuit, j’ai eu très peur avant de me rappeler que Chery avait précisé que le début était un peu brouillon, et en effet, c’est bien le cas. Après c’est beaucoup plus carré heureusement.
    Par contre gros point noir pour moi, j’ai l’impression que beaucoup de scènes ont étés coupées au montage, tant parfois, ça va vite. J’aurais du coup aimé en savoir un peu plus, et voir certaines scènes (la réaction de Jack à son réveil et en voyant sa copine ainsi), mais non, ce n’est pas dans le film. Dommage.
    Enfin voilà, on va me dire que je chipote, j’ai aimé hein, mais voilà, je ne me suis perso pas prit une claque 😀 Dans le fond, même si sans doute moins organismique à certains niveaux, je préfère Fulltime Killer. Ou dans un genre bien plus froid et lent, Drug War.

  7. Rick c’est vrais que ce film va très vite et qu’il faut s’accrocher pour comprendre il y a beaucoup d’ellipse il faut faire attention a chaque petite détail mais c’est ce qui fait son charme. Il y a pas mal de référence comme Léon Lai qui traine des bloc de glace ca ce passe en Thaïlande du coup ca me fait penser a big boss avec Bruce Lee.

  8. Oui clairement beaucoup d’ellipses. Après oui je comprend que le film aurait sans doute été beaucoup trop long sinon, mais je sais pas, certains moments non montrés me semblaient malgré tout importants et auraient pu être émotionellement forts. Mais oui je chipote 😉

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