[Film] Eugénie de Sade, de Jess Franco (1970)

Eugénie Radeck de Franval vit avec son père, un romancier, dans une maison reculée non loin de Berlin. Elle va découvrir rapidement les perversions cachées de son père, qui va tenter de l’emmener à ses côtés sur cette voie…


Avis de Rick :
Jess Franco avait déclaré dans une interview qu’il était beaucoup plus simple d’adapter une nouvelle qu’un roman entier, et que le résultat à l’écran était en ce sens souvent meilleur. Il est par extension fier de son travail sur Eugénie de Sade, production entre la France (ah, Eurociné…) et le Liechtenstein, pays germanophone. Film notable dans sa filmographie puisqu’il s’agît de sa quatrième collaboration avec l’actrice Soledad Miranda, avant qui il filmera en seulement deux ans 7 films, et un inachevé, l’actrice décédant dans un accident de voiture… Eugénie de Sade précède d’ailleurs l’un des meilleurs films de Jess Franco, et surtout le film le plus connu de Soledad Miranda : Vampyros Lesbos. Bref, Eugénie… Franco nous raconte ici l’histoire légèrement macabre, dérangeante et incestueuse de la jeune Eugénie et de son père Albert. Plaçant le cœur de son histoire dans une grande maison non loin de Berlin, Franco en profite pour filmer ses magnifiques décors extérieurs le plus souvent sous la neige, nous offrant quelques images sublimes. Mais là je m’égare. Eugénie elle-même raconte donc son histoire à un romancier, joué par nul autre que Franco lui-même. Elle raconte donc comment elle a finie par suivre son père dans ses folles aventures, mêlant sexe et meurtres.

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Dés le début, Franco annonce clairement la couleur, puisqu’entre Eugénie et son père, l’inceste n’est jamais loin. Il filme divinement Soledad Miranda, investie comme souvent dans son rôle. La voir nue sur son lit, attendant clairement le passage de son père devant la porte de sa chambre, a quelque chose de dérangeant. Les bases sont là, et rapidement, Albert décide donc d’accomplir ses crimes avec sa fille. Il est clair avec elle : « Tous les plaisirs viennent aux dépends de quelqu’un d’autre ». Plaisir dans le sexe et dans le meurtre, voilà le programme d’Eugénie. Mais Jess Franco filme le tout avec une certaine distance, parvenant à rendre certains moments beaux, et rapidement, père et fille partent à Bruxelles pour trouver leur première victime. Et pour ne pas être soupçonné, il faut ne pas passer inaperçu, se faire remarquer pour prouver que l’on a rien à se reprocher. Une vision plutôt intéressante, bien que sa mise en image sonne clairement les années 70, au niveau vestimentaire. Voir Soledad Miranda habillée en petit chaperon rouge avec de gigantesques lunettes de soleil et Paul Muller (autre habitué du cinéma de Jess Franco) habillé tout en rouge avec un béret, cela prête à sourire.

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Mais plongé dans le métrage en se rappelant clairement son époque, la pilule passe facilement. Surtout que l’histoire, bien que lente (oui bon, comme souvent chez Jess Franco) prend plutôt bien et qu’il met en scène un scénario plutôt intéressant. Et surtout, comment ne pas succomber face aux charmes de Soledad Miranda, comme tous ces personnages croisant sa route. Alors oui, Jess Franco abuse des plans de la jeune femme, assise, jambes recroquevillées (il refera le même plan dans Crimes dans l’Extase). Oui, le film Eugénie est une ode à son actrice principale, en plus d’être doté d’un scénario au propos intéressant. Car Jess Franco ne juge pas ce qu’il montre, il se contente d’analyser la morale des différents personnages, ses travers, en nous laissant seuls maîtres pour juger des images qu’il nous propose. Et que ces images sont belles ! D’ailleurs, il est intéressant de noter que si le propos peut déranger voir choquer, Franco préfère ne pas insister dessus visuellement, n’en rajoute jamais une couche. Est-ce qui fait la force d’Eugénie ? Sans doute oui ! Sans oublier la belle musique de Bruno Nicolai accompagnant fort bien les images.

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LES PLUSLES MOINS
♥ Soledad Miranda
♥ Différents thèmes intéressants
♥ Jamais gratuit ou vraiment provocateur
⊗ Un rythme assez lent qui ne plaira pas à tous
Jess Franco rend encore une fois Soledad Miranda magnifique à l’écran, et filme avec distance une histoire finalement assez dérangeante, où se mélange sexe et meurtres, et surtout le plaisir.

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eugenie de sadeTitre : Eugénie de Sade – Eugenie – Eugenia
Année : 1970
Durée : 1h31
Origine : Allemagne / France
Genre : Érotique
Réalisateur : Jess Franco
Scénario : Jess Franco

Acteurs : Soledad Miranda, Paul Muller, Andrés Monales, Greta Schmidt, Alice Arno et Jess Franco

 Sleepaway Camp (1983) on IMDb


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A propos de Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

4 Comments

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  1. Vrai que la demoiselle est très belle.

  2. Oui, elle a un regard très captivant, j’aime beaucoup trois films avec elle. RIP elle aussi, même si ça date.

  3. Je dois avouer que j’avais surtout entendu parler de Jess Franco sur des sites genre Nanarland. Je ne savais pas qu’il y avait des films corrects du monsieur.
    Tu sais ce que ça vaut Les prédateurs de la nuit ? Il est chroniqué sur Nanarland par exemple, alors qu’ils disent « Pourtant, de tous les films de Franco, « Les Prédateurs de la Nuit » se classe peut-être parmi ses plus aboutis », ce qui voudrait dire que tout le reste est pire encore…?
    Mais t’as l’air de trouver certains de ses films corrects^^

  4. Comme moi avant de me plonger un peu dans le cinéma du monsieur. Il faut dire qu’il a fait tellement de films, et certains notamment passé la moitié des années 70 sont tellement mauvais qu’ils ont du plus marquer les esprits. J’en déteste certains d’ailleurs (La Comtesse Noire que j’avais chroniqué en début d’année, ce film fut une torture pour moi), mais j’en adore d’autres.

    J’aime beaucoup de lui Crimes dans l’Extase et Vampyros Lesbos (tous les deux avec la sublime Soleded Miranda au début des années 70 avec son fatal accident de voiture), tout comme donc Eugenie de Sade également avec elle. Il y a également quelques films très sympas dans son tout début de carrière dans les années 60 avec un très beau noir et blanc, comme par exemple Le Sadique Baron Von Klaus. Son plus abouti est à mes yeux Le Miroir Obscène, que je cite toujours sous son titre espagnol Al Otro Lado Del Espejo puisque le film a deux montages radicalement différents, un français que je n’aime pas du tout et qui rajoute des scènes érotiques, et le montage Espagnol qui est sublime à mes yeux.

    Les Prédateurs de la Nuit, j’en ai une chronique de côté. J’aime bien perso, mais oui c’est plutôt un nanar. C’est généreux, sanglant, rythmé, parfois amusant, mais certains moments sont bien ridicules.

    Monsieur Franco a en tout cas une carrière pas inintéressante, mais surtout très très bancale, donc il est facile de tomber sur les pires d’entrée de jeu et d’être dégoûté.

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